‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 261 sur 631 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la prière pour les morts. Tradition rapportée dans le Traité de l.\ Com.munion.

Avant que de sortir de cette matière, il faut dire encore un mol de la prière pour les morts, coutume que j'avais marquée comme une tradition commune aux chrétiens et aux Juifs. Sur cela M. de la Roque décide de son autorité, que celle tradition « a été inconnue aux Juifs, jusqu'au temps de » leur docteur Akiba, qui vivait sous l'empereur » Adrien' ; » et de la même autorité, ou plutôt sur la foi de I^I. Rlondel, il décide que « les chrétiens » avaient emprunté cela , non des Juifs, mais des » livres sibyllins, forgés par un imposteur sous le » règne de l'empereur Antonin le Pieux, » c'est-àdire, au second siècle de l'Eglise, et sous les disciples des apôtres. Etrange effet de la prévention t Il ne parait rien du tout dans les discours d'Akiba, qui marque que la prière pour les morts fut une chose nouvelle; elle se trouve dans toutes les synagogues des Juifs et dans leurs Rituels les plus authentiques, sans qu'aucun d'eux ait jamais songé qu'elle ait été commencée par Akiba. Elle est si peu commencée par Akiba, sous l'empire d'Adrien, qu'on la trouve devant l'Evangile dans le second livre des Machabées. Et il ne sert de rien de dire que ce livre n'est pas canonique; car il suffit qu'il soit non-seulement plus ancien qu'Akiba, mais encore que l'Evangile. Il ne sert de rien non plus de répliquer, que l'action de Judas Machabée était manifestement irréguliôre; puisque les morts pour lesquels il fit offrir des sacrifices, étaient des gens morts dans le crime , à qui on avait trouvé des viandes immolées aux idoles, et que Dieu avait punis pour cela. Car Judas Machabée ne savait pas s'ils n'avaient pas péché par ignorance , croyant la chose permise dans l'extrême nécessité des vivres où ils étaient, et en tout cas, il ignorait s'ils ne s'étaient pas repentis de ce péché. Ce grand homme savait que tous ceux ([ue Dieu fait servir d'exemples aux autres , ne sont jias pour cela toujours damnés sans miséricorde. Ainsi il avait raison d'avoir recours aux sacrilices; et son action , où personne ne remarque rien d'extraurdinaire , non plus que dans la louange que lui donne l'auteur de ce livre, fait voir qu'il élait dès lors établi parmi les Juifs, qu'il restait une cx|)ialion et des sacrifices pour les morts. Cependant on s'obstine à croire que les Juifs ont pris cette coutume d'Akiba, et les chrétiens de la prétendue Sibylle.

Page 1