PREMIERE PARTIE
tution de Jésus-Christ, les deux espèces unies constituent l'essence du sacrement. Il s'ensuit donc que celui qui n'en reçoit qu'une, en quelque manière que cela lui arrive, ne reçoit pas le vrai sacrement. C'est aussi ce qu'a conclu M. Jurieu. « Cet homme, » dit-il, ne prend pas selon nous le vrai sacrement; » il prend seulement la chose signifiée par le sacre- )) ment; » comme on dirait d'un Juif ou d'un Gentil, qui ayant une foi vive dans le cœur avec le vœu du baptême, serait mort avant que de le recevoir, qu'il aurait la chose signifiée par ce sacrement, mais sans doute qu'il n'aurait pas le sacrement môme.
C'est ainsi qu'a parlé M. Jurieu , et il résulte de ce discours, que ce qu'on donne à l'homme dont il s'agit, dans l'assemblée de l'Eglise, ce qu'il reçoit du ministre, ce qu'il prend avec révérence et actions de grâces , n'étant pas le sacrement de Notre Seigneur, n'est qu'une chose purement humaine et un simple morceau de pain : chose si visiblement absurde, que l'auteur de la seconde Réponse, après avoir fait semblant de vouloir excuser M. Jurieu, sentant bien qu'il a parlé trop clairement, l'abandonne tout à fait. « Peut-être, dit-il', que sa pensée » est qu'ils ne reçoivent pas tout le sacrement , ce » qui est très-vrai : mais qu'absolument parlant, » ils ne reçoivent point du tout le sacrement, c'est » un sentiment insoutenable, et que je crois parti- » culier à ce ministre , qui en afl'ecte assez d'autres » en matière de sacrements , comme celui de la nô- » cessité du baptême des enfants, et que la régéné- » ration est un efict qu'il opère dans les baptisés » EX OPERE oPERATo, comme parle l'Eglise romaine; » car son sentiment va là entièrement. » Et il ajoute : « Les autres protestants n'ont pas besoin » de se servir d'une réponse si nouvelle et si faible » tout à la fois : nous permettons à M. Bossuet de » la réfuter tant qu'il lui plaira. »
Mais loin de le réfuter, je soutiens que c'est le seul des ministres qui raisonne bien selon leurs principes communs; de sorte que ce n'est pas lui, mais les principes communs de la nouvelle Réforme qui demeurent réfutés par mon objection. Qu'ainsi ne soit , voyons ce que disent ceux qui prennent une autre route. L'auteur de la seconde Réponse, qui méprise tant M. Jurieu, commence par ce raisonnement : « Je réponds que l'intention de Jésus- » Christ est en etïet que les deux espèces soient » reçues conjointement dans la communion; mais » j'ajoute au même instant, que cette intention » n'est que pour les rencontres où cela se pourra » faire, et n'oblige absolument que ceux qui les » peuvent recevoir toutes deux. » Cet homme, dès le premier pas, s'éloigne d'une distance infinie du point de la question. Il s'agit ici de savoir si dans un signe de pure institution, lorsque l'on n'est pas en état de satisfaire à tout ce que l'instituteur a voulu être de l'essence de l'institution, on peut le retrancher sans toucher au fond. Le bon sens dit d'abord que non , et c'est sur un fondement si inébranlable qu'a raisonné M. Jurieu : il faut donc, ou renverser le principe qui met l'essence de l'institution dans les deux espèces , ou admettre la conséquence de ce ministre.
« Mais, dit-on-, Dieu qui ordonne à tout le monde