CHAPITRE PREMIER
Que l'examen de la Tradition est nécessaire , et qu'il n'est ni impossible ni embarrassant. Histoire de la communion sous une espèce. Que, de l'aveu de nos adversaires , elle s'est établie sans contradiction.
Les ministres, trop persuades qu'ils trouvent leur condamnation assurée dans la Tradition de l'Eglise, en détournent autant qu'ils peuvent leurs sectateurs; et par un double arlilice, ils làcbent de leur faire peur d'une chose si nécessaire à leur salut. Premièrement, ils la confondent avec les traditions humaines; secondement, ils leur font croire que c'est une chose impénétrable, qu'il faut, pour la découvrir, feuilleter tous les livres anciens et nouveaux, y passer les jours et les nuits, et se perdre dans une mer immense. Une âme faible, et alarmée d'un si grand travail, écoule toute autre chose plutôt que la Tradition, et on lui fait accroire aisément, que Dieu, un si bon père , n'a pas mis notre salul dans une recherche si difficile , pour ne pas dire entièrement impossible à la plupart des particuliers. Mais si l'on agissait de bonne foi , il faudrait faire un raisonnement tout contraire, et conclure que si la recherche de la Tradition est nécessaire, il faut aussi qu'elle soit facile. S'il nous a paru constamment qu'il y a dans la religion des traditions, je dis des traditions non écrites, dont l'origine est divine, la direction nécessaire, l'autorité reconnue môme par nos réformés; s'ils les avouent, s'ils les suivent, s'ils ne peuvent sans leur secours s'assurer ni de la validité de leur baptême, ni de la forme nécessaire de leur communion, ni de la sainteté de leurs observances, il ne fallait pas donner à de saintes traditions le masque bilieux de traditions humaines, ni, sous prétexte d'honorer l'Ecriture, rendre odieux le moyen par où l'Ecriture même est venue à nous , ni tâcher enfin de rendre impossible une chose si nécessaire au christianisme : au contraire, il fallait conclure que si elle est nécessaire, elle est facile à connaître, et qu'il n'y a que les superbes à qui elle puisse être cachée.
Mais, pour ne pas nous arrêter à des généralités, voici un fait constant et incontestable, dont tout dépend : c'est que la communion sous une espèce se trouve établie comme le baptême par simple infusion, et comme toutes les autres coutumes innocentes, sans bruit, sans contradiction, sans que personne se soit apenju qu'on eût inlruiiuil une