‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 262 sur 631 · La lioq., II. pari., ch. i, pag · texte numérisé non relu

La lioq., II. pari., ch. i, pag

sous UNE ESPECE. — PREMIÈRE PARTIE.

Mais encore ce M. Blondel , qui, après dix-sept cents ans, vient nous découvrir, dans l'écrit d'un imposteur, l'origine d'une coutume aussi ancienne que l'Eglise, a|}rès l'avoir trouvée dans tous les Pères, à commencer depuis Tertullien, auteur d'une si vénérable antiquité, dans toutes les Eglises chrétiennes, dans toutes les liturgies, je dis même dans les plus anciennes, a-t-il trouvé un seul auteur chrétien qui ail marqué celte coutume comme nouvelle? Il n'en nomme aucun; et au contraire, il est constant que Tertullien l'a rapportée, comme on rapporte dans l'occasion des choses déjà établies, et la met parmi les traditions qui nous viennent des apôtres : ni lui ni aucun auteur chrétien ne s'est jamais avisé de citer l'écrit sibyllin, pour établir la prière pour les morts. Tous au contraire ont cité pour l'établir, ou le livre des Machabées, ou la Tradition apostolique, ou la coutume universelle de l'Eglise chrétienne , ou des passages de l'Evangile soutenus par la tradition de tous les siècles. Il n'y a pas un homme de bon sens qui ne dise , sur ce fondement incontestable, qu'il est mille fois plus vraisemblable , pour ne rien dire de plus , que la prétendue Sibylle ait pris ce qu'elle aura pu dire sur celle matière, de l'opinion commune de son temps, que de dire que sa pensée particulière soil passée en un instant dans toutes les Eglises , dans toutes les liturgies , et dans tous les écrits des Pères, sans que personne se soil aperçu d'un changement si considérable; et que la chose ait été poussée si avant, que, dès le milieu du quatrième siècle, Aërius , qui , le premier des chrétiens , osa nier les prières et les sacrifices pour les morts, fut mis pour cette raison parmi les hérésiarques. 0 Dieu I des chrétiens peuvent-ils croire que l'imposture ait prévalu jusqu'à prendre dans l'Eglise chrétienne si vite et si lot l'autorité de la foi? Tout cela ne touche pas nos obstinés, et à quelque prix que ce soit, il faut que la doctrine de toutes les Eglises chrétiennes soil venue de la fausse Sibylle.

Mais pourquoi non enlindu livre des Machabées? Est-ce peut-être que la prière pour les morts n'y est pas assez marquée dans ces paroles : « Judas le » Machabée envoya de quoi offrir à Jérusalem des » sacrilices pour les péchés de ceux qui étaient » morls'; » et dans celle réflexion de l'auteur : « C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier » pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs » péchés? » Peut-être que la prétendue Sibylle a parlé plus clairement de la prière pour les morts. Mais elle n'en dit pas un seul mol, on en convient. On prétend seulement qu'elle dit des choses qui mènent là. Mais le livre des Machabées, qui n'y mène pas seulement par des conséquences, qui l'expose aussi clairement que les auteurs les plus clairs, pourquoi n'aura-t-il rien fait dans l'esprit des. chrétiens et des Juifs? Est-ce qu'il n'était pas connu ? Mais il est constant qu'il était entre les mains d'eux tous; et en particulier que les auteurs chrétiens, grecs et latins, l'ont cité avec vénération pour ne rien dire de plus , dès l'origine du christianisme; et que dès le quatrième siècle, l'Eglise d'Occident l'a mis parmi les livres canoniques. Pourquoi donc se tant tourmenter à chercher dans les obscurités de la Sibylle ce qu'on trouve si clai-

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