‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 27 sur 631 · ARTICLE XI · texte numérisé non relu

ARTICLE XI

Que selon ses propres principes le ministre devait recevoir le dénouement de Bullus , et qu'il tombe manifestement dans l'extravagance.

LXXXII. Que le caractère de comparaison qui se trouve dans les passages dont le ministre abusait, ne lui permettait pas de les prendre au pied de la lettre. — Mais pourquoi vouloir obliger le ministre Jurieu , un si grand original en matière de théologie, à suivre les sentiments de Bullus? Je le dirai en un mot : c'est qu'il devait s'y obliger lui-même, pour n'avoir pointa dire cent absurdités qu'on vient d'entendre, avec cent autres qu'on découvrira dans la suite ; et si l'on veut parler plus à fond , c'est que le sentiment de Bullus portait, surtout dans un homme qui comme M. Jurieu fait profession de reconnaître la divinité de Jésus-Ghrisl , un caractère manifeste de vérité qu'on ne pouvait rejeter sans extravagance. Car d'abord que tous les endroits dont le ministre abuse étaient constamment des comparaisons , des similitudes, ou si vous voulez, des métaphores; puisque les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées , el encore des similitudes tirées des choses sensibles pour les transporter aux divines. De là venaient ces extensions, ces portions de lumière , et les autres choses semblables que nous avons observées : c'était si peu des expressions précises el littérales, qu'on en cherchait d'autres pour redresser ce qu'elles pouvaient avoir de défectueux; el le caractère de similitude

1. Jur.. Tah., Lett. vi , p. 2-(S , 235, 20e. 3. P. 241, 265.

Rom., IX. 3.

ETAT PRESENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

y était si marqué , qu'il n'y a rien , comme on a vu, de si ridicule à notre ministre que d'avoir voulu pousser à bout ces comparaisons.

LXXXIII. Que msiblement les comparaisons Urées des opérations de notre âme n'étaient encore qu'un bégaiement en les comparant à la naissance du Verbe. — Celles qu'on lire de l'àme, qui est un esprit que Dieu a fait à son image , sont plus pures, mais toujours infiniment disproportionnées à la nature divine. L'architecte, avons-nous dit, répand son idée et tout son art sur son ouvrage : ce qu'il a mis au dehors est en quelque façon ce qu'il avait conçu au dedans : tout cela peut s'appliquer à Dieu lorsqu'il produit le monde par son Verbe ; mais il faut y apporter les distinctions nécessaires : car tout cela dans le fond n'est que similitude et métaphore même à l'égard de l'architecte mortel , qui à la rigueur garde toujours sa pensée , et ne la met pas hors de lui quand il bâtit : à plus forte raison tout cela n'est que bégaiement el imperfection à l'égard de Dieu.

LXXXTV. Que toute la suite du discours des Pères conduisait naturellement l'esprit au sens figuré et métaphorique. — Mais la comparaison que les Pères pressent le plus est celle de notre pensée et de notre parole , ou comme parle la théologie , de nos deux paroles : l'intérieure par laquelle nous nous entretenons en nous-mêmes , et l'extérieure par laquelle nous nous exprimons au dehors. Tous les Pères ont entendu , après l'Ecriture, que le Fils de Dieu était son Verbe, sa parole intérieure, son éternelle pensée, et sa raison subsistante, parce que verbe , parole et raison , c'est la même chose : et pour la parole extérieure ils la trouvaient attribuée à Dieu au commencement de la Genèse, lorsqu'il dit : Q^^e la lumière soit, et la lumière fut : qu'Use fasse une étendue, ou un firmament, et il se fil une étendue, ou un firmament' ; et ainsi du reste. Il est bien clair que cette expression de la Genèse, qui fait prononcer à Dieu une parole extérieure , est une similitude qui nous représente en Dieu la plus parfaite, la plus efficace, el pour ainsi dire, la plus royale , et en même temps la plus vive et la plus intellectuelle manière de faire les choses, lorsqu'il n'en coûte que de commander, et qu'à la voix du souverain , qui demeure tranquille dans son trône, tout un grand empire se remue. Ainsi Dieu commande par son Verbe; el non-seulement toute la nature , et autant l'insensible que la raisonnable , mais encore le néant même obéit. Une si belle similitude méritait bien d'être continuée ; mais en la continuant il l'allait toujours se souvenir de son origine. On a suivi la comparaison en disant que cette parole , Que la lumière soit , et les autres de même nature , étaient en Dieu comme en nous l'image de la pensée; qu'en disant Que la lumière soit, Dieu avait produit au dehors ce qu'il avait au dedans, son idée, son intelligence, son Verbe, en un mot, qui est son Fils : qu'il l'avait proféré , prononcé, manifesté au dehors, à la manière que nous l'avons vu^; jusqu'alors il l'avait créé , engendré, enfanté en quelque façon; comme un discours que nous prononçons après l'avoir médité , est en quelque sorle la production et l'enfanlemenl de notre esprit. On sent bien naturellement que tout cela esl la

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