CHAPITRE V
Que la seule Tradition explique quel est le ministre de l'Eucharistie, et décide de la communion des petits enfants.
Ils ne seront pas plus assurés du ministre de la cène , s'ils persistent à refuser le secours de la Tradilion. Leur disciple et tous leurs synodes décident unanimement, que c'est aux seuls ministres de la parole, qu'il appartient de distribuer l'une et l'autre partie du sacrement; de sorte que les anciens et les diacres, à qui ils permettent la distribution dans le besoin , ne le font , pour ainsi dire, que de leur autorité; et c'est pourquoi les synodes ordonnent que « les ministres parleront seuls en la » distribution des signes sacrés, afin qu'il appa- » raisse clairement que l'administration des sacre- » ments est de l'autorité de leur ministère^. » C'est aussi aux ministres seuls qu'il appartient de bénir la coupe sacrée , et les diacres s'élant ingérés en la présentant de dire ces mots de saint Paul : Cette coupe est la communion du corps de Christ , en omettant, que nous bénissons, le synode national décida , qu'aucun ne devait être employé à proférer les paroles de l'Apôtre , s'il ne peut les dire tout entières. Ainsi les ministres seuls peuvent bénir le pain et le vin, et c'est une doctrine constante parmi nos réformés, que ce n'est pas faire la cène, que d'en recevoir les signes, sans qu'ils soient bénis par les ministres, et distribués en leur présence et de leur autorité. Mais tout ce qu'il y a dans l'Evangile, qui pourrait autoriser cette doctrine, n'a point de force dans la nouvelle Réforme. On y enseigne constamment que ces paroles : Faites ceci, dont nous nous servons pour prouver qu'il appartient aux apôtres et aux successeurs de leur ministère de consacrer et de distribuer les saints dons, s'adressent à eux comme simples communiants^, et non pas comme officiants et distributeurs; de sorte qu'il ne reste rien, dans l'Ecriture, pour attribuer aux seuls pasteurs la consécration et l'administration de la cène; et je me suis servi de cet argument pour montrer la nécessité de la Tradition \ Mais l'auteur de la seconde Réponse, plutôt que d'être
1. .inonrjm., pag. 87. — 2. Syn. de S. Maix. 1609. Ol/serv. sur la Discipline, chap. xii . art. ix , paij . 185.— 3. Anonym., p. 100, 101. — 4. Traité de la Communion, II. pari., n. \3,p. 273.
nKFENSE DE LA TRADITION SI'R LA C(UIMUXI(1N
forcé à la reconnailre, aime m'unix dire « que tous « les proleslanls en général conviennent, que dans » la nécessité chaque père de famille est le pasteur » et le ministre de l'Eglise que sa famille compose, » et que , par la nécessité même, chaque père de » famille le peut faire, pourvu que cela n'aille » jamais jusqu'à faire schisme ni division dans 11 l'Eglise, dont il fait partie'. » Je ne sais si tous nos réformés approuveront ces excès, qui renversent de fond en comble l'état de l'Eglise, ni s'ils permettront, qu'avec cet auteur, on préfère les dangereuses singularités de TertuUien Montanisle , à toute l'autorité des siècles passés. Mais ils n'ont aucun moyen de réprimer cette licence , s'ils ne recourent à l'autorité de la Tradition et de l'Eglise. Ils ne peuvent non plus s'excuser de donner la cène aux petits enfants, s'ils s'attachent simplement à l'Ecriture. Car je leur ai demandé si ce précepte : Mangez ceci, et buves-en tous, qu'ils croient si universel, ne regarde pas tous les chrétiens^? Mais s'il regarde tous les chrétiens, quelle loi a excepté les petits enfants, qui sans doute sont chrétiens étant baptisés? La comparaison du baptême augmente la difficulté. Si, selon nos prétendus réformés, on ne doit pas refuser le signe de l'alliance aux enfants des lîdèles qui en ont la chose , puisqu'ils sont incorporés à Jésus-Christ par leur baptême , par la même raison , on ne pourra pas leur refuser le signe de leur incorporation, qui est le sacrement de l'Eucharistie. On peut voir ce raisonnement proposé dans le Traité de la Communion'^. M. de la Roque répond, « que les » enfants ne sont pas, à cause de leur bas âge, » capables de l'épreuve que saint Paul ordonne'*, » et qu'il n'en est pas comme du baptême, qui ne demande point cet examen. Mais il ne dit pas un mot à ce que je lui objecte , que saint Paul n'a pas dit plus expressément, qu'on s'e'prouve et qu'on mange, que Jésus-Christ avait dit : Enseignez et baptisez. Qui croira et sera baptise'. Faites pénitence et recevez le baptême. Et si ce ministre , avec le Catéchisme de la nouvelle Réforme-, interprète que cela doit être entendu de ceux qui sont capables d'instruction et de pénitence, pourquoi n'en dira-t-on pas autant de l'épreuve tant recommandée par l'Apotre? L'auteur de la seconde Réponse, en niulti|)liant les paroles, ne fait que s'embarrasser davantage. « Jésus-Christ, dit-iP, n'a fait des lois » que pour ceux qui les entendent. » Mais cela ne regarde pas moins le baptême que l'Eucharistie. Il nous demande à son tour : » Les enfants sont-ils » capables de savoir ce que c'est que de s'éprouver • et de manger dignement le corps de Jésus-Christ? » Savent-ils seulement bien ce que c'est que de » célébrer la mémoire de la mort de Jésus-Christ , » et d'en embrasser le mérite par une vive foi? » On lui demandera de même si les enfants savent bien ce que c'est d'être ensevelis avec Jésus-Christ, et lavés de son sang dans le baptême; et il ne peut trouver aucune raison dans l'Ecriture pour les rendre capables du baptême , qu'en même temps elle ne les rende capables de l'Eucharistie, ce que néanmoins ces Messieurs rejettent.
1. Anon., I. part., ch. vi, p. 99. — 2. Traité de la Communion, II. part., M. 13, p. 283. — S. Idem, n. 6 et 10. —4. La Roq., II. part., ch. VI, pag. 300; c/i. m, pag. 263. — 5. Anon., I . part., chap. dem.fp. 115.
Combien est saine en ce point, et combien solide la doctrine de l'Eglise catholique , on le peut voir dans le Traité de la Communion'. Je ne crois pas être obligé d'entrer plus avant dans une matière qui n'est pas de mon sujet; et il me suffit d'avoir démontré à nos adversaires par des exemples convaincants^, que le principe dont ils se servent est défectueux.
CH.VPITRE VL
La communion de ceux qui ne peuvent pas boire du vin. M. Jurieu abandonné , quoiqu'il soit le seul qui raisonne bien selon les principes communs des protestants. L'hydromel , et ce qu'on mange au lieu de pain dans quelques pays, peuvent , selon les protestant.t . servir pour l'Eucharistie.
Je suis fâché pour nos réformés qu'il faille encore leur opposer leurs synodes, et ce fameux article de leur Discipline , où ils permettent la communion avec le pain seul à ceux qui ne peuvent pas boire de vin. La bonne foi devrait déjà leur avoir fait avouer qu'ils n'ont rien ici de supportable à répondre. C'était d'abord une excuse assez vraisemblable de dire que la nécessité n'a pas de loi, et qu'on ne pouvait obliger un homme à faire ce que la nature lui a rendu impossible. Mais après qu'on leur a fait remarquer que s'il était impossible à cet homme déboire du vin, il n'était pas impossible de ne lui donner en aucune sorte le sacrement de la cène , ils n'ont plus eu à répondre qu'alisurdités sur absurdités, jusqu'à ce qu'enfin M. Jurieu est venu à cet excès inouï, de dire que ce qu'un homme reçoit en ce cas , « n'est pas le sacrement de Jésus- » Christ, parce que ce sacrement est composé de » deux parties et qu'il n'en reçoit qu'une'. »
M. Jurieu a bien raisonné selon les principes de sa religion, et s'il lui est arrivé de tomber dans une plus visible absurdité , c'est la destinée commune de ceux qui raisonnent sur un faux principe. Plus ils poussent loin leur principe, et plus ils en tirent des conséquences légitimes, plus ils s'engagent dans l'absurdité, plus ils la rendent visible. M. Jurieu a supposé, avec tous ceux de sa religion, que Jésus- Christ avait établi l'essence de l'Eucharistie sous les deux espèces également nécessaires : il a joint à ce principe une autre maxime, que dans les choses d'institution, comme sont les sacrements, tout est dans la volonté de l'instituteur; d'où il a très-bien conclu que ce qui n'est pas en tout point conforme à sa volonté, n'est pas en elTet son sacrement, et qu'ainsi quiconque reçoit la seule espèce du pain , sans recevoir l'autre, ne reçoit pas le sacrement de Jésus-Christ; ou, comme il dit dans un autre lieu, « ne prend pas un vrai sacrement; il prend seulement la chose signifiée par le sacrement*. »
M. de la Roque nous veut faire accroire que, lorsque M. Jurieu dit que cet homme ne reçoit pas le sacrement . il veut dire qu'il ne le reçoit pas dans son intégrité, puisqu'il n'en reçoit qu'une partie''. Mais celle charitable interprétation lui ôte la louange qu'il a méritée, d'avoir raisonné plus conséquemment que tous les autres ministres sur le principe commun. Ce principe commun est que, par l'insti-
1. Tr. de la Commun., I. pari., n. 13, p. 253 et suiv. — 2. Tr. de la Comm., II. part., n. 10, p<ij7. 2S1 et suiv. — 3 Préserv., art. xm, pag. 262 et suiv. Vid. Traité de la Commun., II. part., n. 3, pag. îëô. — 4. Sxam. de rEucharislie, tr. vi, § vu, p 491. — 5. La Roq., II. part.,ch. t,pag. 239, 240.
sous UNE ESPECE.