‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 296 sur 631 · De Gloria Mai-l., l. i, c. Lxxxvi. — a. Lu Roq., p · texte numérisé non relu

De Gloria Mai-l., l. i, c. Lxxxvi. — a. Lu Roq., p

3. Une ancienne exposition do la liturgie, autrefois en usage dans les Gaules, avant que le rit romain y fût introduit, détermine clairement le vrai sens du texte de saint Grégoire de Tours- Cijtte exposition que dom M;irtôiie a tir^e d'un ancien manuscrit do IVglise de Saint-Martin d'Autun , fut composce au moins vers 1" milieu du sixième siècle, comme le fait voir dom Marténe. Or elle nous apprend au'alora dans les églises des Gaules , le diacre au commi-ncement ne la messe solennelle, apportait à l'autel dans une tour le corps de Jésus-Christ, qui ava:t été reserve dans le sicrilice <lii jour précédent. Nous transcrirons ici les paroles <lc cette exposition : Nunc aiuem procedentem ad altakium cokpus Chresti , non jani tubis iyreprœUensibiUbus , sed spiritalibus vocibus prœclara ClirUti magnalia dulci mudilia psallet Eccte-

Sia. CORt'US VERO DOMINI IDEO DEFRRTUR JN Tt'RRinUS, 5l*ia mO-

numentuin Domini in simituudim-ni tiirris fuit scissum in peira, et iiUit.'i leclHin ubi pausavit corpus Dominicum , unde surrexit rcx gloriix in triuniphum. La stjle grossier et la latinité barbare de cet écrivain , ne servent qu'a mieux prouver son antiquité. Expos. Brev. antiq. Liturg. Gallic. Thesaur. .\nccd , toin. v, p, 95 lEdil. de Déforis).

i. Vid. Sup., Vit. et aet. Duch.,l. il, p. 319. — 5. La Roq., p. 52 , 53, 51. — 6, Coll. Lect. 2, cap. xxxii , tom. xvii; Bibl. Pal., p. 2i)2. — 7. La Roq., p. 7S.

sous UNE ESPECE. — SECONDE PARTIE.

de voir que, par le concile de Tours, ce vaisseau, où l'on gardait le sacré corps , devait déjà èlre sur l'autel au-dessous de la croix, puisqu'il n'était plus permis de le réserver ailleurs. Il est vrai ; mais il faut prendre garde que Grégoire de Tours fut fait évèque dix ans environ après le second concile de Tours, et que ce miracle était arrivé, comme il le dit lui-même , dans sa première jeunesse, ix adoles- CENTiA MEA*. C'était donc beaucoup d'années avant que cet ordre eût été donné par le concile. Mais si nous considérons comment parle Grégoire de Tours, nous ne douterons nullement, que son dessein n'ait été de faire voir que le corps de Notre Seigneur s'était retiré des mains impures de ce diacre. Car il soutient cet exemple de celui d'un prêtre, qui, ayant osé sacrifier indignement, n'eut pas plus tôt commencé de profaner l'Eucharistie avec une bouche indigne, en prenant le corps du^Fils de Dieu , que la vengeance divine se fit sentir^; et avant que de raconter ces deux terribles histoires, ce saint avait déclaré que son intention était de faire voir le malheur qui arrive à ceux qui abusent du corps et du sang de Notre Seigneur.

Je ne dois pas oublier, que dans l'endroit du Traité de la Communion, où j'ai rapporté celle histoire, il est arrivé une chose assez ordinaire à l'imprimerie; c'est que le rapport des mois de minislère et de mystère, a fait qu'on a mis ce dernier pour l'autre; et le sens était si parfait des deux manières, que d'abord je n'ai pas pris garde à cette bévue'. Je l'ai pourtant fait corriger, il y a longtemps, dans la version anglaise ^ On a mis aussi dans cette version, que le diacre apportait le vaisseau sacré où étaient les saintes hosties, alin de les renouveler; et cette raison convient si visiblement à la discipline du temps, que j'ai mieux aimé m'y arrêter qu'à celle de l'adoration, qui pourrait èlre contestée. Je dirai , dans la suite de l'adoration ce qu'il en faudra dire en peu de mots par rapport à ce Traité. Je neveux pas perdre le temps à accuser ma mémoire, ni à défendre ma bonne foi. Sur de telles accusations, il ne faut faire son apologie que par sa conduite; et je me trouve en celle occasion si heureusement soutenu par la vérité, que rien n'a pu affaiblir ma preuve.

Au reste quelques auteurs de grand nom et de grand savoir s'élant servis des ciboires mentionnés dans les anciens livres, pour établir la réserve, leur autorité avait fait que je n'avais pas entièrement rejelé celle preuve, et que j'avais cru pouvoir m'en servir, en disant : On peut rapporter à la

1 .'■ De Gîor. Mart. , lih, i , c. Lxxxviir. — 2. Idem, lib. i, cap,

LXXXVK.

3. Voyez la note mise à cet endroit , dans le Traité de la Communion sous les deux espèces, ci-ilessus, pag. 250.

Dans sa nouvelle édition de saint Grégoire de Tours, D. Ruinart. sur l'autorité de tous les manuscrits, a substitué le mot mts- TERltJM à miïiisteriîtni , qu'on lisait auparavant dans la plupart des imprimés. Ce qui lève toute ditficulle sur ce passage, et montre que Bussuet n'aurait eu aucune bévue à se reprocher, s'il eût pu consulter cette édition. Mais elle ne parut que longtemps après l'impression du Traité de la Communion , et peu d'années avant sa mort La nature des ouvrages dont il s'occupait alors ne lui ayant point donne occasion de relire saint Grégoire, on peut conjecturer qu'il n'a eu aucune connaissance de^la correction faite par D. Ruiuart, et que c'est pour cela qu'il ne l'a pas indiquée ici {Edit. de Versailles)

4. Il y a lieu de croire que cette version anglaise est du même P. Johnston , bénédictin an^'lais , qui avait déjà traduit VExpoaition de ta doctrine catholique. Voyez la lettre de ce Père à Bossuel, et la réponse du prélat , dans le tome m, à la suite des pièces qui concernent le livre de VExposition, pag. 76 et suiv.

B. — T. IV

même chose les ciboires marqués parmi les présents, etc.'. Mais y ayant mieux pensé, je ne vois rien de semblable à nos ciboires, dans aucun exemple de ce mot que j'aie trouvé dans les anciens livres, par les soins de mes amis, ou par les miens, et la bonne foi m'oblige à le reconnaître. Dans la multitude des preuves que nous avons de la Tradition, nous n'aurons pas beaucoup à regretter celle-ci; et en tout cas, j'en rapporterai que nous pouvons mettre à la place.

J'y mettrai premièrement, au sixième siècle, saint Gai, évèque de Clermont, dont saint Grégoire de Tours écrit ces mots^ : « 'Venons enfin au temps » où Dieu le relira de ce monde. Pendant qu'accablé » de sa maladie, il était couché sur son lit, la fiè- » vre qui dévorait ses entrailles, lui fit tomber la » barbe et les cheveux. Sachant donc qu'il devait » mourir dans trois jours, il assemble le peuple, » et leur rompant le pain à tous, il leur donna la » communion avec une sainte et pieuse volonté. » Il ne parle point de dire la messe , ce que Grégoire de Tours sait bien exprimer, et même dans ce chapitre, quand on l'a dite en elïet. On voit que l'extrémité de la maladie ne permettant pas au saint vieillard de se lever pour la dire à tout son peuple, il ne laisse pas de l'assembler autour de son lit; et que pour ne rien omettre de ce qu'il pouvait, il leur rompt et leur distribue le pain sacré; sans doute celui qu'on tenait toujours réservé selon la coutume ; et celte action fait voir combien était libre la communion sous une espèce, puisqu'un si saint évoque n'hésite pas à la donner de celte sorte à tout un peuple, sans aucune nécessité pressante; mais seulement alin qu'il eut la consolation de communier, pour une dernière fois, de la main de son évèque.

Et pour montrer qu'il ne fallait pas de bien pressantes raisons pour communier sous une espèce, nous avons vu, au septième siècle, sainte Opportune, vierge, qui, sentant approcher sa fin, « fit » célébrer la messe, où elle ordonna que toutes ses » religieuses présentassent leur offrande' : » et cependant, sans demander les deux espèces, qu'il eût été facile de lui apporter, l'auteur de sa Vie dit expressément, qu'elle « se fit apporter et se fit )> donner le corps de Notre Seigneur; et que lors- )i qu'elle l'eut reçu, elle dit : Que votre corps, o » Seigneur, me profile pour le salut de mon âme ; » sans que, dans une description si distincte de la communion de celle sainte, il soit fait aucune mention du sang.

La même chose arriva au jeune Saxon, à qui, selon le récit que nous en a fait le vénérable Bède'*, au même siècle septième, les apôlres étaient apparus , pour lui dire qu'il ne mourrait pas sans avoir reçu après la messe le Viatique du corps et du sang; et néanmoins il se trouve qu'on ne lui donna que le corps; tant on croyait tout donner avec le corps seul. Bédé écrit expressément que le prêtre fil « dire la messe, fit communier tout le monde, » et envoya au malade une particule du sacrifice » de l'oblalion de Notre Seigneur. » Jamais on ne trouvera ce mot particule employé pour une autre

1. Voyez la note, Tr. de la Commun., p. 251. — 2. Greg. Tur , de Vit. PP., c. VI ; Sur., 1 Jul. — 3. Sur., 22 April. Mabit., Sœc. II. Ben., pag. 230. — 4. Hist. Ang., lib. iv, cap. xiv.

DÉPENSE DK LA TRADITION SUR LA COMMUNION

espèce que pour lo solide. On n'envoya donc au malade (\ua la seule parlie soiiilc, et par l;\ on crul salisl'aire à tout ce qui lui avait été promis dans cette miraculeuse apparition; à cause que sous le corps seul, on reçoit non-seulement toute la vertu, mais encore toute la substance du corps et du sang.

Nos ministres me demandent des exemples où l'on emploie le corps et le sang, en ne donnant que l'un des deux'. En voilà un bien exprès, et bientôt ils en verront d'autres, qui le seront peut-être davantage. En attendant, demeurons d'accord qu'encore que, lorsiju'on donnait la communion aux malades à l'heure du sacrilice, on la donn;\t ordinairement sous les deux espèces, on ne s'en faisait pas une loi tellement indispensable, que la moindre nécessité n'en iiùl exempter. Comme il y avait des malades qui ne pouvaient pas aisément avaler la parlie solide, et comme on ne faisait point de difficulté de leur donner le vin seul, comme M. de la Roque le prouve par un canon d'un concile de Tolède, au sixième siècle, et par un décret de Paschal II dans le onzième^; il y en avait aussi à qui l'on ne pouvait présenter la coupe sacrée sans un péril évident d'ell'usion; et ce pouvait être une raison de ne pas donner le calice à ceux dont nous venons de voir la communion sous une espèce à l'heure du sacrilice.

Au reste, les auteurs n'ont pris aucun soin de nous apprendre pourquoi ces communions avaient été faites sous une espèce plutôt que sous les deux; parce qu'après les exemples des siècles passés, l'une et l'autre manière de communier paraissaient si indifférentes, (|u'on ne s'avisait point de demander pourquoi on avait donné la communion sous une seule espèce, et que la moindre raison était jugée plus que suffisante pour y obliger.

Ainsi voyons-nous au sixième siècle saint Carilefe, abbé, qui rend L'espril après avoir reçu le corps de Notre Seigneur^. Au septième , saint Swibert, évèque de Vcrde, dont nous avons déjà parlé, après s'être fait céiébrer la messe, se munit de la réception du corps de Notre Seigneur''. Le moine Agibode, dans la Vie de saint Bertulphe, abbé de Robie , mourut après avoir reçu le corps très-sacré de Jésus-Christ''. Saint Serénède, confesseur, après avoir reçu le sacrement du corps de Notre Seigneur, rend « Dieu son âme innocente''. Saint Claude, archevêque de Besançon , reçoit avec vénération et avec larmes les sacrements de pénitence et du, corps de J ésus-Christ ' .

Au commencement du huitième siècle , sainte Austreberte , abbesse de Poliac, reçoit en mourant les sacrements du corps de Notre Seigneur^. Au commencement du dixième siècle, nous avons vu saint (jéraud, comte d'Aurillac, après qu'on se fût pressé de dire la messe, recevoir le corps du Seigneur, qu'il altendail". Au même siècle , saint Volfangue, ôvè(|ue do Ratisbonne, offrit le sacrifice de la messe, et envoya pur un prêtre le corps de Notre Seigneur à un malade'". Saint Oswalde, archevêque d'Yorck, prie ses frères de lui donner le

1. Par. 8G. — 2. Ifist. de V FAicharistîe , I. part., ch . \u,p. 150, ItiO; Jiép., p. yo, 91 ; Conc. Toi. xi , can. xi, lon\. vi; Conc. Lab., col. 55*^; Pa.tr. ii . kp. xxxli ad Pont. — 3. Sur., 1 Jut. — 4. /ci.. 1 Mart.— 5. Id., 5 Pebr. — 6. .Sœc. Ben. Il, tom. n , ;i. lûj. — 7. Id., p. 1G9. — S. Sur., lu Fcbr. — 9. Sur., l:i Ocl.; Sœc. V. B,n., tom. v, p. 9. — 10. Sur., 31 Oct.; Sœc. Ben. m, part. 1 , tom. m, p. 39.

ministère de l'onction sacrée, avec le viatique du corps de Notre Seigneur*. Sainte Adélaïde, impératrice, dont la Vie a été écrite par .«aint Oïlilon, abbé de Cluni, reçoit en mourant, le sacrement du corps de Notre Seigneur'' ; et saint Thibaud, prêtre et solitaire, le viatique du corps'.

Dans le onzième siècle, on voit saint Othon , évoque de Bamberg, communier de même'*. Au commencement du douzième, et dans la dernière maladie de saint Hugues, abbé de Cluni, comme la vue commençait à lui manquer, on lui demanda s'il reconnaissait la chair vivifianle de son Sauveur. Je la connais, dil-il, et je l'adore^. Ensuite prêt à expirer, il se ht porter dans l'église pour y mourir sur la cendre; et voilà quelle fut la lin de ce grand homme. Sa mort l'ut révélée à saint Godefroi, évèque d'Amiens, qui était alors à Rome. Ce saint évèque se vit en esprit à Cluni , où les moines le priaient de célébrer une messe pontiffcale , pour donner à leur saint abbé le Viatique du corps et du sang de Notre Seigneur" : marque que les deux coutumes, et celle de dire une messe pour communier le malade, quand on en avait le loisir, et celle de lui porter le corps seul de Notre Seigneur hors l'heure du sacrifice et quand le temps pressait, duraient encore.

Nous avons au treizième siècle les exemples de saint Edmond de Cantorbéri', de saint Louis, roi de France*, de saint Louis, son neveu, archevêque de Toulouse", de saint Thomas d'Aquin'", et de plusieurs autres, qui reçoivent le saint Viatif|ue sous la seule espèce du pain; ce qui n'empêche pas qu'once même siècle, on ne le donnât aussi sous toutes les deux, comme l'anonyme le prouve trèsliien" parle témoignage de Luc, évoque doTuy en Galice, auteur du temps. La même chose parait encore par l'exemple de sainte Elisabeth, femme du landgrave Louis deTuringe'^, et par beaucoup d'autres exemples.

Nos adversaires prétendent que les exemples qui suivent le onzième siècle et la condamnation de Bérenger ne sont plus de pareille force, parce que la transsubstantiation, établie alors, avait introduit, avec la concomitance, l'usage d'une seule espèce. Mais j'ai rapporté tout de suite les exemples de tous les siècles, pour montrer que devant le onzième siècle, comme après, la communion, tant sous une que sous deux espèces, parait également en usage. C'est une consolation pour les catholiques, en ce qui regarde la doctrine, de n'avoir à se défier ni à se plaindre d'aucun siècle. Jésus-Christ n'a terminé par aucun temps les promesses de secourir son Eglise. En l'assurant d'être avec elle jusqu'à la consommation du monde, il a également consacré tous les siècles par cette parole. Aussi dans cette matière, comme dans toutes les autres, nous voyons partout la même foi, qui est que la communion, très-sainte sous les deux espèces, est suffisante sous une seule. Voilà le dogme qui ne change point, (|ue nous avons vu établi dès l'origine du christianisme, et dans lcf|uel nous persistons. Le reste ne peut

I. Sœc. lien. V, tom. vu, p. 732. — 2. Sur., 16 Dec: Canis., tom. V ant. Lect. — 3. Sur., .30 Jun. — 4. Vit. Olh. Bainh., lib. III, c. xi.v; Canis. Anliq. Lect. — 5. Vit. Ilug. Clun. per Ilild. Cenom., cap. i.i. — 6. Vit. Hug. Clun. ptr Iluy. Mon., cap. xxill. — 7. Sur., 16 Xov. — S. l'5 Au;/. — 9. 19 Aug . — 10. 7 Mart. — 11. Anon., p. 106, 167. Luc. Tuij, l. m, cap. vu. — 12. Sur., 19 No\i.

sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.

plus être qu'une affaire de police ecclésiastique, et dans une chose libre , un pur changement de discipline.

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