La Roque, ir.parl.,c/i. i
-■2. Anonyme , pag. 2-i ;;. 2ï5, 226.
sous UNE ESPÈCE. — PREMIÈRE PARTIE.
dans l'usage de la langue sainte, et des auteurs ou des trailucleurs de l'Ecriture , le terme de plonger ou de hapiiser, se prend par translation pour lavr, à cause que d'ordinaire on plonge les choses dans l'eau pour les laver et les nettoyer. Sur quoi il allègue quelques passages de l'Ecrilure , qui premièrement ne prouvent pas ce qu'il prétend, et qui, secondement, ne regardent pas le sacrement de baptême.
On voit, dit-il, dans le livre de Judith', qu'elle se lavait dans une fontaine, et il y a dans le grec qu'elle s'y baptisait. Je ne m'en étonne pas; c'est à cause qu'elle s'y plongeait tout entière. Aussi la Vulgate a-t-elle traduit : Baptizabat se, ne croyant pas assez exprimer la force du grec, si elle eut employé un autre mot, qui n'eut pas été si clair ou si expressif. Le baptême, selon cette idée, serait un bain; comme aussi il est appelé ordinairement par saint Paul, Xouxfbv, lavacrum , un bain^ : ce qui est bien éloigné de la goutte d'eau que nous jetons sur la tète, et montre bien autrement la parfaite purification de nos âmes par le saint baptême. L'auteur de la seconde Réponse prend la peine de m'avertlr de cette expression de saint PauP, et je suis bien aise qu'il voie que je profite de son avis.
Après le passage de Judith , M. de la Roque nous oppose un passage de saint Luc et un de saint Marc. Il est dit dans celui de saint Luc^, qu'un pharisien s'étonna de ce que Jésus, qu'il avait prié à diner, ne s'était point iafe avant que de se mettre à table , où il remarque « que le grec veut dire , » qu'il ne s'était point baptisé; ce qu'on ne peut » entendre d'une immersion, mais d'un simple la- » vement par aspersion ou infusion. On ne peut pas » donner, poursuit-il, d'autre explication à ce que » dit saint Marc des pharisiens^, » que retournant du marché, ils ne mangeaient point qu'ils ne se fussent lave's : le grec, qu'ils ne se fussent baptisés. Il ajoute qu'il y a aussi beaucoup d'autres choses qu'ils nous ont appris à garder, comme les lavements, ou selon le grec, les baptêmes des coupes et des brocs, et de la vaisselle et des châlits.
Voilà tout ce qu'un savant homme a pu trouver dans l'Ecriture, pour détourner ce mot baptiser de sa signification naturelle, sans songer que ces deux passages ne regardent en aucune sorte le sacrement de baptême, dont il s'agit entre nous. Mais puisqu'au lieu de considérer la nature et le dessein de ce sacrement, il nous réduit à ces minuties; qui lui a dit que les Juifs ne lavaient point les vaisseaux dont ils se servaient en les jetant dans l'eau, et en les y plongeant , et que ces six grandes urnes ou ces six grands lavoirs de pierre , qui tenaient deux ou trois mesures, qu'on voit dans les noces de Gana en Galilée, pour servira la purification des Juifs^, n'étaient pas destinées à cet usage? Luimême vient de nous dire, que d'ordinaire on plonge les choses dans l'eau pour les laver et les nettoyer. D'où sait-il donc que les Juifs lavaient leur vaisselle par simple aspersion ou infusion, plutôt qu'en la jetant tout entière dans les eaux'? D'où sait-il qu'ils ne faisaient pas, pour ainsi dire, nager leurs bois de lits dans l'eau, en la versant dessus comme
1. Judith, XII. 7. — 2. Ephes., v. S6; TH., m. 5. — 3. Anon., I. part., ch. m , p. 24. — i. Luc, Xi. 38. — 5. Jkfarc, vu. 4 — ti Joan., II. 6.
à pleins seaux; chose bien éloignée de la légère infusion qu'il veut établir; ou même qu'ils n'avaient pas de grands et larges lavoirs pour les y jeter tout entiers, ou, si l'on veut, par pièces, en les démontant? Et pour les personnes, d'où sait-il que les pharisiens superstitieux, en revenant du marché, où ils rencontraient tant de gentils et tant de publicains , dont ils croyaient que l'approche et le souCQe même, pour ainsi dire, les souillait, ne se mettaient pas dans l'eau pour se purifier? Mais comment avoir toujours, dira-t-il, des bains tout prêts? Quoi donc, a-t-il oublié les lavoirs qu'on avait dans les maisons, et l'usage des bains, si familier à tous les peuples, et principalement aux Orientaux, mais qui l'était d'autant plus aux Juifs, qu'ils en faisaient une observance de leur religion, qui se trouve dans leurs anciens livres, et qui dure encore parmi eux? Pourquoi donc ne voudrons-nous pas qu'elle soit marquée dans le passage de saint Luc et dans celui de saint Marc? Et pour nous attacher à saint Marc', qui parle plus distinctement, comment M. de la Roque n'y a-t-il pas remarqué par deux fois le mot de m\i%i, que la Vulgale rend parLAV.\RE, laver, pour dire qu'on lave les mains? Car encore que les Juifs les lavent, en les enfonçant dans l'eau , ce n'était pas ce qu'on appelait du mot de baptiser ou de baptême , et ce mot est réservé par l'évangéliste pour signifier une autre action, c'est-à-dire, celle où l'on mettait tout à fait dans l'eau ou la personne ou la chose entière , par exemple, quelques vaisseaux; ce qui fait aussi que la Vulgate , qui sait fort bien dire lavare quand il faut , retient ici les mots de baptême et de baptiser, comme nous avons observé qu'elle a fait dans le livre de Judith, ne croyant pas le simple mot de lacer assez significatif. Et quand M. de la Roque nous dit qu'il ne trouve pas dans l'Ecriture ces sortes de purifications, où l'on se mettait tout à fait dans l'eau ^, il ne songe pas à ce large et profond vaisseau appelé la grande mer, qu'on mettait à l'entrée du temple pour les purifications publiques, ni à la conséquence qu'il en faut tirer des lavoirs qu'on avait dans les maisons pour les purifications particulières. Et lorsqu'il est si souvent prescrit dans la loi de laver ses vêtements, croit-il que c'était de jeter de l'eau dessus? ou plutôt de les tremper dans l'eau , zilwîn, comme le traduit le grec des Septanle, si fidèle et si exact dans toute la version du Pentateuque? Ce serait trop perdre de temps à prouver une chose claire, que de ramasser les autres passages. Mais quand ces purifications ne seraient pas expliquées dans l'Ecriture, qui ne voit que c'était là des choses que la loi se contentait de marquer en gros, et qu'elle laissait à la coutume à en interpréter la manière? Quand tout cela ne serait pas, il ne s'agit ni dans saint Marc ni dans saint Luc de ce que l'Ecriture avait prescrit aux Juifs; mais de ce qu'ils avaient reçu par leur tradition , qui en cela certainement n'est pas douteuse. Ainsi M. de la Roque n'a rien prouvé par les trois passages qu'il allègue , qui sont tout ce qu'il a pu ramasser. :Mais quand il aurait prouvé ce qu'il prétend, qu'en trois endroits de l'Ecriture le terme de baptiser signifie laver par simple infusion ou aspersion, que conclurait-il de là pour le sacrement