‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 280 sur 631 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite : Actes de saint Tharsice et des martyrs de Nicomédie.

Mes adversaires demeurent d'accord des Actes que j'ai produits, de saint Tharsice, acolyte du pape saint Etienne, qui soutïrit quelques jours après lui, sous l'empire de Valérien, au milieu du troisième siècle'. Son martyre est rapporté dans les Actes de celui de son évèque , et dans les Martyrologes à peu près dans les mêmes termes''. On y voit que le saint martyr « ne voulut jamais découvrir à » des infidèles qu'il rencontra dans son chemin, » les sacrements du corps de Notre Seigneur qu'il » portait, ni jeter les perles devant ces pourceaux. » Dieu même l'aida à cacher ce que les infidèles ne devaient pas voir, et, « après qu'ils l'eurent tué à » coups de bâton et à coups de pierres, quelque » soin qu'ils prissent de chercher, ils ne trouvèrent,

1. Fiilb.,Ep. II ad Finnrii. — 2. Bar., loin, xi, append. — 3. La Roq., Hist. de V Eucharist ., P'Xg. 179. Voyez su Réponse, p. l:iO. — 4. Sui"., 2 Auy., cap. xiii; Martyr. Adon. Rom. Bed. 15 Ati».

» ni dans ses mains ni dans ses habits, aucune » parcelle des sacrements de Jésus-Christ; » mot à mot, rien des sacrements, rien des mystères, nihil

MYSTEIilORUM, NIHIL SACRAMENTORUM , dont OU aurait

dû naturellement apercevoir les restes et les particules dans ses mains ou dans ses habits, quelque soin qu'il eût pris de cacher ce sacré dépôt. Aussi est-il seulement parlé du corps, quoiqu'on mette au pluriel les mystères, ou les sacrements , que le langage ecclésiastique emploie indill'éremment dans les deux nombres.

La réserve sous la seule espèce du pain, n'est pas moins claire dans les Actes des saints martyrs de Nicomédie, Domna et Indes '. Les magistrats visitèrent « la maison où demeurait sainte Domne » avec l'eunuque Indes qui la servait. » On y trouva « une croix, le livre des Actes des Apôtres, deux » nappes étendues à plate-terre avec une lampe, » un coffre de bois , où ils mettaient l'oblation » sainte qu'ils recevaient; on n'y trouva point l'o- » blalion qu'ils avaient eu soin de consumer. »

L'auteur de la seconde Réponse , effrayé de cette croix et de cette lampe, dont sa religion ne lui apprend pas l'usage, s'emporte contre Mélaphraste, dont il croit que j'ai tiré ce récil; mais sans approu ver le mépris extrême qu'il témoigne pour cet auteur, dont nous avons tant de restes précieux des anciens Actes , et tant de choses où l'on ressent la plus pure antiquité; pour peu qu'il eût pris garde à ce qu'il lisait , il eût vu que je ne parle en aucune sorte de la longue histoire de ces saints martyrs que l'on trouve chez Mélaphraste. Je ne cite que des actes très-courts, très-anciens, très-purs, où tout respire la piété et la simplicité ancienne, que Baronius a produits, et qui se trouvent dans les bibliothèques. Ces Messieurs ne veulent pas croire ce que j'ai dit^, que le terme d'oblation sainte, sancta oblaiio, et dans les temps un peu plus bas, sancta oblata, au féminin, signifie le corps de Notre Seigneur. La chose est pourtant constante. On n'a qu'à ouvrir l'Ordre romain, les Sacramentaires , et entîn les autres livres de cette nature, on y trouvera à toutes les pages, l'oblation sainte, manifestement distinguée du saint calice et du breuvage sacré; et ceux qui ne voudront pas prendre cette peine, peuvent voir le mot oblata dans le docte Dictionnaire de M. du Cange, qui confirme ce que j'avais dit après les maîtres. Si l'on n'est pas satisfait des exemples que l'on y trouvera, je m'oft're d'en montrer par cenlaines. Mais je ne crois pas que des gens instruits m'obligent à cette recherche. On ne s'étonnera pas après cela, que ceux qui ont traduit de grec en latin les Actes des saints martyrs, dont nous parlons, aient suivi cet usage ecclésiastique, et qu'ils aient exprimé le corps de Notre Seigneur, ou le mot qui se trouvait dans l'original , par le mot d'oblation sainte, selon le langage de l'Eglise.

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