Prov., vni, 24 œ
SIXIH.MK KT DERNIER AVERTISSEMENT.
que sa manifestation, et précisémenlla même chose que saint Ailianase a depuis si divinement expliquée dans sa cinquième oraison contre les ariens'.
L.XXIII. Ti'mérilé du ministre, qui accuse les anciens Pères de sortir de la simplicité de l'Ecriture : quel a été le platonisme de ces saints docteurs. — Si je n'avais autre ciiose à faire , je montrerais au ministre sa témérité, lorsc|u'ii acous(î Alliéiiagore et les autres Pores d'rtre sortis de la simplicité de l'Ecriture en tentant d'expliquer le mystère ^. Car on peut voir aisément qu'ils n'ont fait que suivre les Proverbes de Salomon, et les livres Sapientiaux , comme on les ap|)elle , dont saint Jean avait ramassé toute la théologie en un seul mot, lorsqu'il avait dit : Au commencement la parole était. .Je pourrais aussi remarquer, contre ceux qui les font tant platoniser, qu'en ce qui regarde le Verbe , ils en trouvent plus dans un chapitre de ces livres divins, qu'on en pourrait recueillir de tous les endroits dispersés dans les Dialogues de Platon : ce que je dis non pas pour nier qu'il ne convint à ces saints docteurs de présenter aux païens des iiiées qui paraissaient assez convenables à une philosophie qui tenait le premier rang parmi eux , mais pour montrer au ministre qu'ils avaient de meilleurs originaux devant les yeux.
LXXIV. Mauvaise foi du ministre , qui attribue sa double nativité « des auteurs d'où il n'a pu tirer aucim passage : saint Justin , saint Irénée , saint Hippolyte. — Au reste, pour en revenir aux passages qu'il a cités des saints docteurs, on peut juger par les deux qu'on a vus, avec quelle témérité il a produit tous les autres. Une autre marque de son imprudence, pour ne rien dire de pis, est qu'en nommant les défenseurs de sa double nativité, il déclare qu'it n'e7i excepte aucun des Pères ^, jusqu'à citer pour celte doctrine saint Irénée , où il ne s'en trouve pas le moindre vestige, et saint Justin qui n'en dit non plus un seul mot"'. Ce n'est pas que je veuille dire qu'il soit sans diiïiculté. Il y a des ditïîcultés aisées à résoudre par les principes qu'on a posés, ou par d'autres qui ne sont pas de ce lieu ; des diiïicultés en tout cas qui regardent M. Jurieu et les prétendus réformés aussi bien que nous; en sorte qu'ils n'ont pas droit d'exiger de nous que nous ayons à les leur résoudre. Mais pour celte difficulté de M. Jurieu qui regarde les deux naissances, lui-même il ne produit aucun passage de ce saint. Il est vrai qu'il cite pour cette doctrine, quoiqu'à tort, Tatien , disciple de ce martyr, et il dit qu'il l'avait apprise de son maître^. Mais s'il avait tout ajqiris d'un si excellent docteur, il en aurait donc appris la détestable hérésie des encralites, dont ce malheureux disciple a été le chef depuis le martyre de son maitre".
Il m'insulte néanmoins par ces grands noms; et lorsque je lui reproche qu'il a corrompu la foi de la Trinité, « M. de Meaux doit savoir, dil-il\ que » ces éloges ne tombent pas sur moi , mais sur ses » saints et sur ses martyrs. » Il les appelle mes martyrs, comme il a coutume de me dire avec le même dédain, son Père Pétau'' ; mais en quelque sorte qu'il me les donne, en colère ou autrement,
1. Athan., Orat. 5. in Arian. nitnc Orat. 4, n. l'3 ; (. i, p. 625. — 2. Lelt. vi de 1689, p. 43. — 3. Pag. 251. —4. Tab. Lelt. VI, p. 283. — 5. Jur., Lett. vi , de 1689. — G. Epijih.. Iiœr. 46. — 4. Par/. 285. — 7. Par/. 284, 298.
je les reçois. 11 nomme ensuite parmi mes saints et mes martyrs, saint Justin , saint Irénée , saint Hippolyte , dont on a vu que les deux premiers ne disent rien de ce qu'il prétend , et le troisième en dit ce qu'on vient d'entendre, c'est-à-dire , ce qui doit confondre le ministre.
LXXV. .][auvaise foi du ministre sur le sujet de .taint Cyprien. — Venons à saint Cy|irien. Le ministre le comprendra-t-il parmi les auteurs de cette double nativité'' Oui, et non. Il l'y comprendra; car il dit : Et moi je n'en excepte aucun. Il ne l'y comprendra pas ; car il est forcé d'avouer qu'il y a d'autres auteurs, comme par exemple saint Cyprien, où celte théologie ne se trouve pas; mais il ne les exempte pas pour cela de celle double génération; puisque cela vient, dit-il , de ce qu'ils n'ont pas eu l'occasion d'en parler. Mais saint Cyprien a eu la môme occasion d'en parler que les autres; puisque comme les autres il a expliqué de Jésus-Christ cette parole des Proverbes : Dieu m'a créé, qu'il traduisait de mcrne manière qu'on le faisait en son temps'. Il n'en a pourtant pas conclu cette double génération de Jésus-Cbrisl comme Dieu ; et s'il le fait naître deux fois , c'est à cause qu'ayant été dès le commencement le Fils de Dieu , il devait naître encore une fois selon la chair'' ; par où il s'arrête manifestement à le faire naître deux fois; une fois comme Fils de Dieu , et une autre fois comme Fils de l'homme : et s'il n'a jamais parlé de cette troisième naissance, que le ministre tout seul veut ima giner comme véritable dans le sens lilléral , ce n'est pas manque d'occasion , mais c'est que ni lui ni les autres ne songeaient seulement pas à cette chimère.
LXXVI. Mauvaise foi du ministre sur le sujet des autres Pères. — Il nous allègue une autre raison du silence de quelques Pères sur celte double génération; ou c'est peut-èlre , dit-il, qu'ils étaient plus modérés que les autres. Mais si à titre de modération ou autrement, il n'ose pas se promettre de trouver dans tous les anciens sa seconde nativité, il ne fallait donc pas trancher si net; et moi je n'en excepte aucun : car c'est là trop visiblement assurer ce qu'on avoue qu'on ne sait pas , et contre sa propre conscience vouloir trouver des erreurs qu'on puisse imputer à l'Eglise.
LXXVII. Injustice du ministre, qui veut qu'on lui montre dans les premiers siècles la réfutation expresse d'une chimère qui n'y fut jamais. — C'est ce qui lui fait ajouter, qu'il ne faut pas faire deux classes des anciens auteurs, parce qu'on ne lit rien chez ceux qui se taisent de cette double génération, qui condamne directement, ou indirectement ce que les autres ont écrit là-ckssus^. Quelle erreur! Tous ceux qui font Dieu spirituel et immuable, et qui en particulier font le Fils de Dieu incapable de changement, s'opposent directement à cette double génération , qui le fait une portion inégale de la subslance du Père; un Fils engendré à deux fois; formellement imijarl'ait , et venant avec le temps à sa perfection à la manière d'un fruit qui a besoin de mûrir. Mais où ne trouve-t-on pas cette immutabilité et indivisibilité, puisque nous l'avons montrée partout, et même dans les auteurs, à qui on veut attribuer cette naissance imparfaite ? C'est donc
1. Lib. 2, test. ad. Quir.,c. i,p. 284. — 2. Idem., cap. 8, p. 288. - 2. Page 252.
ETAT PRESENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
qu'eux-mômes ne la croyaient pas ; personne ne la croyait parmi les Pères : celle seconde nativité n'est qu'une similitude qu'on prend trop grossièrement au pied de la lettre. Il ne faut donc pas demander qu'on montre dans les trois premiers siècles une réfutation expresse d'une chimère qui n'y fut jamais : on ne l'a non plus réfutée dans les siècles suivants; car on n'y songeait seulement pas; parce qu'on ne trouvait tout au plus une erreur si insensée, que dans quelques extravagants qu'on ne connaît point, et que jamais on n'a cru dignes d'être réfutés. Si le raisonnement du ministre avait lieu , il n'y aurait donc qu'à imaginer dans la suite toutes sortes d'extravagances, et à leur donner du crédit, sous prétexte qu'on ne pourrait démontrer qu'elle eût été réfutée. C'est donc une erreur grossière de parler ici de réfutation; et c'est assez que nous montrions à notre ministre, que ses idées ridicules répugnent directement à celles des Pères dès l'origine du christianisme.
LXXVIII. Autre faux raisonnement du ministre sur TertuUien et saint Cyprien. — Il revient à saint Cyprien : « Et il n'est pas apparent, dit-il', que » saint Cyprien, par exemple, qui vénérait si fort » TertuUien et qui l'appelait son maître , le regar- » dât comme un ennemi de la divinité de Jésus- » Christ. 11 Mais trouve-t-il bien plus apparent que saint Cyprien regardât son maître comme un ennemi déclaré de la perfection et de l'immutabilité du Fils de Dieu, ou qu'il trouvât bon qu'on l'appelât Dieu en le faisant imparfait , et en lui faisant attendre du temps sa dernière perfection? Il faut donc dire que saint Cyprien n'y aura pas vu ces erreurs non plus que les autres, et qu'il n'aura pas fait à TertuUien un crime d'une métaphore ou d'une similitude. Ainsi nous pouvons conclure sans crainte, que le ministre n'entend pas les Pères qu'il a cités, et que c'est par un aveugle entêtement de trouver des variations, qu'il les implique dans l'erreur.
LXXIX. Arec quelle inauraise foi le ministre a range' parmi les errants saint Clément d'Alexandrie : passages de ce saint prêtre. — Il met au rang de ses partisans sur la double génération saint Clément d'Alexandrie^, où il n'y en a pas un seul Irait. Il cite le Père Pétau', qui trouve bien dans ce Père des locutions incommodes , mais non pas sur le sujet que nous traitons. Mais je demande à .\I. Jurieu : Osera-t-il mettre cet auteur parmi ceux qui ne combattent ni directement ni indirectement la prétendue erreur des anciens? Quoi donc! ne combat-il pas l'inégalité et l'imperfection du Fils, lui qui l'appelle en un endroit vraiment Dieu et e'gal au Seigneur de toutes choses'' ; et en d'autres, toujours parfait et parfaitement un avec son Père? Mais poussons à bout cet article de Clément Alexandrin. Après tout, que blâmera-t-on dans cet auteur? Ce qu'on y blâme le plus en cette matière, c'est d'avoir appelé le Fils U7ie nature très-proche du seul Tout- Puissant. Mais pesons toutes ces paroles; iine nature; une chose née : d'oii vient le mot de nature en grec comme en latin, ^ûci;, une chose naturelle à Dieu. Qu'y a-t-il là de mauvais? Le Fils de Dieu n'esl-il pas de ce caractère; c'est-à-dire. Fils par
1. P,.tf« 252.-2. Pag. 251. — 3. Lib. i. de Trin., c. 4, n. 1 ; Ibid., c 5, n. 7 — 5. Clem. in Prolrept. Vide suprà, n.30, 46.
1 nature, et non par adoption? Ce qui fait dire à saint Athanase, que le Père n'engendre pas son \'erbe par volonté et par libre arbitre, mais par nature '; et que la fécondité est naturelle dans Dieu-, quoiqu'elle soit, dans une autre vue, propre et personnelle dans le Père. On a donc pu, et on a du regarder dans le Fils de Dieu sa naissance comme lui étant naturelle. Le mal serait, si l'on voulait dire qu'il est d'une autre nature, c'est-à-dire, d'une autre essence, ou d'une autre substance que son Père ; mais ce saint prêtre d'Alexandrie a exclu formellement cette idée, et surtout dans les endroits où il a dit, comme on a vu , que le Père et le Fils sont un, et un de l'unité la plus parfaite. Pendant qu'il pense comme nous, est-ce un crime de ne pas toujours parler de môme? Mais il a dit que le Verbe est une nature, ou, comme nous l'entendons, une chose naturelle en Dieu, et très-proche du seul Tout-Puissant , T.ç,oGv/j.çoi^-r{. Où est le mal de cette expression? C'est qu'au lieu de dire trèsproche, il fallait dire un avec lui. Il l'a dit aussi, comme on a vu : regardez-le selon la substance , il est un : regardez-le comme distingué , il est trèsproche; et remarquez que ce très-proche doit être traduit, très-uni à Dieu, et une chose qui lui convient très-parfaitement; car tout cela est renfermé dans le terme, ■zfùQVft';é.-:-r\. Ce n'est rien d'étranger au Père, puisqu'il est son Fils , et son Fils qui ne sort jamais du sein paternel , qui est toujours dans le Père, comme le Père est toujours dans le Fils, Qu'y a-t-il là que de vrai? El pouvait-on mieux exprimer cet apud Deum de saint Jean, qui signifie tout ensemble, et en grec comme en latin, être en Dieu, êlre avec Dieu, être auprès de Dieu on chez Dieu; c'est-à-dire, être quelque chose qui lui soit très-proche et très-inséparablement uni. Et pour ce qui est d'avoir appelé le Père le seul Tout-Puissant, les moindres théologiens savent que ce n'est rien; puisque Jésus-Christ a dit lui-même : Or c'est la lie éternelle de vous connaître, ô mon Père, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous atez envoyé^ ; oii il ne craint point d'appeler son Père le seul vrai Dieu, avec autant d'énergie que ce savant prêtre l'appelle le seul Tout-Puissant. Je n'ai pas besoin ici de rappeler cette doctrine commune, qu'en parlant du Père ou du Fils ou du Saint-Esprit, le seul n'est pas exclusif des personnes inséparables de Dieu, mais de celles qui lui sont étrangères : c'est pourquoi saint Clément d'Alexandrie, qui appelle ici le Père le seul Tout-Puissant , reconnaît ailleurs, comme on a vu^, la toute-puissance du Fils, et l'appelle même formellement le seul Dieu, comme le ministre l'avoue 5. « Hommes, i> dit-il^, croyez en celui qui est Dieu et homme; » mortels, croyez en celui qui est mort, et qui est » le seul Dieu de tous les hommes. » Le Père n'en est pas moins Dieu , comme le Fils n'en est pas moins tout-puissant.
Après que ces difficultés sont dissipées, la divinité de Jésus-Christ va luire comme le soleil dans saint Clément d'Alexandrie'' : « La très-parfaite, » très-souveraine, très-dominante et Irès-bienfai- » santé nature du Verbe est très-proche, irès-con-
1. Orai. 4. in Ar. nunc Orat. 3, n. 21 et Sfq., t. i,p. 609 etseq.
— i.Oi-at. 3, idem. — 3. Joan., xvii. 3.-4. Ci-dessus, ii. 30, 46.
— 5. Jur.,p. 233. — 6. Ctem. in Protrep. — 7. Strom., vii, init.
SIXIKMI' KT DERNIER AVERTISSEMENT
» venante, très-intimement unie ;iu seul lout-puis- » sanl. C'est la souveraine exccUenee (jui dispose 1) tout selon la volonté de son Père; en sorte que » l'univers est parfaitement gouverné , parce que » celui qui le gouverne agissant par une indomp- » table et inépuisable puissance, regarde toujours » les raisons cachées , » cl les secrets desseins de Dieu. « Car le Fils de Dieu ne quitte jamais la » hauteur d'où il contemple toutes choses; il ne se ]) divise, ni ne se partage, ni ne passe d'un lieu à » un autre; il est partout tout entier sans que rien » puisse le contenir, tout pensée, tout œil, tout » plein de la lumière paternelle, et tout lumière » lui-même; voyant tout, écoutant tout, sachant )) tout; » c'est-à-dire, sans dilTiculté, le sachant toujours, « et pénétrant par puissance toutes les 1) puissances; à qui tous les anges et tous les dieux » sont soumis. » Si le ministre avait vu cinq cents endroits qu'on trouve dans cet excellent auteur, de celte élévation et de cette force , il n'en mépriserait pas comme il fait la théologie'. Elle renverse son Système par les fondements. Si le Fils de Dieu est une chose naturellement très-parfaite et toujours immuable, il n'a donc pas eu besoin de naître deux fois pour arriver à sa perfection. Si son immutabilité exclut jusqu'au moindre changement quant aux lieux el quant aux pensées , c'est en vain qu'on veut lui faire acquérir de nouvelles manières d'être. L'inégalité n'est pas moins excluse; puisque saint Clément Alexandrin vient de le faire si pénétrant , si puissant, et, s'il est permis de parler en cette sorte , si immense, que le Père ne peut l'être davantage. Le ministre a donc cité témérairement cet auteur comme tant d'autres ; et il ne veut qu'éblouir le monde par de grands noms.
LXXX. Maiicaise foi du ministre sur le sujet de Bullus, protestant anglais, qu'on lui avait objecté dans le premier Avertissement. — Sans entrer dans tout ce détail , qui ne m'était pas nécessaire , dès mon premier Avertissement }e lui ôtais en un mot tous les anciens en le renvoyant à Bullus , de qui il pouvait apprendre le véritable dénouement de tous leurs passages. Mais sa mauvaise foi parait ici comme partout ailleurs. D'abord il n'a pas osé avouer que Bullus me favorisât, ni qu'un si savant protestant lui enlevât tout d'un coup tous ses auteurs sans lui en laisser un seul : et c'est pourquoi il dit d'abord dans son Avis à M. de Beauval ^ : « Un œuf n'est pas plus semblable à un œuf, que » les observations de Bullus le sont aux miennes. » (Jn ne peut |)as porter plus loin le mensonge; et pour le voir en un mot, il ne faut que considérer que cette seconde nativité de quelques anciens se doit entendre selon Bullus', non d'une nativité véritable et proprement dite, mais d'une nativité figurée et métaphorique , qui ne signiliait autre chose i|ue sa manifestation et sa sortie au dehors par son opération : ce (jue Bullus met en thèse positivement , et ce ([u'il répète à toutes les pages\ comme le parfait dénouement de la théologie de ces siècles. Or, cunune cette solution renverse tout le Système du ministre, il s'y oppose de toute sa force; en sorte que Bullus disant que tout cela s'entend en ligure, le ministre Jurieu dit au contraire et entre-
r. Pag. S33. — 2. Pay. 2. — 3. Def. fid. Nie, 3. secc, c. 5, s» 3, p. 337. — 4. ^ect. 2, c. 5, § 1, 7, c. 5, § 5, etc.
prend de prouver que cela s'entend à la lettre* : et voilà comme ces deux auteurs se ressemblent.
Parla même raison on pourrait dire que le catholique et le calviniste ont le même sentiment sur la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, parce que si l'un la met en vérité, l'autre la met en figure. Les sociniens seront aussi de môme doctrine que nous , parce que Jésus-Christ est figurément selon eux ce qu'il est proprement selon nous. Dieu béni aux siècles des siècles'^ : l'affirmation et la négation, les lumières et les ténèbres ne seront plus qu'un; el le ministre trouvera tout en toutes choses.
LXXXI. l'rodiginise différence entre la doctrine de Bullus et celle de M. Jurieu , qui veut lui être semblable. — Il a bien fallu se dédire d'une si visible absurdité; mais c'est toujours de mauvaise foi : car au lieu que , dans l'Avis à M. de Beauval , Bullus el Jurieu étaient deux œufs si semblables qu'il n'y avait nulle dilférence; dans la sixième Lettre du Tableau, M. Jurieu se contente qu'ii n'y ait pas dans le fond grande différence^. Mais quelle plus grande ditréreiice veul-il trouver, que celle du sens figuré au sens propre? que celle qui met en Dieu de l'imperfection el du changement, el celle qui n'y en met pas? que celle qui introduit des variations dans les sentiments, el celle qui n'en reconnaît que dans les expressions? Que celle qui donne au christianisme une suite toujours uniforme, el celle qui commet les pères avec les enfants, les premiers siècles avec la postérité, qui donne enfin une face hideuse au commencement de la religion el à toute l'Eglise chrétienne?