‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 237 sur 631 · Examen, etc. Sect. vu , 71- ■ISS , -ini · texte numérisé non relu

Examen, etc. Sect. vu , 71- ■ISS , -ini

TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES

saints, et toute l'Eglise des premiers siècles, qui a pratiqué cette communion domestique.

M. Jurieu tranche le mot trop hardiment : « Y » a-t-il de la bonne foi, dit-il, à tirer une preuve » d'une pratique opposée à celle des apôtres, que » l'on condamne aujourd'hui, et qui passerait dans » l'Eglise romaine pour le dernier de tous les al- » tentais? »

Ne fallait-il pas encore faire croire au monde que nous condamnons, avec lui et avec les siens, la pratique de tant de saints, comme contraire à celle des apoires? Mais nous sommes bien éloignés d'une si horrible témérité. M. Jurieu le sait bien; et un homme qui nous vante tant la bonne foi , en devait avoir assez pour remarquer, ce que j'ai fait voir en son lieu , que l'Eglise ne condamne pas toutes les pratiques qu'elle change; et que le Saint-Esprit, qui la conduit, lui fait non-seulement condamner les mauvaises pratiques, mais encore en quitter de bonnes , et les défendre sévèrement quand on en abuse.

Je crois que l'on voit assez la fausseté de l'histoire que nous fait M. Jurieu des premiers siècles de l'Eglise, jusqu'à mille et onze cents ans : ce qu'il nous dit sur le reste n'est pas moins contraire à la vérité.

Je n'ai pas besoin de parler de la manière dont il raconte l'établissement de la présence réelle et de la transsubstantiation durant le dixième siècle' : cela n'est pas de notre sujet, et d'ailleurs rien ne nous oblige à réfuter ce qu'il avance sans preuve. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est qu'il regarde la communion sous une espèce, comme une chose qui n'est venue qu'en présupposant la transsubstantiation. A la bonne heure : quand on verra désormais, comme nous l'avons fait voir invinciblement, la communion sous une espèce pratiquée dès les premiers siècles de l'Eglise, et dans le temps des martyrs, on ne pourra plus douter que la transsubstantiation n'y fût dès lors établie; et M. Jurieu lui-même sera obligé d'avouer celte conséquence. Mais revenons à la suite de son histoire.

Il nous y montre la communion sous une espèce, comme une chose dont on s'avisa dans le onzième siècle , après que la présence réelle et la transsubslantialion fut bien établie : car on s'aperçut alors, dit-il 2, « que sous une miette de pain, aussi bien » que sous chaque goutte de vin, étaient renfermés » toute la chair et tout le sang de Notre Seigneur. » Qu'en arriva-t-il ? Ecoutons. « Cette mauvaise rai- » son prévalut de telle manière sur l'institution du » Seigneur, et sur la pratique de toute l'Eglise an- » cienne, que la coutume de communier sous la » seule espèce du pain s'établit insensiblement » dans le douzième et le treizième siècle. » Elle s'y établit insensiblement ; tant mieu.x pour nous. Ce que j'ai dit est donc véritable, que les peuples se réduisirent sans contradiction et sans peine à la seule espèce du pain, tant ils étaient préparés par la communion des malades, parcelle des petits enfants, par celle qu'on faisait à la maison, par celle qu'on faisait à l'église même , et enfin par toutes les pratiques que nous avons vues, à reconnaître une véritable et parfaite communion sous une espèce.

Page 1