‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 293 sur 631 · SUB TITULO CRUCIS · texte numérisé non relu

SUB TITULO CRUCIS

Mais les explications de nos adversaires n'ont rien que d'embarrassé. M. de la Roque prétend'' que l'intention du canon , est de défendre de faire, ou de mettre sur l'autel, selon le caprice et la fantaisie d'un chacun , le pain qu'on doit consacrer pour être le corps de Notre Seigneur. Mais s'il s'agissait de l'Eucharistie , qu'on devait consacrer, ou que l'on avait consacrée, pourquoi ne parler que du corps? Ne consacrait-on pas aussi le sang? Et d'où vient qu'il est toujours supprimé dans les endroits où la réserve est si bien et si naturellement entendue? L'auteur de la seconde Réponse a bien vu qu'un sage lecteur attendrait qu'on lui rendît raison de cela. Il remarque donc, « que le pain de la com- » munion se coupait autrefois en morceaux, et se » mettait ainsi sur l'autel. De cette sorte, dit-il", le » sens des paroles du concile , est qu'on doit placer » et ranger l'Eucharistie préparée pour le sacrifice » et la communion , non dans un ordre tel quel , et » selon la fantaisie de celui qui la disposait, non » dans un ordre arbitraire, imagi.nario ordi.ne, mais » EN forme de croix, comuie font encore aujourd'hui » les Grecs. » Il n'y a rien de mieux inventé, mais par malheur les paroles ne s'accordent pas avec cette ingénieuse invention; et ces mots, sub tilulo

1. ^ch. et Beat., lib. i. Bib. Pal., t. XII, p. 371. — 2. Tom. vu. Conc. Lab., col. 845. — 3. Loc. cit., c. xx , xliii. — 4. Sœc. il. Beîi., p. SôG. de Litur. Gall., lib.i, c. x, îi.21. — 5, La Roq . , p. 49. — 6. Anon., p. 159, IGO.

DEFENSE DE I,.\ THADITION SUR LA COMMUNION

vrucis , lie vcuk'iit dire en aucune langue, en forme de croix. Titui.is naturcllcmenl veut dire une inscription, et comme nous l'avons dit, dans le style de la Vulgatc, un monument élevé à la gloire de quelque grande action. Il n'y en a point de plus illustre, ni de plus cher aux clirôlicns, que celui de la croix. C'est pourquoi ils ne trouvent point de place plus convenable pour y garder le corps du Sauveur, autrefois immolé dessus.

On sait au reste que les canons se font à l'occasion de quelque chose qu'on veut corriger ou perfectionner. Or jamais personne ne se sera avisé d'aller consacrer l'Eucharistie , et après l'avoir consacrée , de la placer avec les images hors de dessus l'autel, pour la distribuer au peuple. Mais pour la réserve, il est assez naturel de la faire aux environs de l'autel, ou en quelque autre endroit, quel qu'il soit, où l'on voudra placer les images. C'est ce que le concile ne veut pas qu'on fasse; il trouve le milieu de l'autel plus propre à conserver ce précieux dépôt. Notre auteur nous chicane trop, lorsqu'il dit qu'il ne fallait pas séparer la croix du rang des images, puisqu'elle-môme en était une'. Mais il sait bien que la croix était regardée comme une image d'une dignité singulière, qu'on plaçait seule sur l'aulel, et qu'on jugeait digne d'un honneur particulier.

Il ne faut pas dissimuler que mes adversaires tâchent de tirer quelques avantages d'une leçon de ce canon, où les prépositions in et sub sont supprimées. Mais, outre qu'un seul manuscrit^ où elles le sont, ne doit pas l'emporter sur tous les autres, on sait assez qu'on supprime souvent ces particules sans intéresser le sens; de sorte que celte remarque n'aurait pas mérilé d'être relevée, si ce n'était que je n'ai pas cru devoir rien omettre dans un endroit si important de cet.te dispute. Mais puisque nous sommes tombés sur les diverses leçons du canon de Tours; il y en a une fort ancienne, où il est porlé, qu'on doit placer le corps de Noire Seigneur, non dans une armoire, mais soiis le titre de la croix,

Page 1