‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 283 sur 631 · Traité de la Commun., I. part, p. '?5S. — 3. Ibid · texte numérisé non relu

Traité de la Commun., I. part, p. '?5S. — 3. Ibid

n. 2 , p. 241; — 2. Idem,

sous UNE ESPÈCE.

SECONDE PARTIE

ment que ce fut en sortant de dire la înesse qu'on les apporta derotenient en procession dans la chambre du malade' ; et atîn de ne rien omettre, je n'avais pas oublié la pratique assez ordinaire de dire la messe dans la maison du malade, quand on en avait le loisir; et j'avais cilé le Capitulairc d'Ahyton, évèque de Bàle , auteur du huitième siècle-, dont le chapitre XIV porte expressément : Qu'on ne célébrera point la messe dans les maisons, si ce n'est dans la visite des malades. De tout cela, j'avais conclu que lorsqu'on ne pouvait pas dire la messe, ni donner la communion aussitôt après, et en un mot, lorsqu'on la donnait par l'Eucharistie réservée, ce n'était que sous une espèce; et enfin, ce qui était notre question, qu'on pouvait bien porter la communion sous les doux espèces, mais que la coutume était de ne la garder que sous une. Si ces messieurs eussent pris garde à cette distinction, que j'avais si expressément marquée, ils se seraient épargné la peine de tant rapporter d'exemples; car il est certain que tous ces exemples, sont, premièrement, des exemples d'évèques, d'abbés, de prêtres, de religieux, de princes, qui tous demeuraient dans des lieux où il y avait des églises, ou chez qui il y avait des oratoires, d'où, après avoir dit la messe, on leur pouvait très-commodément porter les deux espèces du sacrement; secondement, des exemples desainis, presque tous avertis d'en-haut de leur mort prochaine, qui avaient par conséquent tout le loisir qu'ils souhaitaient, non-seulement d'entendre la messe, et d'y communier, mais encore de la dire; et enlui de gens , qui , accoutumés à la pénitence et à vaincre toutes les faiblesses du corps dans la plus grande extrémité, se traînaient, comme ils pouvaient, à l'église et aux autels, pour y offrir et y recevoir la Victime sainte. Quand on produirait, je ne dis pas vingt ou trente, mais soixante et cent exemples de celte sorte, il nous resterait encore tous ceux du simple peuple, tous ceux dont on n'écrit pas la vie, tous ceux qui étaient surpris par la violence du mal, tous ceux qui n'avaient pas le courage ou la force d'aller recevoir les mystères à l'église ou à la messe, ou qui n'avaient pas toujours la commodité ou le temps de la faire dire chez eux. En voilà plus qu'il n'en faut pour laisser en son entier la nécessité de la réserve, et la communion ordinaire des malades sous une espèce; et c'est aussi la seule chose que j'ai assurée.

Mais afm que ces messieurs, ou ceux qu'ils auront persuadés par leurs discours puissent aisément se désabuser, repassons un peu sur les exemples rapportés par nos adversaires, de la communion des malades. L'anonyme trouve le premier et le plus ancien de ces exemples, chez « saint Justin, » (jui dit expressément, qu'on portait le pain et le » vin de l'Eucharistie aux absents et aux malades'. » Il y ajoute les malades de son crû , et saint Justin ne parle que des absents. Mais enfin , quand on lui avouera que saint Justin a voulu comprendre les malades mêmes sous le nom commun d'absents , M. de la Roque lui répondra' : « Je ne me suis pas » servi du témoignage de saint Justin, martyr, qui » dit qu'on portait l'Eucharistie aux absents, et » qu'on leur portait les deux symboles; parce que

1. Sug. in Vit. Lud. — 2. Spicileg., t. vi , p. 695. — 3. Anon., p. 117. yiist., Apol. I, n. 67, p. 83 cl seq. — i La Jîoq.,p. 170.

» cela se faisait incontinent après la communion des » fidèles dans l'assemblée de l'Eglise, ce qui ne re- » garde pas, à mon avis, la garde du sacrement <) dont nous traitons. »

Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que l'anonyme lui-même, qui nous objecte saint Justin, demeure d'accord, que si « on portait de » son temps la sainte Eucharistie, ce n'était que » par occasion; et dans la communion des lidèles, » comme il parait par son témoignage '. »

Il est donc clair, de l'aveu de mes adversaires , que le passage de saint Justin ne prouve la communion sous les deux espèces, que dans le temps de l'assemblée des fldéles et de la célébration du sacrilice. L'exemple de saint Exupère ou de saint Spire, évèque de Toulouse, qui est aussi allégué par l'anonyme-, ne prouve pas davantage. M. de la Roque déclare qu'il ne veut pas s'en servir; parce qu'encore que saint Jérôme ait écrit qu'il portait le corps de Xotre Seigneur dans un panier d'osier, et le sang dans un verre, il ne dit pas, poursuit le ministre, si c'était pour les malades^. Il omet la bonne raison pour laquelle ce passage lui est inutile : c'est que saint Jérôme ne parle pas de ce que gardait ce saint évèque, mais de ce qu'il portait aux malades; car je ne vois nulle difTiculté que ce ne fut à eux; de sorte que ce passage ne fait pas plus contre nous que celui de saint Justin; puisque nous cherchons ici, non ce qu'on pouvait porter aux malades, et ce qu'en effet on leur portait souvent, mais ce qu'on gardait, ce qu'on réservait pour eux, quand on n'avait pas le loisir de leur célébrer le saint sacrifice.

Mais de peur que ces messieurs ne me disent que cette coutume de dire la messe dans la chambre des malades, ou de la dire dans l'église pour eux, n'est pas si ancienne, ils la trouveront dans le pieux et grave récit que fait Uranius, prêtre de l'Eglise de Noie, de la mort de saint Paulin , son évèque : « Comme il fut prêt, dit-il*, à s'en aller à Dieu, il » voulut qu'on célébrât devant son lit les sacrés » mystères; et lui-même, avec les autres évêques, » il recommanda son âme à Notre Seigneur en of- 1) frant le sacrifice. » Il mourut un an après son grand et intime ami saint Augustin , en l'an 431 de Notre Seigneur. Sans doute on le peut compter parmi ceux qui ont communié sous les deux espèces ; mais ce fut après avoir célébré la messe dans sa chambre et devant son lit, un peu avant sa mort bienheureuse; et cet exemple, du commencement du cinquième siècle, est de même âge que saint Exupère.

Nous avons dans le môme siècle, en l'an 460 de Notre Seigneur, un exemple remarqué par nos adversaires. C'est celui de saint Valenlin, évèque de Padoue, dont l'historien rapporte^, qu'avant que de rendre l'esprit, il prit de ses propres mains le sacrement du corps et du sang du Seigneur. On a tout sujet de croire que prendre les deux espèces de ses propres mains, c'est les prendre après les avoir consacrées. C'est ainsi que nous lisons dans la Vie de saint Valère , évèque de Trêves : qu'il entra dans son oratoire, oil il reçut le Viatique qu''d

1. Anon., p. 153. —9. rdem. p. !29, 134. — 3. La Roq.,pag. 63; Hier., Ep. iv nunc xcv ad Rust., Com. iv, col. 777 el seq — 4. Sur., Jun. 22.-5. Sur., Jan. Si); LaRoq., ». 6S: Anon., p. y.M-

DKFENSK DE F, A THADITION SUR LA COMMUNION

avait hii-mi'me consacré' ; et encore plus expressément dans la Vie de saint Corbinien, évoque de Frisinpup, qn'il offrU le sacrifice à Dieu, et qu'il reçut le Viatique de ses propres mains-.

Le nombre est inlini de ceux ((ui ont conimiinié de cette sorte; cl il est clair, du propre aveu de M. de la Ror|uc, que ces exemples ne fout rien pour la réserve. C'est pourquoi, pour paraiire conclure quelque chose, ces messieurs ont dissimulé, avec une alïectalion manifeste , la circonstance de la messe, dans tous les exemples où elle se trouve. M. de la Uoque' a lire des Dialogues du pape sainl Grégoire, l'exemple de sainl Cassius, évoque de Parme, qui vivait environ l'an 530, et qui, au rapport de sainl Grégoire'', après qu'il eut reçu les mystères de la sacrée communion , mourut. S'il n'y avait que ces paroles que cite M. de la Roque, la preuve serait très-faible pour la réccplion des deux symboles. Mais il omet ce que dil ce grand pape , que saint Cassius « avait accoutumé d'olfrir Ions les » jours à Dieu le sainl sacrifice : qu'un prêtre l'a- » vertit de la part de Dieu qu'il mourrait le jour » des apôtres sainl Pierre et saint Paul, et qu'en » ed'el se|it ans après, ayant achevé la solennité de » la messe, et reçu les mystères de la communion » sacrée , il rendit l'esprit. » J'avoue donc qu'il communia sous les deux espèces, mais à la messe qu'il venait de célébrer; et M. de la Roque n'en dit mol, parce qu'il eût vu d'abord que cet exemple, selon lui-même, ne servait de rien à la réserve dont il s'agit.

C'est pour la môme raison qu'en rapportant avec soin^ que saint Ansbert, évèque de Rouen, en l'an 695 de Noire Seigneur, se munit, avant sa mort, de la perception du corps et du sang du Seigneur; il omet que ce fut après avoir coiivoqué ses frères, et s'être fait célébrer les solennités de la messe".

Il dil bien aussi que sainte Gerlrudo,qui mourul dans le même siècle, étant avertie de sa mort prochaine, reçut le très-sacré Viatique du corps et du sang de Jésus-Christ ; mais il ouljlie que la veille de sa mort le serviteur de Dieu Ulstan, averti de la part de Dieu, lui avait fait dire qu'elle mourrait le lendemain durant les solennités de la messe'' ; ce qui arriva en elfel comme le serviteur de Dieu l'avait prédit.

M. do la Roque use encore de cette mauvaise finesse dans ce qu'il rapporte d'un jeune Saxon', dont le vénérable Rède rapporte l'hisloire. Frappé d'une maladie contagieuse, il fut, dit-il, « averti » par les apôtres saint Pierre et sainl Paul, qu'il ne » mourrait pas , que premièrement il n'eut reçu le » Viatique du corps et du sang du Seigneur. » Voilà ce que produit M. de la Ro(|ue;mais il oublie que dans l'apparition des apôtres, Bèdo rapporte expressément fiu'ils dirent à ce jeune homme : « Mon » fils, ce ne sera pas aujourd'hui que nous vous «conduirons au ciel; mais vous devez attendre «qu'on ail célébré la messe, et qu'ayant reçu le » Viatique du corps et du sang de Notre Seigneur, » vous soyez élevé aux joies éternelles. » Sur le rapport que fil ce jeune homme d'une vision simer-

1. Sur.. 89 Jan. — 2. Idem, ,3 SSeiit. — 3. La Roq., p. CS. — 4. DUil., lili. IV. r. Lvi, lom. ii, cot. •iCS; J!om. xxxvii in El'., tom. I, col. 1G31. —5. La Roq., p. 71. —G. Sltr.. V Fehru. — 7. Acl. SS. Ben., t. ii, Ann. 05», p. 407 ; Sur., 17 Mart. — 8. La Roq., p. 72.

veilleuse, le prêtre « lit dire la messe, fit commu- » nier tout le monde, et envoya au malade une » particule du sacrifice de l'nblatinn de Notre Sei- 1) gneur. » Je veux que M. de la Roque ait bien prouvé qu'on lui envoya le corps et le sang, ce que j'aurai lien de lui contester ailleurs; mais il ne devait pas avoir oublié que ce fut après le sacrifice, et que cet exemple ne fait rien pour la réserve.

Il rapporte' au douzième siècle, l'exemple de Hervé, abbé de Rourgueil, dont on écrit, qu'avant que de mourir, « il reçut les sacrés mystères du » corps et du sang du Seigneur, pour servir de » protection à son àmc, qui était sur le point do >i sortir du corps ^. » Mais il ne devait pas avoir omis ce qui est porté dans le môme lieu d'où il a tiré ce passage : qu'après avoir reçu l'Extrème- Onclion, « il reconnut qu'il ne fallait pas que Notre » Seigneur vînt à lui , mais plutôt que c'était à lui » d'aller trouver Notre Seigneur; qu'il voulut aller )> à l'église, où il entendit la messe, et recul très- » dévotement le corps et le sang de Notre Sei- » gneur. »

L'anonyme n'esl pas moins soigneux à nous cacher la circonstance essentielle de la messe célébrée^, et dans la vie de saint Ansbert, et dans celle de sainte Gertrude , et dans l'histoire du jeune Saxon. Voilà les exemples qui lui sont communs avec M. de la Roque; mais ce ne sont pas les seuls endroits où il lornbe dans la faute que je lui reproche. Il remarque, à la vérité, que saint Robert, évèque de Worms, mourul l'an 623 de Notre Seigneur, s'étant muni du saint Viaticjue du corps et du sang de Jésus-Christ ; mais il dissimule (jue ce fut après avoir célébré les solennités de la metise , comme il est expressément marqué dans sa vie*. C'est ainsi que cet auteur rapporte les choses.

Je neveux pas lui roproclier qu'il fait communier Charlemague sous les deux espèces , et qu'Eginard qu'il produit, n'en dit rien dans ses Annales, ni dans la Vie de ce prince; mais seulement en général, qu'au septième jour de sa maladie, il reçut la communion sacrée^. Je lui pardonne encore de citer Tegan pour la communion de Louis le Débonnaire, dont cet auteur ne dit pas un mol, et de l'avoir confondu avec l'auteur inconnu de la vie et des actions de Louis; et sur ce que ce dernier auteur dil que ce prince reçut, selon la coutume, la communion sacrée , je veux encore , qu'il soit permis à mon adversaire d'y ajouter cette glose : c'est-àdire, comme avait fait Charlemagne , sous l'une et sous l'autre espèce. Que tout cela, dis-je, lui soil permis; mais il ne devait pas omettre ce qu'avait dit son auteur ; que cet emijereur ayant passé une très-mauvaise nuit, le lendemain qui était le dimanche, il fit préparer le minislèrc de l'autel, c'eslà-dirc, loul ce qui servait au saint sacntice , et qu' il fit célébrer les solennités de la messe par Dragon, des mains duquel il reçut, selon la coutume, la communion sacrée"; do sorte qu'il n'importe plus à la fpiestion que nous traitons, que ce fût sous une ou sous deux espèces.

J'avoue donc que c'était la coutume de donner le sainl Viatique aux rois, pour ne point ici parler

1. La Roq., p. 70. — 2. Spicil., T. ii, png. 517. — 3. Annn., p. l.'iO, 151. — 4. Sur., 27 Mart. — 5. Egin.. Vil. Car. Mag. Duel:., l. II, p. 104. — 0. Vit. et act. Lud. PU. Ducli., t. ii , p. 319.

sous UNE ESPECE.

SECONDE l'ARTIE.

des autres, après avoir dit la messe, ou dans leur chapelle, ou en leur présence. Nous avons vu toul à l'heure comment on le donna à Louis le Gros : nous voyons ici comment on le donne à Louis le Débonnaire, et je ne doute nullement qu'on ne l'eut donné de même à Charlemagne; puisqu'on voit, par Eginard , qu'il le reçut le matin à une heure où l'on pouvait bien dire la messe; mais tout cela, ni de send^lables communions, ou des princes, ou des autres chrétiens, no font rien à notre sujet ni à la question de la réserve.

Nos frères me permettront donc de leur rapporter ici ce que leurs auteurs leur dissimulent, que les saints évèques, les saints abbés, les saints prêtres, les saints religieux, les saintes vierges, lorsqu'ils avaient à recevoir le saint Viatique, prenaient soin, non-seulement de le recevoir après la messe, mais encore le plus souvent , malgré leur faiblesse , d'aller à l'église, ou pour la dire, ou pour l'entendre. On a déjà vu sept ou huit exemples du cinquième , du sixième, du septième et du huitième siècle. En voici d'autres. Dès le quatrième siècle, et environ l'an 390 , saint Maurice , évoque d'Angers, célèbre par ses miracles, âgé de quatre-vingtdix ans, et dans la trentième année de son épiscopat, un dimanche, sentant approcher sa dernière heure, après avoir acheté selon sa coutume, l'office de la sainte solennité, rendit l'esprit'.

On voit au cinquième siècle le saint abbé Winwaloeus, à qui un ange vint déclarer le jour de sa mort-. A celte heureuse nouvelle , après avoir assemblé ses frères pour se recommander à leurs prières, à la troisième heure du jour, c'est-à-dire, à l'heure de tierce , vers les neuf heures du matin , « il otTrit le céleste sacrihce; et après avoir donné le » baiser do paix à ses frères , et s'être repu de l'A- » gneau de Dieu, il expira à l'autel. »

Vers la fin du sixième siècle, outre l'exemple déjà rapporté de saint Cassius , nous avons la Vie de saint Colomb, abbé de Hi , en Angleterre, où il est écrit que sachant le jour de sa mort, il entra dans l'église pour y célébrer la messe de la nuit de Notre Seigneur^; c'était celle de la Nativité, et cela marque la coutume qu'avaient les saints, lorsqu'ils sentaient approcher la dernière heure.

On voit au septième siècle saint Swibert, évêque de Verde , qui , averti du jour de sa mort , se fit célébrer la sacrée solennité de la messe''. On voit au huitième siècle saint Ludger, évèque de Munster, à un dimanche qui précéda la nuit de sa mort , non-seulement entendre la messe , qu'un prêtre chanta , mais encore prêcher dans deux églises , comme pour dire adieu à son troupeau , et ensuite, vers les neuf heures du matin , lui-même célébrer pour la dernière fois la solennité de la messe ^ , assuré qu'il mourrait la nuit prochaine. Au même siècle, Virgile, évèque de Salzbourg , averti comme les autres de sa dernière heure, mourut après avoir célébré le mystère du divin sacrement''. Nous avons au dixième siècle saint Alferrus , abbé , qui , le propre jour de sa mort, dont il avait été averti, célébra la solennité de la messe'' : saint Udalric, évoque d'Augsbourg , malade à l'extrémité , Oit

1. Sm»-., 10 Sep«. — 2. /rfeni, 3 j1/u)-<.— 3. Act. S.^.Ben., t. l. An. 59S, p. 365. — 4. Sur., 1 Mari. —.5. Jdem , 21 Mart . — G. Ibid., 27 Nov. —7. Ibid., 12 Ap.

deux 7nesses , selon la coutume, le jour de saint Jean-Baptiste, et mourut quatre jours après , à la vigile des apôtres saint Pierre et saint Paul'. Sainte Rotecarde , tanle de saint lîerruald, évèque de Hildesheim , qui , avertie de sa mort la 7iuit de la Nativité de Notre Seigneur, se fit porter à l'église , où elle entendit la messe Dominus Dixit (c'est la messe de minuit, qui commence par ces paroles), où elle reçut le Viatique du corps et du sang de Notre Seigneur, et mourut à la grand'messe, comme elle l'avait prédit, pendant la séquence^, c'est ce qu'on appelle la prose; et enfin, saint Géraud, comte d'Aurillac, dont la Vie a été écrite par saint Odon, abbé de Cluni, et où nous lisons que, jrrêt à mourir, il se fit revêtir d'un cilice; et que pendant qu'on psalmodiait autour de lui , un prêtre alla promptement célébrer la messe pour lui envoyer le corps de Notre Seigneur qu'il attendait. On ne parle dans cette occasion , non plus qu'en beaucoup d'autres , que d'une seule espèce , comme nous le remarquerons ailleurs, il s'agit ici seulement de remarquer le soin qu'on avait d'offrir, autant qu'on pouvait, le saint sacrifice, lorsqu'il fallait donner le Viatique aux malades. Mais dans le même dixième siècle, n'oublions pas l'admirable saint Dunstan , évêque de Canlorbéry. Ce saint vieillard, averti du jour de sa mort , « célébra la messe solennelle le » jour de l'Ascension : après qu'on eut lu l'Evan- » gile, il prêcha, il retourna à l'autel, où, par une » immaculée bénédiction , il changea le pain et le » vin au corps et au sang do Notre Seigneur : à la » bénédiction, il prêcha encore de la vérité du » corps de Jésus-Christ, de la résurrection , et de 1) la vie éternelle, avec tant de goût, qu'on croyait » entendre un citoyen du ciel : après cette seconde » prédication , il donna la bénédiction sur le peu- » pie , et retourna prêcher une troisième fois. A » cette dernière fois, il déclara qu'il allait mourir : » il alla manger la vie à la table du Seigneur : il » marqua le lieu de sa sépulture; et nourri du » corps et du sang de Jésus-tihrist, il attendit avec » joie sur son lit la dernière heure'. »

Le P. Mabillon nous a donné une Vie plus ancienne de cet incomparable évèque , où les mêmes choses sont racontées. On y ajoute seulement , que « près de mourir, il fit célébrer devant lui le mys- » tère de la sainte communion , qu'il reçut de la 9 table céleste, les mains étendues'*. »

Vers le milieu du onzième siècle, saint Gontier, solitaire, « entendit la messe de Sévère, évoque, )) et se munit de la réception du corps et du sang » de Notre Seigneur''. »

Au commencement du douzième siècle, saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, dans les derniers jours de sa vie, assiste à la messe, et de son lit, se fait jeter sur la cendre et sur le cilice". Nous avons vu dans le même temps Hervé, abbé de Bourgueil, qui va entendre la messe à l'église , pour y recevoir le corps et le sang de Notre Seigneur'. Au même siècle, saint Guillaume, abbé de Roschild, en Danemarck, averti comme les autres, du jour de sa mort , qui devait être le jeudi saint, « s'approche » de l'autel pour y sacrifier, y donner l'Eucharistie

1. Sur., 4 Jtil., cap. xxiii. — 2. Idem, 20 Nov. vit. Berruald. Ep. Hildes., c. 36, 37.— 3. Sur., 19 Maii. — i. Sœc Bcned. v, tom. vu, p. 687, «. 44. — 5. Sur., 9 Octob. — 6. Id., 11 Apr. — 7. Ep. Encyc.Mon. Burged., t. il. Spicil., p. 517.

DEFENSE DE LA TliADITION SUIi LA COMMUNION

» à Unis SOS ri'iM'cs, et moiirl, selon l;i coutume îles n saints moines, sur la cendre cl le cilico, k l'Age » de qualrc-vingl-dix-luiit ans'. »

Les saintes religieuses praliriuaient la môme chose. On a vu au septième siècle l'exemple de sainte Gertrude. Au même siècle, sainte Opportune, vierge et abbesse , sachant que l'heure approchait 0 qu'elle devait être appelée, fit célébrer les solcn- » nités de la messe pour la recommandation de son )i àme, prête h. partir de cette vie- : » elle ordonna il toutes ses sœurs d'y porter leur oblation , et se fil, apporter le corps de Notre Seigneur. Enfin , on voit en général que tous ces saints reçoivent le Viatique à des heures qui s'accommodent avec la célébration des mystères, où constamment il fallait être à jeun. Ainsi, quand on communia pour Viati- (pie saint Cutbert, évéquc de Lindisl'arne , le vénérable Bède, qui a écrit sa Vie, et qui lui donna la communion, man[ue expressément, que ce fui vers le temp>; accoutumé de la prière de la nuit,

UBI CONSUETl'M NOCTimN.E ORATIONIS TEMPUS ADERAT^,

c'est-à-dire, environ sur les deux heures après minuit. Ainsi est-il dit de saint Leufroy, abbé, au septième siècle, qu'il reçut le Viatique après qu'il eut achevé les 7nalines arec ses frères , matutinorum SYNAXi cuM FRATRiBus PERACTA*. On voit au Septième siècle, dans la Vie de saint Trudon, prêtre, père et fondateur du célèbre monastère qui porte son nom, que l'heure étant arricée, facta hora, on lui appoita les virifianis inyslères des sacrements^; ce qui montre qu'on attendait une certaine heure, et ce ne peut être que celle où l'on pouvait célébrer le sacrifice. Il parait même que l'heure ordinaire de communier les mourants, et de dire la messe pour eux, était celle qu'on appelait l'heure de prime : la première heure du jour, prima uora, vers les six heures du malin, ]iar (jù je ne veux pas dire que le besoin du malade ne fit avancer ou reculer cette heure ; mais seulement que c'était l'heure ordinaire. Car, outre qu'on en voit beaucoup qui communient à cette heure, comme saint Mainverl , évoque de Paderborn , au commencement du onzième siècle '', et sainte Elisabeth, fille d'André, roi de Hongrie, dans le treizième'; Paschase Puidbert marque expressément, dans la Vie de saint Adelard, abbé de Corbie, que dans sa dernière maladie, les matines étant achevées, et tous ses frères étant assemblés, il reçut la communion vers la première heure du jour, selon la coutume^. Au lieu donc que l'heure ordinaire de la messe solennelle élait, comme elle est encore, l'heure de tierce, c'est-à-dire, neuf heures du matin; on avançait le lemjis de la messe pour les malades, qui, du moins pour la plupart, communiaient à jeun, comme les autres fidèles. Quoi (ju'il en soit, c'était tellement la coutume de recevoir la communion le matin , et au temps qu'on pouvait dire la messe, que parmi tant de Vies de Saints, je n'en vois qu'un seul dont la communion nous soit marquée sur le soir: c'est saint Arnould, évoque de Soissons, dans le onzième siècle, qui, le vingt et unième jour de sa maladie, recul sur le soir avec beaucoup de dévotion, le corps et le sang de Notre Seigneur'. Mais aussi faut-il rcmaniuer

1. Sur.. 5 A pr. — i. Idem . 22 Apr. — 3. Culh. vil. ;)'■>• Bed., Sur., 20 Murl. — 1. Idem , 21 Jun. — 5. Ibid., 23 .Vo». — 0. Sur., 5 Jun. —7. Idem, lU-Yoi). —8. Ibid ,SJ<m. —9. Ibid.,

que ce fut la veille de l'Assomiition, jour de jeune, où le sacriliç(! se célébrait sur le soir; et apparemment son hisliirien nous marque cette circonstance de la communion de ce saint évèque, pour montrer que dans cette dernière extrémité, il ne laissait pas de se conformer aux coutumes de l'Eglise, et même de jeûner avec tous les autres.

On ne s'étonnera pas de cette austérité, quand on verra d'ailleurs, presque à toutes les pages des Vies des Saints, qu'ils allaient à l'église, qu'ils disaient la messe, qu'ils assistaient à l'office, ([u'ils le disaient exactement aux heures réglées, qu'ils prêchaient et communiaient leurs frères, qu'ils se faisaient mettre sur la cendre dans les approches de la mort, comme on le pratique encore en beaucoup de saints monastères, et comme il est dit expressément que le fit ce saint évèque de Soissons. Nos ministres ont réformé toutes ces choses, et ne nous permeticnt qu'à peine ou de les croire ou de les louer. Mais elles n'en sont pas moins véritables, et on n'aura pas de peine à se persuader que des gens qui faisaient durer leur pénitence jusqu'à l'agonie, s'accommodaient aisément à l'heure du sacrifice, pour en recevoir la communion du saint Viatique; d'autant plus, qu'à peine yen a-t-il un seul de tous ceux que l'on nous produit, dont il ne soit dit qu'il avait prévu et prédit sa mort, soit parce qu'en effet ils avaient été expressément avertis d'en-haut, comme il est écrit presque de tous, ou parce que ces saints hommes, toujours préparés à cette heure désirée, regardaient leurs moindres maladies comme un avis, ou plutôt un ordre d'un prompt départ. On peut donc croire aisément qu'avertis de cette sorte, ils allaient toujours avec joie au-devant de l'Epoux, et s'accommodaient aux heures de l'église et du sacrifice. Mais on le doit croire principalement de saint Omer, qui môme, « à l'heure » de sa mort, tout faible qu'il élait, se fit porter » dans l'église-mère, où ce bienheureux vieillard » reçut les sacrements du corps et du sang, pros- » terne devant les autels comme une hostie sainte'. » On le doit croire de saint Isidore, évoque de Séville, qui voyant arriver le jour de sa mort, se fit porter à la basilique de saint Vincent, martyr, entre les cancels, ou, si vous voulez le traduire ainsi, entre les balustres de l'autel, où il reçut la pénitence et le corps et le sang de Notre Seigneur-. On le doit croire de saint N'olfômc, évoque de Sens'. Car un homme dont il est écrit, que dans les approches de la mort , il adressait A ses frères les paroles d'une sainte exhortation au milieu des solennités de la messe, n'aura pas choisi un autre temps pour se munir du corps et du sang de Noire Seigneur dans sa petite demeure auprès de l'église de Saint-Etienne. On le doit croire de saint Grégoire, évoque d'Utrecht, qui, tout mourant qu'il était, se lit porter à l'oratoire de Saint-Sauveur, oiï, après avoir fait sa prière, et avoir reçu le corps et le sang de Notre Seigneur, il mourut regardant l'autel'^. Enfin on le doit croire, cl de saint Maur, qui, averti de la mort d'un grand nombre de ses frères qu'il devait suivre do près, et senlant défaillir ses forces, se fit porter devant l'aulel de saint Martin , où prosterné sur le ciliée de son lit, il se 7nunit des sacrements

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