‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 240 sur 631 · Examen, p. 180. — 2. Hcb., u · texte numérisé non relu

Examen, p. 180. — 2. Hcb., u

TRAITE DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

entière, sans laquelle sa chair ne serait pas vivitiante, ni son sang plein d'esprit et de grAce.

Pourquoi donc en nous donnant de si grands trésors, son âme sainte, sa divinité, tout ce qu'il est; pourquoi, dis-je, a-t-il nommé seulement son corps et son sang, si ce n'est pour nous faire entendre que c'est par l'infirmité, qu'il a voulu avoir commune avec nous, que nous parvenons à sa force? Et pourquoi a-t-il séparé dans sa parole ce corps et ce sang, qu'il ne voulait séparer effectivement que durant le peu de temps qu'il fut au tombeau, si ce n'est pour nous faire entendre aussi, que ce corps et ce sang, dont il nous nourrit et nous viviQe, n'en auraient point la vertu , s'ils n'avaient une fois été actuellement séparés, et si cette séparation n'avait causé au Sauveur la mort violente qui l'a rendu notre victime? Si bien que la vertu de ce corps et de ce sang venant de sa mort, il a voulu conserver l'image de cette mort, quand il nous les a donnés dans sa sainte Cène, et par une si vive représentation nous tenir toujours attachés à la cause de notre salut, c'est-à-dire au sacrifice de la croix.

Selon cette doctrine, nous devions avoir, sous une image de mort, notre victime vivante; autrement nous ne serions pas vivifiés. Jésus-Christ nous dit encore à la sainte table ; Je suis vivant, mais j'ai été mort' ; et vivant en effet, je porte seulement sur moi l'image de la mort que j'ai endurée. C'est aussi par là que je vivifie , parce que , par la figure de ma mort une fois soulTerte, j'introduis ceux qui croient, à la vie que je possède éternellement.

Ainsi l'agneau qui est devant le trône, comme mort, ou plutôt comme tué^, ne laisse pas d'être vivant, car il est debout; et il envoie par toute la terre les sept esprits de Dieu , et il prend le livre, et il l'ouvre, et il remplit de joie et de grâce le ciel et la terre.

Nos réformés ne veulent pas ou ne peuvent peutêtre pas encore entendre un si haut mystère; car il n'entre que dans les cœurs préparés par une foi épurée; mais s'ils ne peuvent pas l'entendre, ils entendent bien du moins qu'on ne peut croire une présence réelle du corps et du sang de Jésus-ChrisI, sans admettre toutes les choses que nous venons d'expliquer; et ces choses ainsi expliquées, c'est ce qu'on appelle la concomitance.

Mais aussitôt que la concomitance est supposée, et qu'on a vu Jésus-Christ tout entier sous chaque espèce , il est bien aisé d'entendre en quoi consiste la vertu de ce sacrement. La chair ne sert de riew^; et si nous l'entendons comme saint Cyrille*, dont le sens a été suivi par tout le concile d'Ephèse, elle ne sert de rien à la croire toute seule, à la croire la chair d'un pur homme ; mais à la croire la chair d'un Dieu , une chair pleine de divinité , et par conséquent d'esprit et de vie; elle sert beaucoup sans doute , puisqu'on cet état elle est pleine d'une vertu infinie, et qu'en elle nous recevons avec l'humanité tout entière de Jésus- Christ, sa divinité aussi tout entière, et la source même des grâces.

C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui savait ce qu'il voulait mettre dans son mystère, a bien su aussi

1. Apoc. 1. 18. — 2. Idem, v.6. — 3. Joan.,vi. 64.- 4. Cyril., tib IV in Joan., c. ii. tom. iv,jiag. 350 et &eq. Id. Analh., xi. Cunc. Eph., p. I, tom. m. Conc. Lab., col. 408 et seq.

nous faire entendre en quoi il en voulait mettre la vertu. Il ne faut plus objecter ce qu'il a dit dans saint Jean : Si vous ne manyez la chair du Fils de l'Homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous'. Il veut dire visiblement, qu'il n'y a point de vie pour ceux qui se séparent de l'un et de l'autre; car au reste, ce n'est pas manger et boire qui donnent la vie, c'est recevoir Jésus-Christ. Jésus-Christ le dit lui-même, et comme remarque excellemment le concile de Trente^, trop injustement calomnié par nos adversaires : « Celui qui a » dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de » l'Homme , et ne buvez son sang , vous n'aurez pas 1) LA VIE en vous'', a dit aussi : Si quelqu'un mange

» DE CE PAIN, IL AURA LA VIE ÉTERNELLE*. Et Celui

» qui a dit ; Quiconque mange ma chair et boit mon

» SANG, A LA VIE ÉTERNELLE^, a dit aUSSl : Le PAIN » QUE JE DONNERAI EST MA CHAIR , QUE JE DONNERAI

)) POUR LA VIE DU MONDE ". Et enfin celui qui a dit :

1) Qui MANGE MA CHAIR ET BOIT MON SANG , DE.MEURE EN

» MOI ET MOI EN lui'', a dit aussi : Qui mange ce » PAIX , AURA LA VIE ÉTERNELLE *; ot eucore : Qui me

■> MANGE VIVRA POUR MOI, ET VIVRA PAR MOl^. » Par

OÙ il nous lie, non pas au manger et au boire de la sainte table, ou aux espèces qui enveloppent son corps et son sang, mais à sa propre substance, qui nous y est communiquée, et avec elle la grâce et la vie.

Ainsi ce passage de saint Jean, qui, comme nous avons dit, a révolté Jacobel, et soulevé toute la Bohème, se tourne en preuve pour nous. Les prétendus réformés nous défendraient eux-mêmes si nous le voulions , contre ce passage tant vanté par Jacobel, puisqu'ils disent d'un commun accord, que ce passage ne s'entend pas de l'Eucharistie. Calvin l'a dil'°, Aubertin l'a dit", tous le disent , et M. du Bourdieu le dit encore dans le traité que nous avons cité tant de fois'^. Mais, sans vouloir profiter de leur aveu, nous leur soutenons au contraire, avec toute l'antiquité, qu'un passage où la chair et le sang , aussi bien que le manger et le boire, sont si souvent et si clairement distingués, ne peut s'entendre simplement d'une communion, où manger et boire c'est la même chose , telle qu'est la communion spirituelle, et par la foi. C'est donc à eux, et non pas à nous, à se défendre de l'autorité d'un passage, où, s'agissant d'expliquer la vertu et le fruit de l'Eucharistie, on voit que le Fils de Dieu les met non à manger et à boire, ni dans la manière de recevoir son corps et son sang, mais dans le fond et dans la substance de l'un et de l'autre. C'est pourquoi les anciens Pères, par exeniple, saint Cyprien, lui qui ne donnait très-certainement aux petits enfants que le sang tout seul , comme nous l'avons vu si précisément dans son traité de Lapsis , ne laisse pas de dire au même traité , que leurs parents qui les mènent aux sacrifices des idoles, les privent du corps et du sang de Notre Seigneur ; et enseigne encore dans un autre endroit'', qu'on accomplit actuellement sur tous ceux qui ont la vie, et par conséquent sur les enfants, en ne leur donnant que le sang, ce qui est

1. Joan., Ti. 54. — 2. Sess. xxi , c. 1. — 3. Joan., vi. 54. — 4 Idem, 52. — 5. Ibid., 55. — 6. Ibid., 52. —7. Ibid., 57. — 8. Ibid., 59. — 9. Ibid., 58. — 10. Calv., Inst. iv, etc. — 11. Aub., lih. î. de Sacr. Euch., cap. xxx , etc. — 12. Repl., ch. vi , p. 201. — 13. Test, ad Quir., lib. m, c. 25, 26, p. 311.

TRAITE DE EA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

porto par ccito parole : Si vous ne mangez ma chair, et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Sainl Augustin dit souvent la même chose; quoiqu'il ait vu et pesé dans une de ses Epitres l'endroit de sainl Cyprien, où il est parlé de la communion des enfants par le sang seul , sans avoir rien trouvé d'extraordinaire dans cette manière de les communier'; cl qu'on ne doive pas douter que l'Eglise d'Afrique, où sainl Augustin était évèquc, n'eut retenu la tradition que saint Cyprien, un si grand martyr, évèque de Cartilage, et primai d'Afrique , lui avait laissée. C'est qu'au fond le corps et le sang se prennent toujours ensemble , parce qu'encore que les espèces qui contiennent particulièrement l'un ou l'autre, en vertu de l'institution, se prennent séparément; leur substance ne se peut non plus séparer que leur vertu et leur grâce : de sorte que les enfants , en ne buvant que le sang, ne reçoivent pas seulement tout le fruit essentiel de l'Eucharistie, mais encore toute la substance de ce sacrement, et en un mot une communion actuelle et parfaite.

Toutes ces choses font assez voir la raison qu'on a eue de croire que la communion sous une ou sous deux espèces comprenait avec la substance de ce sacrement tout son elfet essentiel. La pratique de tous les siècles, qui l'a ainsi expliqué , a sa raison, et dans le fond du mystère, et dans les paroles mêmes de Jésus-Christ, et aucune coutume n'est appuyée sur des fondements plus solides, ni sur un usage plus constant.

X. Quelques objections résolues par la doctrine PRÉCÉDENTE. — Je ne m'étonne pas que nos réformés, qui ne reconnaissent que de simples signes dans le pain et dans le vin de leur cène, s'attachent à les avoir tous deux : mais je m'étonne qu'ils ne veulent pas entendre qu'en mettant, comme nous faisons, Jésus-Christ entier sous chacun des sacrés symboles, nous pouvons nous contenter de l'un des deux.

M. Jurieu nous objecte que , supposé la présence réelle, on recevrait à la vérité le corps et le sang sous le pain seul, mais que cela ne sudirail pas, parce que ce serait bien recevoir le sang, mais non pas le sacrement du sang : ce serait recevoir Jésus- Christ tout entier réellement, mais non pas sacramentellement, comme on parle^. Est-il possible qu'on croie que ce ne soit pas assez à un chrétien de recevoir Jésus-Chrisi entier? N'est-ce pas, dans un sacrement où Jésus-Christ veutèlre en personne pour nous apporter avec lui toutes ses gnlces , mettre la vertu de ce sacrement plutôt dans les signes dont il se couvre, que dans sa propre personne qu'il nous y donne tout entière; contre ce qu'il dit lui-môme de sa propre bouche : Qui mange de ce pain aura la vie éternelle , cl : Qui me mange, vivra pour moi, et par moi , comme moi-même je vis pour mon Père et par mon Père^?

Que si M. Jurieu soutient, malgré ces paroles , qu'il ne sulfit pas d'avoir Jésus-Chrisl, si nous n'avons dans le sacrement de son corps et de son sang l'image parfaite de sa mort; comme il ne fait en cela que répéter une objection déjà éclaircie, je le renvoie aux réponses que j'ai faites à cet argu-

1. Aug., Ep. xcïMi, >!. 3,4, (. ii, c, 264 et stn. — 2. Exam., Tr.vi. 6«î. 6, p. 480, 481. — 3. Joan., vi. 52,58.

ment, et aux exemples incontestables que j'ai rapportés' , pour montrer que, du propre aveu de ses Eglises, quand on a la substance d'un sacrement, la dernière perfection de la signification n'est plus nécessaire. Que si ce principe est vrai, même dans les sacrements où Jésus-Christ n'est pas contenu réellement et en sa substance , comme dans celui du baptême : combien plus est-il certain dans l'Eucharistie, où Jésus-Christ est présent en sa personne; et qu'est-ce que peut désirer celui qui le possède tout entier?

Mais enfin, dira-t-on, il ne faut pas tant raisonner sur des paroles expresses. Puisque c'est voire sentiment que le chapitre vi de sainl Jean se doit entendre de l'Eucharistie , vous ne pouvez vous dispenser de le pratiquer à la lettre , et de donner le sang à boire aussi bien que le corps à manger, après que Jésus-Chrisl a prononcé également de l'un et de l'autre. Si vous ne mangez mon corps , et ne buvez mon saiig , vous n'aurez pas la vie en vous-mêmes.

Fermons une fois la bouche à ces esprits opiniâtres et contentieux, qui ne veulent pas entendre ces paroles de Jésus-Christ par loule leur suite. Je leur demande d'où vient que par ces paroles ils ne croient pas la communion absolument nécessaire au salut de tous les hommes, et même des petits enfants nouvellement baptisés. S'il ne faut rien expliquer, donnons-leur la communion aussi bien qu'aux autres; el s'il faut expliquer, expliquons le tout par la même règle. Je dis par la même règle, parce que le même principe el la même autorité dont nous apprenons que la communion en général n'est pas nécessaire au salul de ceux qui ont reçu le baptême, nous apprennent que la communion parliculière du sang n'est pas nécessaire à ceux qui ont déjà participé à celle du corps.

Le principe qui nous fait voir que la commrfnion n'est pas nécessaire au salul des petits enfants baptisés, c'est qu'ils ont déjà reçu la rémission des péchés el la vie nouvelle dans le baptême, puisqu'ils y ont été régénérés el sanctifiés ; de sorte que s'ils périssaient faute d'être communies , ils périraient avec l'innocence el la grâce. Le même principe fait voir que celui qui a reçu le pain dévie n'a pas besoin de recevoir le sang sacré; puisque , comme nous l'avons souvent démontré, avec le pain de vie il a reçu toute la substance du sacrement, el avec elle toute la vertu essentielle à l'Eucharistie.

La substance de l'Eucharistie c'est Jésus-Christ même : la vertu de l'Eucharistie est de nourrir l'âme, y entretenir la vie nouvelle qu'elle a reçue au baptême, confirmer son union avec Jésus-Christ, et remplir jusqu'à nos corps de sainteté el de vie : je demande si dès le moment qu'on reçoit le corps de Notre Seigneur, on ne reçoit pas tous ces effets, et si le sang y peut ajouter quelque chose d'essentiel.

Voilà ce qui regarde le principe : venons à ce qui regarde l'autorité.

L'autorité qui nous persuade que la communion n'est pas autant nécessaire au salul des petits enfants, que le baptême, c'est l'autorité de l'Eglise. C'est en effet cette autorité qui porte avec elle dans la tradition de tous les temps la vraie intelligence

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