‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 281 sur 631 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Suite : Vie de sainte Eiidoxe.

La vie de sainte Eudoxe, vierge et martyre, nous a été donnée par Bullandus, et le manuscrit grec d'où il l'a tirée, a environ mille ans. Nous y trouvons que cette vierge « cherchée par des soldats au

1. Ap. Baron., an. 293, vid. BoU. et Mombrit. — 2. Traité de la Commun-, pag. 250.

DÉFENSE DE LA TRADITION DE LA COMMUNION

» lieu de retraite où elle s'était renfermée, avant » que de se mettre entre leurs mains, entra dans » l'oratoire , et qu'ayant ouvert le coffret où l'on » gardait le don des restes du saint corps de Jésus- )) Christ, elle en prit une particule, qu'elle cacha » dans son sein, et qu'ensuite elle ne craignit pas » d'aller avec ceux qui voulaient l'emmener'. » Et un peu après : » Comme les soldats la dépouillèrent, » et la mirent à demi-nue, le saint cl vénérable don » de Jésus-Christ, c'est-à-dire, la particule de l'Eu- » charislie tomba de son sein. On la releva, et on B l'apporta au président; mais il n'eut pas plus tôt » approché ses mains du gage sacré qu'il se changea B en feu. » Ainsi voyons-nous dans saint Cypricn, « qu'une femme ayant ouvert d'une main indigne » le coffret où était le Saint du Seigneur, il en sortit » une flamme dont elle fut effrayée^. » Et encore en ce même endroit, « qu'une autre, qui osa » prendre en mauvais étal le Saint du Seigneur, ne » put ni le manger ni le manier, et ne trouva que » des cendres en ses mains. » Nous voyons ici le même coffret, la même chose sainte, le même feu allumé contre les profanateurs de l'Eucharistie. Voilà ce que gardaient les saints martyrs dès le second siècle de l'Eglise. Car sainte Eudoxe soulTrit en ce teinps-là.

Voilà ce qu'ils recevaient tous les jours. De ridicules critiques diront peut-être qu'on trouve dans ce récit des mots, et même des choses qui sont nées beaucoup au-dessous de ces premiers siècles, comme, par exemple , le mot ascelerium , qui signifie monastère et Voratoire où l'on gardait les dons sacrés; mais qu'il y ait eu de tout temps des vierges sacrées qui vivaient dans une extrême retraite, c'est ce qu'on ne peut révoquer en doute. Il ne leur était pas difficile de se mettre trois ou quatre ensemble, et même davantage, si elles voulaient, dans une même maison. Encore qu'il n'y eût pas des monastères en forme, comme on en a vus depuis la paix de l'Eglise, il ne faudrait pas s'étonner que les auteurs qui ont tiré ces histoires des anciens Actes, pour mieux faire entendre les choses, se soient servis des mots qui étaient connus de leur temps. C'est ainsi que nous voyons dans les Actes 'du martyre de saint Boniface , d'une très-grande antiquité, le monastère où Aglaé se relira; et à prendre les choses par le fond , dans l'extrême régularité et l'extrême retraite que gardaient les vierges chrétiennes , pour ne pas dire la plupart des chrétiens, on pourrait plutôt dire que toutes leurs maisons étaient des monastères, que de dire qu'il n'y en avait point du tout alors. C'est ce qui fait qu'on trouve quelquefois ces mots dans les récits tirés ou traduits des anciens Actes; cl ceux qui les rejettent, sous ce prétexte, n'ont aucun goût de la piété ni de l'antiquité chrétienne. Au reste, il n'y aurait rien d'extraordinaire qu'il y ail eu un lieu particulièrement destiné à la réserve de l'Eucharistie , ni qu'on ait donné à ce lieu un nom saint et religieux; mais enlin, quoi qu'il en soit, on ne peut révo(|uer en doute, après tant d'autorités et tant d'exemples, que la réserve de l'Eucharistie ne se fit sous une seule espèce par toute l'Eglise, dès les premiers temps du christianisme. Nos adver-

1. Bolland., lom. i. Murt., i>aij. ly. vitœ^cup. Miss. Yalic. — S. De Lapais, p. 189.

XII, xni, ex

saires n'ont pas pu tout à fait nier ce fait décisif. L'auteur de la seconde Réponse nous le passe pour les solitaires, et il a paru clairement qu'il n'y a pas plus de raison de le contester pour les autres. M. de la Roque, qui, après l'avoir établi dans son Histoire de i Eucharistie , par tant de beaux témoignages, s'est enlin avisé ici de le nier, apporte lanl d'autres réponses, et les défend avec tant de soin, qu'on voit bien qu'il ne met pas en celle-ci sa principale défense. Mais afin que tout ce qu'il y a de gens de bon sens et de bonne foi parmi nos frères errants reconnaissent dorénavant un fait si certain, levons-leur la difficulté principale qui les en empêche.

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