Anon., I. part., ch, v:, p
des sacrements; c'est ce qui leur donne leur force : or il est certain que Jésus-Christ prit le pain et le bénit, prit la coujie et la bénit'; ce qui fait dire à saint Paul : Le calice de bénédiction que nous bénissons- : il est encore certain que Jésus -Christ parla séparément sur le pain , et qu'il dit : Ceci est mon corps; puis séparément sur le vin, et qu'il dit : Ceci est mon sang ; c'est manquer à quelque chose d'essentiel, que de ne pas joindre la parole à chaque partie de l'action , comme Jésus-Christ a fait, et comme il a ordonné de le faire, en disant : faites ceci. Nos réformés cependant ne le font pas. J'ai fait voir dans le Traité de la Communion^ que leur Discipline ne les oblige à prononcer aucune parole dans la distribution des signes sacrés : que puisque, selon leur doctrine, le sacrement ne consiste que dans l'usage, il s'ensuit qu'ils ont un sacrement sans parole : qu'ils reconnaissent euxmêmes que Jésus-Christ n'a pas fait ainsi, puisqu'à chaque partie du sacrement il a déclaré ce que c'était; mais qu'en même temps ils enseignent que cet exemple n'oblige pas, quoique Jésus-Christ incontinent après avoir fait ces choses, ait ajouté si expressément ; Faites ceci; et enfin , ce qu'il y a de plus étrange, que malgré une contravention si formelle à l'institution de Jésus-Christ, les ministres croient et font croire au peuple, qu'on fait dans leur cène tout ce que Jésus-Christ a fait dans la sienne. A cela qu'a-t-on répondu? Tous les faits sont demeurés pour constants. On a dit, « que les » paroles du distribuant, les paroles consacrantes, » sont choses de pure police, dont la Discipline a » pu disposer, et y faire les changements qu'elle a » jugés nécessaires^. » Quoi, même jusqu'à omettre ce que Jésus-Christ a fait, ainsi que je l'ai fait voir? Cela passe sans contradiction dans la première Réponse, et la seconde ajoute de plus : « que )) les protestants s'attachent religieusement à la » seule autorité de Jésus-Christ; mais pourtant » avec cet esprit de liberté qui en fait l'essence et » la force''. « Leur liberté va-t-elle jusqu'à se dispenser de faire ce que Jésus-Christ a fait pour bénir et pour consacrer le pain et le vin? Cependant le môme auteur venait de dire que selon saint Paul, interprète de Jésus-Christ, la matière et la forme du sacrement était du pain béni et sacré, était du vin consacré^, sans doute par quelque parole prononcée distinctement sur l'un et sur l'autre, et tous les chrétiens du monde, sans aucune contestation, l'ont pratiqué et le pratiquent ainsi dans tout l'univers et dans tous les siècles. « Mais, dit-iP, ni » Jésus-Christ, ni les apôtres, ni l'Eglise primitive » n'ont point prescrit de formes certaines ni néces- « saires sur ce sujet. » Quand cela serait, s'ensuivrait-il qu'il soit libre de n'en avoir aucune, et d'administrer |un sacrement sans parole? Qu'ils nous montrent dans leur Discipline ou dans leur Cène, quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la bénédiction que Jésus-Christ et ses apôtres, et toute l'Eglise après eux, ont faite sur chacun des dons proposés, pour déclarer ce que c'était, et les consacrer? Est-ce que ces choses n'appartiennent pas à l'essence du sacrement, et que la
1. MaUh., XXVI. 26, 27. — 2. /. Cor., x. 16. — 3. Tr. de la Commun., II' part., ». 6, p. 274. — 4. La Roq., II' prirt.. ch. m , p. 21J. — 5. Anon., /" pnrt., ch. vi, p. 101. — S. Idem , p. 91. — 7. Ibid.
sous UNE ESPÈCE. - PREMIERE PARTIE.
parole n'en fait pas une partie essentielle? D'où vient donc qu'ils se croient astreints aux paroles solennelles du baptême? Sont-elles plus claires dans l'Evangile que celles dont Jésus-Christ se servit en donnant son corps et son sang? et que ne disent-ils à son exemple quelque chose qui signilie C8 qu'on donne? Leur hardiesse en vérité est surprenante. M. Jurieu nous reproche que nous retranchons la consécration. « Elle se doit faire, dit- » il ', par la prière. » Et un peu après : « Le sens » commun dicte que les consécrations se doivent » faire par les prières; et enfin le Seigneur Jésus » consacra le pain pour être le sacrement de son » corps par la prière; car l'histoire de l'Evangile » dit expressément , qu'il prit du pain, qu'il rendit » grâces sur le pain, et qu'il le bénit; et la bénéi> diction est justement l'action par laquelle on im- »plore, sur quelqu'un ou sur quelque chose, » l'augmentation de la grâce ; et il est certain , 0 poursuit-il, que la pratique de l'antiquité a été i> parfaitement semblable à la nôtre à cet égard , et » il me serait aisé de prouver qu'elle consacrait » par la prière. » Mais si vous voulez consacrer comme elle, et conserver quelque chose d'une antiquité que vous faites semblant de vouloir suivre , pourquoi avez-vous retranché cette invocation solennelle adressée à Dieu dans toutes les liturgies des chrétiens, pour le prier « de faire par son » Saint-Esprit, de ce pain préposé, le corps, et de » ce vin préposé, le sang de son Fils? » Ils ne peuvent disconvenir que nous ne fassions solennellement cette prière commune à tous les chrétiens; et ils savent bien que l'Eglise n'a jamais décide qu'elle ne fût pas nécessaire. Cependant eux, qui la retranchent, se vantent de garder l'institution de Jésus- Christ, et la pratique de l'antiquité, et osent encore nous accuser, et dire que c'est nous qui l'avons changée, et qui avons retranché la consécration.
Mais enfin , dit la seconde Réponse- , on ne sépare pas la cène de la parole dans les églises protestantes, « puisqu'avant de distribuer la communion, » on lit l'histoire de son institution, et l'on avertit » tout le peuple qu'on va célébrer la mémoire de » la mort de Jésus-Christ. » Devant Dieu et devant les hommes, est-ce là ce qu'on appelle bénir le pain et le vin , les consacrer, prier sur eux , comme on avoue que Jésus-Christ a fait, que saint Paul son interprète l'a enseigné, et que toute l'antiquité l'a pratiqué unanimement dès les premiers siècles? Mais pesons les paroles de cet auteur. On lit, ditil , l'histoire de l'instilution. Est-ce donc là , selon lui , la parole qui doit accompagner le sacrement? Mais il s'en moque lui-même dans un autre endroit : « €'esl, dil-iP, comme qui dirait que pour bapti- » ser, il faut réciter l'institution du baptême, et » dire en jetant un homme dans l'eau , et l'y plon- » géant : Allez , endoctrinez les nations , en les » baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint- » Esprit. » Mais peut-être que la parole qui doit accompagner le sacrement, est, comme il ajoute, d'acerlir le peuple qu'on va célébrer la mémoire de la mort de Jésus-Christ; comme s'il suffisait , pour baptiser, d'avertir qu'on va donner le baptême, et qu'il ne fallût rien dire en le donnant.
1. Exam. de l'Euchar., tr. vu, § 2, p. 431 . — 2. Anon., I.parl., pay. 87. —3. 11. part., ch. vu, p. 258.
Cet auteur croit se sauver, en me demandant, « si » je croirais qu'un prêtre eut séparé le sacrement » de la parole, en présentant la communion sans » parler'. » Il devait du moins songer que nous ne mettons pas, comme ils font, ce sacrement dans l'usage , mais dans la consécration qui le précède; de sorte que quand ensuite on ne dirait mot, ce qu'on n'a jamais fait dans l'Eglise chrétienne, le fidèle recevrait toujours une chose sainte, une chose consacrée, comme Jésus-Christ l'a fait, et comme il a ordonné de le faire, en un mot, un vrai sacrement; mais pour eux , qui ont des principes contraires, et qui de plus, osent dire qu'ils ne sont pas obligés de suivre en ceci l'exemple ni l'institution de Jésus-Christ, ils sont de manifestes prévaricateurs; et le changement qu'ils font ici dans la cène de Notre Seigneur, est d'autant plus considérable, qu'ils le font dans la parole môme, qui est toujours, clans les sacrements, ce qu'il y a de plus essentiel.