Riv., Apol. pro verâ pace Ecoles , n. 87. — 2. Anonyme
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DÉFENSE DE LA TRADITION SUR LA COMMUNION, ETC
c'en est assez pour juger la cause; el pour parler, si l'on me le permet , en termes de procédure criminelle, leurs dénégations téméraires ne serviront pas moins à les convaincre que leurs confessions forcées.
Mais de peur que ces auteurs ne me reprochent encore une fois que je n'ai pas bien posé l'état de la question, quoiqu'on relisant mon Traité, on puisse voir aisément que je l'ai fait jiartout en termes précis; je veux bien le faire encore dès l'entrée de cet ouvrage, afin que le lecteur ail toujours présent devant les yeux ce qu'il doit chercher dans ce discours.
IL Etat de la question , et division de ce Traité en trois parties. — Il s'agit donc de savoir si , pour faire une communion parfaite selon l'institution de Jésus-Christ, il suflît de recevoir l'une des deux espèces, quelle qu'elle soit, ou s'il est nécessaire et essentiel de recevoir toutes les deux. Voilà l'état de la question '. M. Jurieu l'a déguisé d'une étrange sorte, puisqu'il a voulu nous faire croire « qu'on » demeure d'accord parmi nous, que quand on » communie les fidèles , on est obligé de leur donner » le pain à manger; mais qu'il n'en est pas de » même de la coupe-; » comme si nous ne croyions pas que la communion fût également bonne en prenant le sang tout seul, ou que nous missions dans le corps de Notre Seigneur quelque vertu particulière, qui ne fût pas dans son sang. C'est, par l'état de la question, vouloir rendre notre doctrine ridicule. Mais comme nous croyons au contraire que le corps de Notre Seigneur n'a pas au fond une autre vertu que celle qui est dans son sang, et que d'ailleurs ce sang précieux, après la résurrection du Sauveur, n'est pas moins inséparablement uni à son corps, que son corps l'est à ce divin sang, et l'un et l'autre à son âme sainte et à sa divinité , nous croyons que la communion sous l'une des deux espèces , quelle qu'elle soit , n'est en substance qu'une même chose avec la communion reçue sous les deux ; de sorte que communier de l'une ou de l'autre manière est une chose indill'érente.
Nous ne prétendons pas que la communion sous les deux espèces ne soit pas bonne : à Dieu ne plaise. Nous ne nions pas que Jésus-Christ ait institué l'une et l'autre : nous ne nions même pas qu'il ait commandé à ses apôtres de recevoir l'une et l'autre; la question est de savoir, si l'on trouvera dans l'institution de la sainte cène, un commandement de Notre Seigneur qui oblige tous les fidèles à recevoir l'une et l'autre espèce. Car celui que Jésus-Christ fit à ses apôtres, lorsqu'on leur présentant la coupe sacrée, il leur dit : Buvez-en tous, comme il est écrit dans saint Matthieu ^ a eu son entier accomplissement, lorsqu'on effet ils en burent tous, comme il est écrit dans saint Marc'; et si le Fils de Dieu n'avait point prononcé d'autres paroles que celles-ci : Prenez , mangez, et ces autres : Buvez-en tous , loin d'y trouver un commandement de prendre ces deux espèces, nous n'y apprendrions pas même que ce mystère dût passer jusqu'à nous; mais parce que Jésus-Christ ajoute : Faites ceci en mémoire de moi ^ , il nous a donné à entendre que
1. Trailê de la Communion, II. part., n. 3. — 2. Jurieu, Examen de VEuchar., Traité vi , Sect. 5, p. 404. — 3. Matth.' xxvi ■<!7. — 4. Marc, xiv. 23. — 5. Luc, xxil. 19 '
D. — T. IV
son intention était de perpétuer dans ce mystère la mémoire de sa passion, jusqu'à ce qu'il vienne \\xger les vivants et les morts, selon que saint Paul l'a interprété'.
Ainsi ce qui fait passer l'institution de l'Eucharistie à tous les siècles futurs , comme un sacrement perpétuel de la nouvelle alliance, c'est cette parole : Faites ceci; et c'est ce qui fait naître une autre question. Car comme on est d'accord , dans l'une et dans l'autre religion , que l'intention de Notre Seigneur n'a pas été de nous obliger à faire généralement tout ce qu'il a fait , comme par exemple à faire la Cène sur le soir et à la lin d'un repas, nous convenons les uns et les autres qu'il n'a voulu nous obliger qu'à ce qu'il y a d'essentiel à ce mystère; de sorte que nous avons à rechercher en quoi il en a voulu mettre l'essence pour ce qui regarde la communion; et c'est aussi sur cela que nos sentiments sont partagés. Nos réformés prétendent que l'essence de la communion est clairement expliquée dans l'Evangile, et nous prétendons au contraire que ces paroles : Faites ceci, étant dites sans distinction, et tombant par elles-mêmes indéfiniment sur tout ce que Jésus-Christ a fait, nous ne pouvons savoir délerminément sa volonté que par le secours de la Tradition.
Nous avons donc d'abord deux choses à faire : l'une, à montrer à nos adversaires que leur étant impossible de déterminer par l'Evangile ce qui est essentiel à la communion , ils ne peuvent se déterminer sur cette matière que par l'autorité de l'Eglise et de la Tradition : l'autre, que la tradition de tous les siècles, dès l'origine du christianisme, établit constamment la liberté d'user indill'éremment d'une seule espèce ou des deux ensemble.
C'est aussi ce qui paraîtra dans les deux premières parties de cet ouvrage; et j'espère qu'on y verra le Traité de la Communion sous les deux espèces si fortement soutenu, que les réponses qu'on y a faites, avec tant de subtilité et de savantes recherches, n'auront pu produire autre chose que de l'afiermir davantage. Mais comme on pourrait penser qu'il ne sulTit pas de montrer que l'observance de la communion sous une ou sous deux espèces est libre et indillërente, et qu'au contraire, nos adversaires concluront de laque l'Eglise n'a pu déterminer ce que Jésus-Christ a laissé pour indilTérent, ni ôter à ses fidèles la liberté qu'il leur a donnée, nous ferons voir, du propre aveu de nos adversaires, que l'Eglise peut prendre parti dans les choses que l'Evangile laisse indifférentes, et que, lorsqu'elle l'a pris, on ne peut s'y opposer ni lui désobéir sans se rendre coupable de schisme. C'est ce qui me fera donner une troisième partie à cet ouvrage ; et dans cette troisième partie , en recueillant en peu de paroles tous les discours précédents, je ferai voir que notre doctrine , non-seulement sur la communion d'une seule espèce, mais encore sur toute la matière de l'Eucharistie, est incontestable, et notre tradition parfaitement conforme à l'Ecriture. Que si je prouve ces choses , non-seulement par la doctrine des saints, mais encore par les deux Réponses qu'on m'a opposées, il se trouvera clairement que ces Réponses, tant vantées en France et en Angleterre, loin d'avoir affaibli nos preuves, par une direction