CHAPITRE PREMIER
Premier argument tiré du baptême par infusion ou aspersion.
Commençons à montrer aux protestants qu'ils ne doivent pas espérer de déterminer par l'Ecriture ce qui est essentiel à la communion , et qu'ils ne peuvent résoudre cette question que par l'autorité de l'Eglise. Cette vérité paraîtra d'abord dans un cas semblable, qui est celui du baplème. J'ai proposé cette preuve, avec tous les catholiques dans le Traité de la communion' , où j'ai posé pour certain, que le mot baptiser signifie plojiger : la chose est incontestable. Mais comme ceux des protestants qui ne savent pas la langue grecque en pourraient douter, je suis bien aise d'ajouter le témoignage de Casaubon à ce que j'ai déjà dit sur cette matière. Je ne puis alléguer un meilleur témoin, puisque Casaubon était protestant , calviniste , zélé défenseur de sa religion, et, ce qu'il y a de plus important en cette matière, le plus profond et le plus exact dans la langue grecque qui ait vécu dans ce siècle. Voici ce qu'il dit sur le passage de saint Matthieu : Ils étaient baptisés dans le Jourdain'-. (Il s'agit du baptême de saint Jean-Baptiste.) « Telle était la ma- » nière de les baptiser, en les plongeant dans les • eaux; ce qui parait clairement par le mot même » de baptiser, pam^eiv. » Pour s'expliijucr davaii-
1. Trnilé il: In Communion, part. II, art. i, ci-dessus, ;>. 2(i5. — i. Casaub., nol. in Ev. Mait/t., m. 0.
tage, il oppose le mot baptiser à celui qui signifie nager par dessus , être porté sur la surface , et à celui qui signifie enfoncer dans l'eau arec péril de se noyer; d'où il conclut que ce n'est pas sans raison qu'on a dit qu'il fallait plonger le corps dans le baptême. Vous le voyez, messieurs, Casaubon, un protestant si zélé, et un si grand grec, demeure d'accord que baptiser signifie plonger tout le corps ; et que c'est pour cela que saint Jean , qui a baptisé Jésus-Christ, baptisait dans une rivière; de sorte que Jésus-Christ , lorsqu'il reçut le baptême, y fut plongé comme les autres; et que, lorsqu'il a dit baptiser, c'est de même que s'il avait dit plonger. Qui vous a dispensé de ce plonger, dites-le-moi? et par la même raison je vous expliquerai ce Durez-en tous.
Mais, dites-vous, Casaubon ajoute dans le même lieu que vous citez , que ceux qui croyaient nécessaire de plonger dans le baptême ont été rejelés il y a longtemps. Je le confesse avec Casaubon : on les a rejetés avec raison à cause de l'autorité de l'Eglise qui s'y oppose. Mais pour ce qui est de l'Ecriture, ni Casaubon ni personne n'en a jamais allégué aucun passage. Il est vrai que nos protestants disent sans cesse qu'il n'y a point ici de retranchement; que l'élément, qui est l'eau, demeure toujours; que la quantité n'y fait rien, et que c'est ici une chose indilférente. Comment le prouvent-ils contre la parole expresse de Jésus-Christ, qui en disant baptisez , a autant dit que s'il avait dit plonges ; puisque le mot de baptiser ne signifie rien autre chose. Ce n'est pas l'élément qui fait la matière du sacrement, c'est l'élément pris de la manière que Jésus-Christ le commande. Serait-ce assez de prendre du vin dans la cène , et de s'en laver la bouche ou les mains? Serait-ce assez de prendre de l'eau dans le baptême, et d'en boire'? On ne fait rien , si l'on ne fait pas ce que Jésus-Christ commande. S'il est ici permis de raisonner, il n'est pas moins permis de le faire au sujet de l'Eucharistie, qu'au sujet du baptême, et cette parole, plongez, n'est pas moins claire que cette autre : Buvez-en tous. C'est en vain qu'on nous répond : Vous demeurez vous-même d'accord du baptême sans immersion. Il est vrai; mais si l'on veut croire avec nous que ce baptême sulfit, quoiqu'on ne trouve rien pour l'autoriser dans l'Ecriture, il faut avec nous s'en rapportera l'autorité de l'Eglise pour l'interprétation des paroles : Buvez-en tous.
Ce raisonnement pousse à bout toute la subtilité de nos adversaires. M. de la Roque tâche de soutenir par l'Ecriture la coutume de baptiser sans immersion'; mais ses preuves sont si faibles, que l'auteur de la seconde Réponse les a abandonnées, et qu'il abandonne en même temps le baptême dont on se sert dans son Eglise , comme étant certainement un abus contraire à l'institution et au dessein du baptême^. Mais il est bon de considérer les raisonnements de ces deux auteurs.
L'auteur de la première Réponse , ce fameux M. de la Roque , (]ui entreprend de soutenir par l'Ecriture le baptême sans immersion, commence néanmoins par demeurer d'accord avec moi, que baptiser signifie proprcmetit plonger'^; mais il prétend que