CHAPITRE VII
De la communion domestique.
Pour venir maintenant aux saintes coutumes de l'ancien christianisme que nous devons expliquer, je trouve à propos de commencer par la communion domestique, et d'y joindre, comme une annexe inséparable, la communion des malades; parce qu'à cause de la réserve du saint sacrement nécessaire dans l'une et dans l'autre, elles ont beaucoup d'affinité. Voici donc comment je pose le fait , afin qu'on m'entende bien d'abord , et que dans la suite on ne vienne pas me faire des chicanes inutiles. Je prétends qu'il demeurera pour constant, par les propres réponses de mes adversaires, que c'était la coutume do l'Eglise, après la communion solennelle, de garder l'Eucharistie sous la seule espèce du pain , pour en communier tous les jours en particulier dans la maison, et que la coutume n'était
1. Hesychim in Levil., Ub, ii, cap. vni. — 2. Exod., xii, 10. — 3. Anon., p. 225.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
pas de réserver l'autre espèce. Je parle de la coutume, et non pas de quelques cas extraordinaires et particuliers. Or, c'en est assez pour prouver que la coutume de communier sous une espèce est aussi ancienne que l'Eglise; puisque les ministres la reconnaissent eux-mêmes approuvée et établie dès le second siècle, sans qu'on trouve qu'elle ait jamais été contredite. Un fameux ministre de mon voisinage et de mon diocèse, l'a écrit ainsi; c'est M. le Sueur, dans son Histoire de l'Eglise, ouvrage imprimé par l'ordre et avec l'approljation expresse du synode de l'Ile de France, de Picardie, Brie, Champagne et pays Chartrain, tenu à Vitry en 1675'. En elTet , ce qu'on voit commun et établi dès le milieu du treizième siècle, devait venir de plus haut, et cet auteur l'aurait rapporté aux temps apostoliques, avec autant de fondement qu'au second siècle, si ce n'était que la coutume de ces messieurs est de fixer toujours des temps, à l'aventure et sans fondement, aux pratiques qui leur déplaisent. A la vérité, j'avais vu Calixte avec quelques autres contester en quelque manière que cette communion fût faite sous la seule espèce du pain; car enfin c'était accorder la communion sous une espèce dans des siècles trop vénérables; et il importait à la cause qu'un fait si décisif pour notre croyance ne passât pas pour enlièrement avoué. Mais enfin il me paraissait que la bonne foi et la force de la vérité l'avait emporté sur cet intérêt. Aubertin même n'avait reconnu que le pain seul, dans les fameux passages de TertuUien et de saint Basile, où l'on voit la communion domestique si clairement établie^. J'ai produit, avec ces passages, ceux de M. de la Roque, dans son Histoire de l'Eucharistie'', où il établit cette communion sous la seule espèce du pain. L'aveu de ces deux ministres, qui ont écrit après presque tous les autres avec une telle curiosité dans leurs recherches et une égale application à tourner tout contre nous, m'avait paru décisif; mais quoique mes adversaires ne m'accusent pas d'en avoir mal rapporté les sentiments, l'ancien intérêt est revenu , et ils ont renouvelé la querelle. M. de la Roque lui-même se dédit*. Au lieu de répondre comme auparavant, que « ce qu'on soulTrail aux » fidèles d'emporter chez eux le pain de l'Eucharis- » tie pour le prendre quand ils voulaient, c'était un » abus qu'on a toléré à la vérité assez longtemps » dans l'Eglise, mais qui ne peut préjudicier à la » pratique généralement reçue de communier sous » les deux espèces'; » maintenant il nie le fait, et soutient que la communion domestique se faisait sous les deux symboles du pain et du cin^. L'auteur de la seconde Réponse se joint à lui de toute sa force. Il faut donc premièrement établir le fait, et ensuite nous détruirons leurs autres réponses.