‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 28 sur 631 · Gen., I. 3 et seq. — 2. Ci-desaus, n. 66 et suiv · texte numérisé non relu

Gen., I. 3 et seq. — 2. Ci-desaus, n. 66 et suiv

suite d'une comparaison; mais le ministre veut tout prendre rigoureusement. En poussant la comparaison, Tertullien dit que celte prononciation extérieure où Dieu profère ce qu'il pensait, en disant : Qtic la lumière soit faite, el le reste, est la parfaite nativité du Verbe' : le ministre conclut de là que le Verbe en toute rigueur est vraiment enfanté. Mais comme Tertullien attribue la perfection à cette seconde nativité, à cause qu'en un certain sens et à notre manière d'entendre, une chose est regardée comme plus parfaite, lorsqu'elle se manifeste par son action; le ministre s'obstine encore à dire au pied de la lettre que le Verbe change, el acquiert sa perfection par cette seconde naissance : et parce que le même auteur ajoute après, que le Verbe par ce moyen est sorti du sein de son Père, ou pour mettre ses propres paroles (car il ne faut point obscurcir les choses par trop de délicatesse), qii'il est sorti de la matrice de son cœur^ , le ministre conclut encore , qu'avant que Dieu eût parlé , le Verbe était dans son sein, mais seulement comme conçu; au lieu que par sa parole il a été vraiment engendré et mis au jour. Voilà dans Tertullien tout le fondement de ces enveloppements el développements tant vantés, el de celte double naissance qu'on veut prendre au pied de la lettre. Et parce que cet auteur a entassé comparaison sur comparaison , et métaphore sur métaphore , pour trouver parmi les anciens des variations plus que dans les termes , il faudra leur faire tout dire à la lettre , et embrouiller toute leur théologie. Ne voilà-t-il pas une rare imagination el une chose bien ditllcile à entendre, que le dénouement de Bullus qui rejette ces idées?

LXXXV. Démonstration manifeste que tout ici se devait entendre par similitude. — Mais enfin je vais vous forcer à le recevoir; car cette parfaite nativité de Tertullien n'arrive qu'à ces paroles : Que la lumière soit faite : ce fut alors et à cette voix , que, dit Tertullien', le Verbe reçut so7i ornement et sa parfaite nativité; ce sont les mots de cet auteur. Mais cette parole : Que la lumière soit, ne se fait entendre qu'après qu'il a été dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ''. Le ciel et la terre étaient donc , que le Verbe n'était pas encore; ou en tout cas il n'avait pas son être distinct , comme vous le vouliez en 1689, ou son être développé, comme vous l'avez mieux aimé en 1690? Le Verbe était donc alors aussi informe que le monde? Mais par qui donc avaient été faits le ciel et la terre? N'est-ce pas encore par le Verbe ? et saint Jean en a-t-il trop dit lorsqu'il a prononcé : Toutes choses ont été faites par lui; el pour appuyer davantage, sans lui rien n'a été fait de ce qui a été fait^? Mais si vous êtes forcé, par cette parole de saint Jean , à dire que dès ce premier commencement le ciel et la terre ont eu par le Verbe tout ce qu'ils avaient d'existence; le Verbe les a-l-il faits avant que d'être lui-même , ou avant que d'être parfait ou formé el développé, comme vous parlez? Est-ce qu'il s'élevait à sa perfection, à mesure qu'il perfectionnait son ouvrage? Ou bien est-ce qu'il est venu à trois fois et non plus à deux : une fois dans l'éternité; faible embryon qui avait besoin du sein

1. .\dv. Prax., n. 5, 6, 7. — 2. Idem. 4. Oen., I. I. — 5. Joan., t. 3.

• 3 Ibid.

si.\ii:mk et dernier avertissement.

do son PCre , d'où par un premier efforl il coinuiença à le produire lorsqu'il créa eu confusion le ciel et la terre, pour reiilunter tout à fait lorsiiu'il produisit la lumière? Quoi! vous n'ouvrez pas encore les yeux, cl vous n'apercevez pas qu'en toutes ces choses il n'y a point d'autre dénouement que des signilieations mystiques , c'est-à-dire , des similitudes? En vérité vous êtes outré , el on ne peut plus raisonner avec vous.

LXXXVI. S'il esl possible que Terlullien el les autres Pères aient pensé les extracagances que le minisire leur impute. — Mais pourquoi, me diral-on, ne voulez-vous pas que Terlullien ait pu penser des extravagances? Si c'était Tertullien tout seul , quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il en ait pensé de si énormes , ce ne serait pas la peine de disputer pour ce seul auteur. Mais puisque vous ne voulez excepter de ces folles imaginations aucun auteur des trois premiers siècles, vous mettez en vérité trop d'insensés à la tôte de l'Eglise chrétienne, et vous donnez à la religion un trop l'aihle c immencement.

LXXXVII. Que l'explication qu'on a donni'e à Tertullien sert à plus forte raison pour les autres Pères. — Au surplus, il ne faut pas s'imaginer ([ue le dénouement qu'on vient de voir ne serve ([ue pour Tertullien; au contraire je n'ai choisi let auteur qu'à cause que c'est lui qui, par son style ou ferme ou dur comme on voudra l'appeler, enfonce le plus ses traits, et appuie le plus lortement sur ces deux naissances, étant môme le seul qui nous a nommé cette parfaite nativité qu'on vient d'entendre ; de sorte qu'on ne peut douter que le dénouement qu'on emploie pour Tertullien, à plus forte raison ne serve aux autres, au nombre de cinq ou six qui ont eu à peu près la môme pensée; et en voici une raison qui ne laissera aucune réplique au ministre.

LXXXVIII. Aveu du ministre , qu'on ne peut entendre Tertullien et les autres Pères sans avoir recours au sens figuré. — Le môme Tertullien, lorsque Dieu proféra ces mots : Que la lumière soit faite, dit qu'il profera une parole sonore', comme le traduit M. Jurieu- : Vox et sonus oris ; aér offensus intelligibilis auditu. Le ministre croit trouver la même chose dans Lactance , dans saint llippolyte et dans Théophile d'Anlioche, qui, selon lui, ont admis cette parole sonore, c'est-à-dire sans dilTiculté, comme il en convient, une parole externe et proférée à l'extérieur. Mais a-t-il pris au pied de la lettre les expressions de ces Pères? Point du tout : il a bien su dire qu'on voit bien que cela ne se doit pas prendre à la rigueur, comme a fait le Père Péiau; on le voit bien par l'absurdité excessive de ce sentiment, qui ne peut jamais être tombé dans une tète sensée. Pourquoi donc n'ouvrir pas les yeux à de semblables alisurditcs (ju'il attribue lui-même à ces Pères ? Pourquoi ne (las recourir à une ligure qu'il a déjà reconnue en cette môme occasion dans ces auteurs? Et pourquoi s'obstiner toujours à leur faire dire, au sens littéral, que le V'erbe naisse impai-fait dans le sein de Dieu; que son Père ou n'ait pas pu ou n'ait pas voulu lui donner sa perfection d'abord?

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