Tab., LeCl. vi, p . 26j. — 2. Rom.. l
nonçant cette parole , qui fut la première qu'il ail proférée : Que la lumière soit, engendra de sa lumière, qui était le fond de son essence, la lumière qui était son Verbe, c'est-à-dire comme on vient de voir, le produisit au dehors; et pour user de ses propres termes, produisit à la créature son Seigneur : car sans doute il n'en était le Seigneur qu'après qu'elle fut; et, à parler proprement, le rien n'a pas de Seigneur. Par là, continue le saint, « Dieu rendit visible au monde celui qui n'était » visible qu'à lui, et que le monde ne pouvait pas » voir; afin qu'en le voyant après qu'il est apparu, » il fût sauvé. » Voilà donc le dénouement que j'avais promis : toute celte production n'est que la manifestation du Verbe; c'est la manière dont on expliquait alors ce que nous appelons à présent l'opération au dehors, sans altération et sans changement de ce qui était au dedans. Et lorsque le martyr ajoute après, que Dieu par ce moyen eiU un assesseur distingué de lui, il fait une allusion manifeste à cette Sagesse dont avait parlé Salomon, qui fut son inséparable assistante quand il préparait les deux et qu'il arrangeait le monde qu'elle composait avec lui' ; non que ce Verbe ou cette sagesse commençât alors : c'est ce qu'on ne voit nulle pari; elle commença seulement d'èlre Vassistanle du Père, c'est-à-dire, d'être associée à son opération extérieure, que le saint appelle toujours manifestation, en disant que ce Verbe qui est au dedans la pensée et le sens de Dieu , à la manière qu'on a expliquée^, en se produisant au monde avait été montré le Fils de Dieu. C'est par où conclut le martyr; où il est infiniment éloigné de ce nouvel être qu'on veut lui faire donner au Verbe; puisque tout son discours aboutit non à le faire être ou à le faire changer en quelque sorte que ce soit , mais à montrer qu'il avait paru tel qu'il était, comme étant celte Sagesse qui renouvelle toutes choses en demeurant toujours la même^ ; et, afin de nous en tenir aux expressions, de notre martyr, comme étant ce Verbe toujours parfait, dont avant comme après son Incarnation, " la divinité est infinie, incom- » préhensible, impassible, inaltérable, immuable, » puissante par elle-même, et le seul bien d'une » perfection et d'une puissance infinie*; « à qui pour celle raison il adresse en un autre endroit celte parole : « Vous êtes celui qui êtes toujours : » vous êtes comme votre Père sans commencement » et coéternel au Saint-Esprit^. » Faites-lui dire après cela que le Verbe change , ou que comme un germe imparfait il attend sa perfection d'une seconde naissance '?
LXIX. Passage d'Athénagore embrouillé et falsifié par le ministre. — Voilà donc déjà un passage dont le ministre abusait, qui devient un dénouement de la question : en voici un autre dont il abuse encore davantage* et dont néanmoins nous tirerons une nouvelle lumière. C'est celui d'Athénagore, philosophe athénien, et l'auteur d'une des plus belles et des plus anciennes Apologies de la religion chrétienne. Pour l'entendre il faut supposer que ce philosophe chrétien ayant à répondre au reproche de l'athéisme qu'on faisait alors aux
I. Prov., VIII. 27, 30. — 2. Ci-dessus, h. 31. — 3. Sap., vu. 27. — 4. Hipp. cont. Ber. et Hel. in collecl. Anasl. Ed. Fabrir. Hatnb. 1716, p. 226. — 5. De .intich. Bibl. PP., tom. xii ;). 603. - 6. Lett. vi de 1689, p. 43.
SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT
lidëles , donne aux païens une idée du Dieu parfaitement un que les chrétiens servaient en trois personnes; et leur expose sur le mystère do la Trinité ce qu'ils on pouvaient porter d'abord. Son discours a trois parties. 11 commence à exposer dans la première qu'il n'y a point tl'inconvénient que Dieu ait un Fils; parce qu'il ne faut pas s'en imaginer la naissance à la manière de celle des enfants des dieux dans les fables : « Mais le Fils do Dieu , dit » cet auteur', est le Verbe ou la raison du Père en " idée, en opération, ou en efficace; car par ce » Verbe ont été créées toutes choses : le Père et le » Fils n'étant qu'un, et le Fils étant dans le Père » comme le Père est dans le Fils par l'unité et par » la vertu de l'Esprit; c'est ainsi que l'intelligence » ou la pensée et la parole du Père est le Fils de 9 Dieu. )) Voilà une belle génération que ce docte ALhéaicn nous représente dans la première partie de ce passage. Si l'on veut voir maintenant la traduction du ministre, dans sa Lettre de 1689^, tout y paraîtra défiguré : on y verra l'unité du Père et du Fils supprimé , et ce qui regarde le Saint-Esprit tellement déguisé qu'on ne l'y reconnaît plus. Mais comme il s'est réveillé et qu'il a réformé sa version dans son Tableau^, pardonnons-lui cette faute, qui demeure seulement en témoignage de la négligence extrême avec laquelle il avait d'abord jeté ce passage sur le papier. Voici la suite et la seconde partie du discours d'Aihénagore , qui , après avoir parlé plus en général de la personne du Fils et de la manière dont le monde avait été créé par lui, achève d'en donner l'idée autant qu'il fallait en ce lieu par des paroles que le ministre traduit en cette sorte : « Que si par la pénétration de » votre esprit vous croyez être capables de contem- » pler ce que c'est que le Fils, je vous le dirai en » peu de paroles. La première génération est au » Père, qui n'est point engendré. Cardés le com- » mencement Dieu étant un entendement éternel, » a eu son Verbe en soi-même; parce qu'il était » toujours raisonnable. Mais il était (ce Verbe) » comme couché et courbé sur les choses matériel- » les destituées de forme : quand il a mêlé les » choses spirituelles avec les plus grossières, s'a- » vançant en forme et en actes, c'est-à-dire, ajoute » le traducteur, en venant à une existence ac- » tuelle. » Telle est la traduction du ministre. Il n'y a point de diUicullé dans la première période; mais le reste n'a ni sens ni construction : jamais philosophe n'avait tenu de discours si peu suivi, et jamais pour un Athénien rien n'avait été plus obscur. Car que veut dire ce Verbe couché el courbé rut la matière, dont aussi il n'y a nulle mention dans l'auteur? Pourquoi au lieu dex choses légères , mettre les choses spirituelles dont il n'était pas question? Et que signifie ce mélange des choses spirituelles arec les grossières? Que veut dire aussi cette belle jihraso : La première génération est au Père qui n est point engendré? Il est encore bien certain «lue l'original n'a \Wm\. engendré, mais/'aif ; ce que je ne prouve pas, jiarce que le ministre en convient et qu'il a encore réformé cette fausseté dans son Tableau''. Mais le reste, à quoi il n'a pas touché
1. Alhen. Leg. pro Christ., n. 10; ad cale. Op. S Just., p. 286 et .m/. — 2. Lelt. vi, p. 43. — 3. Tab., Lcll. vi, n. 130. — 4. P.
est inexcusable, comme on va le découvrir dans notre version que Toici ; « Si vous croyez pouvoir » comprendre ce que c'est que le Fils , je vous di- » rai qu'il est la première production de son Père ; » non pas qu'il ait été fait, puisque dès le cominen- » cernent Dieu étant une intelligence éternelle, et B étant toujours raisonnable, il avait toujours en » lui-môme sa raison, (ou son Verbe;) mais à » cause que ce Verbe ayant sous lui , à la manière » d'un chariot (qu'il devait conduire), toutes les » choses matérielles , la nature informe et la terre, » les choses légères étant mêlées avec les épaisses » (et la nature étant encore en confusion), il s'était » avancé pour en être l'acte et la forme. » Il n'y a rien là que de suivi : car après avoir observé que le Fils était la production de son Père, il était naturel d'ajouter qu'il en était la production non pas comme une chose faite, '(z^oim^iov , ce que le ministre avait supprimé; mais comme étant toujours naturellement en qualité de raison, en Dieu qui est tout intelligence. Le reste ne suit pas moins bien. La matière ou les premiers éléments, comme un chariot encore mal attelé et sans conducteur, étaient soumis au Verbe de Dieu qui en allait prendre les rênes : et toutes choses étant mêlées , le Verbe s'était avancé non pour acquérir l'existence actuelle , que le ministre à toute force voulait lui donner (car il l'avait éternelle et parfaite dans le sein de Dieu comme la raison et le Verbe de celle éternelle intelligence); mais pour être Y acte et la forme, \e moteur, le conducteur el l'âme, pour ainsi parler, de la nature confuse. Rien ne se dément là dedans : c'est une allusion manifeste au commencement de la Genèse , où nous voyons pêle-mêle le ciel et la terre avec le souffle porté dessus; ce qu'Athénagore exprimait par le mélange confus des choses légères et épaisses. Quand le Verbe s'avance ensuite pour débrouiller ce mélange , c'est encore une allusion à la parole que Dieu prononça pour faire naître la lumière, le firmament et le reste; car tous les anciens sont d'accord que cette parole est le Verbe même comme exprimé au dehors par son opération extérieure, ainsi qu'on a vu. De cette sorte tout était confus avant que le Verbe parut, et tout se range en son lieu à sa présence. C'est donc lui qui étant déjà le Verbe de Dieu comme son idée et son efficace, ainsi qu'Athénagore le venait de dire, devient l'idée nu la forme et l'acte de cette matière confuse vers laquelle il s'avance pour l'arranger; ce qui est intuiiment éloigné de cette existence actuelle qu'on veut lui donner à lui-même.
LXX. Suite du passage d'Àthénagore qui en fait tout le dénouement, et que le ministre supprime. — On voit dans ces expressions ce qu'on a vu dans celles de saint Hippolyle, c'est-à-dire, cette opération au dehors qui est spécialement attribuée au Verbe, pour montrer que Dieu n'agit point par une aveugle puissance , mais toujours par intelligence et par sagesse ; et c'est ce qui est encore exprimé dans les paroles suivantes qui font la troisième partie du passage d'Athénagore. Après avoir exposé comme le Verbe s'avance par son opération vers la matière confuse pour la former, il prouve son exposition par l'Ecriture en cette sorte : Et, dit-il, l'esprit prophétique s'accorde arec mon discours, lorsqu'il dit, (ou lorsqu'il fait dire au Verbe dans
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
les Proverbes de Salomon : ) Le Seigneur m'a crée'dès l e commencement de ses voies'. Le minislre traduit cet endroit, dont il croit pouvoir se servir pour son dessein, à cause du terme de création qui semblait induire dans le Verbe une nouvelle existence au commencement de l'univers, ainsi que le ministre le pensait alors; mais il supprime le reste du passage d'Atliénagore qui aurait fait voir le contraire. Cet auteur poursuit donc ainsi : m L'esprit prophé- » tique s'accorde avec mon discours, lorsqu'il dit :
» Dieu m'a créé Et quant à ce qui regarde ce
» même esprit prophétique qui agit dans les hommes » inspirés, nous disons qu'il est une émanation de » Dieu, et qu'en découlant de lui, (sur les prophètes » qu'il inspire,) il retourne à lui par réllexion comme » le rayon du soleil ». C'est en effet le propre de l'inspiration de nous ramener à Dieu qui en est la source comme de l'Esprit qui la donne; par où l'on voit clairement que sans parler de l'émanation éternelle du Saint-Esprit , où les païens à qui il écrit n'auraient rien compris , Athénagore fait connaître cette Personne divine par son émanation et son effusion temporelle sur les prophètes, c'est-à-dire, par l'opération qu'elle y exerce; comme il venait de faire connaître le Verbe par celle qu'il exerçait dans la création de l'univers : ce qu'il finit en disant : « Qui ne sera donc étonné, qu'on nous fasse passer n pour athées, nous qui reconnaissons Dieu le Père, » Dieu le Fils et le Sainl-Esprif? »
Le ministre n'a qu'à dire maintenant que le Saint- Esprit n'était pas, ou qu'il n'était pas parfait avant qu'il inspirât les prophètes, ou que par celte inspiration, qui n'est qu'une effusion du Saint-Esprit au dehors, il acquiert quelque nouvel être ou quelque nouvelle manière d'être : et s'il a honte de le penser et de faire changer le Saint-Esprit à cause qu'il change en mieux les prophètes qu'il inspire, il doit entendre de la même sorte cette création, c'est-àdire celte production au dehors du Verbe qui était toujours, et qui, sans changer lui-même, a changé toute la nature en mieux.
LXXI. Dessein d'Alhe'nagore dans ce passage, qui fait un nouveau dénouement de la doctrine des Pères. — On voit maintenant assez clairement tout le dessein d' Athénagore , qui, pour empêcher les païens de nous mettre au rang des athées, entreprend de leur donner quelque idée du Dieu que nous servons en trois personnes, dont il ajoute qu'il fallait connaître l'unité et les différences^ : et comme ils ne pouvaient pas entrer dans le fond d'un si haut mystère, ni dans l'éternelle émanation du Fils et du Saint-Esprit, il se contente de faire connaître ces deux divines Personnes par les opérations que l'Ecriture leur attribue au dehors, c'est-à-dire, le Fils par la création, et le Saint-Esprit par l'inspiration prophétique.
C'étaient là deux grands caractères du Fils et du Saint-Esprit : l'un comme sagesse du Père est reconnu pour l'auteur de la création qui est un ouvrage de sagesse; et l'autre comme son esprit est reconnu pour l'auteur de l'inspiration prophétique, qui est aussi le caractère qu'on lui donne partout, et même dans le Symbole de Constantinople, où sa divinité est infinie : Je crois , dit-on , au Saint-Esprit, qui a parlé par les prophètes : et c'est pour-