Voyez n. 4 et suiv
nouveauté, OU se soit plaint qu'on le priv;U d'une chose nécessaire. Pouniuoi? si ce n'est (|ue le sentiment ([u'on avait (|ue cette communion était suffisante, venait de plus haut, et que la Tradition en était constante? Il ne faut point ici ouvrir de livres, il ne faut qu'ouvrir les yeux, et considérer ce qui se passe. Mais peut-être du moins que pour l'apprendre, il faudra relire beaucoup d'histoires? Non, c'est une chose avouée. Moi-môme, sans aller plus loin, j'en ai exposé le fait dans le Traité de la Communion; et deux rigoureux censeurs, qui m'ont suivi pas à pas dans leurs Réponses, sans jamais me rien pardonner, n'ont osé ni pu me le contester.
Quel est donc ce fait si constant, et qui me parait si décisif? C'est que le premier qui a osé dire que la communion sous une espèce était insuffisante, fut un nommé Pierre de Dresde , maître d'école de Prague, au commencement du quinzième siècle, en l'an 1408, et il fut suivi par Jacobel de Misnie.
La date est certaine, et je m'étais trompé de quelques années, quand j'avais placé l'innovation de Pierre de Dresde et de Jacobel sur la fin du quatorzième siècle'. Quand j'ai voulu fixer un terme précis, j'ai trouvé que Pierre de Dresde fil ce nouveau trouble dans l'Eglise après le commencement des séditieuses prédications de Jean Hus, et après que Stankon, archevêque de Prague, eut condamné les erreurs de Wiclef, dont Jean Hus renouvelait une partie'. Or cette condamnation arriva constamment l'an 1408, et ce fui donc en ce temps, ou un peu après, que Pierre de Dresde soutint la nécessité des deux espèces, à laquelle ni les catholiques, ni les hérétiques, ni Jean Hus lui-même, non plus que Jérôme de Prague , quelque remuants qu'ils fussent, ne pensaient pas.
Mais peut-être aussi que c'est en ce temps qu'on établit la communion sous une espèce? Non, Pierre de Dresde, et ce Jacobel, qui la blâmaient, la trouvèrent déjà établie par une coutume constante depuis plusieurs siècles; et cependant personne avant eux ne s'était avisé de la reprendre; et au contraire, on est d'accord que les évêques en parliculier et dans les conciles, tant de saints hommes qui florissalent dans l'Eglise, tant de célèbres docteurs, tant de fameuses universités, et les peuples comme les pasteurs, en étaient contents.
Nous soutenons aussi que cette coutume venait dès les premiers siècles du christianisme; et nous ferons bientùl voir que nos adversaires en sont demeurés d'accord; mais, sans même qu'il soit besoin de cette recherche, l'antiquité se ressent dans la paix où l'on a été sur ce sujet durant plusieurs siècles; et c'est une chose inouïe dans l'Eglise chrétienne, qu'on y ait laissé introduire des nouveautés périlleuses et préjudiciables à la foi, sans que personne s'en soit aperçu, ni qu'on s'en soit plaint. Cependant c'est un fait constant que les fidèles, loin de se plaindre qu'on leur ail ôlô la coupe sacrée, persuadés de tout tem|)s qu'elle n'était pas nécessaire, s'en sont volontairement el insensiblement privés eux-mêmes, quand ils ont vu que dans la confusion qui s'introduisait dans les saintes assemblées par la multitude prodigieuse du peuple, et
1. Traité de la Commun.. 11. part., n. 7, p. 270. — 2. .iSneas ^!/liiius, Hist. Bohem., cap. xxxv.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
par le peu de révérence qu'on y apportait , on y répandait souvent le sang sacré.
C'est, dit-on , une mauvaise raison. N'en disputons pas encore. Quoi qu'il en soit, le fait est constant; et une chose qu'on veut être si essentielle n'a causé aucune dispute. Il ne faut qu'écouter M. Jurieu dans l'histoire qu'il nous a faite du retranchement de la coupe : « La coutume de communier » sous la seule espèce du pain s'établit, dit-il', » insensiblement dans le douzième ou le treizième » siècle. » Il n'y a rien qui cause moins de contestation que ce qui s'établit insensiblement. Mais écoulons le passage entier. « Le dogme de la trans- » substantialion , et celui de la présence réelle, » s'établirent à la faveur des ténèbres de l'igno- » rance du dixième siècle , et triomphèrent de la » vérité dans le onzième. Alors on commença à » penser aux suites de cette transsubstantiation. » Quand les hommes furent persuadés que le corps » du Seigneur était renfermé tout entier sous cha- » que petite goutte de vin, la crainte de l'effusion » les saisit; ils frémirent quand ils pensèrent que r> cette coupe , en passant par tant de mains , courait » risque d'être répandue; cela leur donnait de » l'horreur, et je trouve qu'ils avaient raison. On » chercha donc un remède à un si grand mal. On » prit en quelques lieux la coutume de donner le » pain de l'Eucharistie trempé dans le vin; mais » on s'aperçut incontinent que le dogme de la trans- » substantiation fournissait un remède bien meilleur » que celui-là. On enseignait que sous chaque » miette de pain , aussi bien que sous chaque goutte » devin, était renfermé toute la chair et tout le » sang du Seigneur : on raisonna de cette sorte : le B sang est renfermé dans le pain; c'est pourquoi » en mangeant le pain on communie à Jésus-Christ » tout entier. Cette mauvaise raison prévalut de » telle manière sur l'institution du Seigneur, et sur » la pratique de toute l'Eglise ancienne , que la » coutume de communier sous la seule espèce du » pain s'établit insensiblement dans les douzième » et treizième siècles. » Si l'on veut raisonner juste, et chercher la vérité sans crainte de se tromper, il faut, en laissant à part les raisonnements de nos adversaires, qui sont la matière du procès, prendre le fait qui est constant et avoué. Le voici.
C'est qu'on eut horreur de l'effusion dans le onzième siècle , qu'on y trouva incontinent un remède dans la transsubstantiation, qui fournissait le moyen de trouver Jésus-Christ tout entier dans le pain seul , qu'on prit ce remède sans qu'il y paraisse aucuns contradicteurs, et que la chose s'eïablil insensiblement dans les douzième et treiz-ième siècles.
Ce qu'ajoute ici M. Jurieu est , à la vérité , fort surprenant. Car après les derniers mots que j'ai rapportés, que la coutume de communier sous la seule espèce du pain s'établit insensiblement dans les dousième et treizième siècles ; il ajoute incontinent après : « Ce ne fut pourtant pas sans résis- » tance; les peuples souffraient avec la dernière » impatience qu'on leur ôlàl la moitié de Jésus- » Christ; on en murmura de toutes parts. » Laissons-lui ses expressions, et n'attaquons pas encore le retranchement de la moitié de Jésus-Christ, dont