‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 297 sur 631 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Réflexions sw la prodigieuse opposition qui se trouve entre les premiers chrétiens et les protestants.

Avant que de passer outre, un peu de réilexfon nous va faire voir le prodigieux éloignement de l'ancien christianisme et des protestants. Ceux-ci posent comme une maxime fondamentale de la doctrine de l'Eucharistie, qu'elle n'est que dans l'usage comme les autres sacrements, et entièrement passagère; de sorte qu'elle n'est pas le sacrement de Jésus- Christ, quand on ne la reçoit pas dans l'assemblée des fidèles et avec le reste de ses frères. Selon cette maxime, ils ont toujours constamment soutenu et soutiennent encore, que tout ce qui reste après la communion n'est plus le sacrement de Jésus-Christ : et quoique quelques-uns d'eux, comme ceux de la Confession d'Augsbourg, aient peine à croire que ce soit une chose tout à l'ait profane, les calvinistes, qui se piquent d'être les plus purs de tous ces puristes, traitent de superstition ce respect lel quel que les luthériens de la Confession d'Augsbourg ont pour les restes de l'Eucharistie, et n'y veulent plus rien reconnaître de sacré. :Mais les anciens chrétiens, loin d'être dans ce sentiment, l'ont traité de folie , comme on l'a vu par le témoignage de saint Cyrille. Ils ont porté l'Eucharistie dans leur maison : ils l'y ont reçue en particulier, et n'ont pas cru recevoir moins dans cette communion domestique que dans celle de l'Eglise.

Nous avons vu M. de la Pioque , embarrassé de la communion que l'on donnait aux malades, insinuer, sans vouloir recourir à la réserve, que l'on consacrait l'Eucharistie chez les malades toutes les fois qu'on les communiait. Il n'a voulu se laisser vaincre, ni parla communion de saint Ambroise, où il ne parait autre chose qu'une simple réception, ni par celle de Sérapion, où le prêtre, loin de donner la communion lui-même et de l'aller consacrer chez le malade , la lui envoie toute consacrée et toute faite de cliez lui, par un jeune homme qui n'avait aucun caractère pour la consécration. Ce ministre n'a pas voulu voir qu'on était si éloigné de croire qu'il faut consacrer l'Eucharistie exprés, pour la donner aux malades, qu'on était venu jusqu'à la leur envoyer par des laïques et par des femmes : coutume par laquelle les conciles, loin de trouver à redire qu'on ait cru la consécration une chose permanente , autorisent manifestement celte croyance, puisqu'ils n'obligent les prêlres qu'à faire par eux-mêmes la distribution qu'ils commettaient aux autres; mais toujours en regardant la consécration comme faite.

Pour ne plus parler de ces exemples, voudrat-on, quand on lira les canons du grand concile de Nicée, et du concile de Carthage, où il est porté si expressément qu'on donnera l'Eucharistie aux malades , voudra-t-on , dis-je , sans jamais en rien trouver, ni dans les canons, ni dans aucun auteur ecclésiastique , qu'à chaque fois qu'on leur aura donné la communion, le prêtre, à quelque heure que c'ait été du matin ou du soir, devant ou après le repas, malgré la coutume de l'Eglise universelle, aitolTert le sacrifice, où il aura fallu nécessairement

qu'il ait communié avec le malade? Une si grande absurdité n'entrera jamais dans les esprits. Mais en voici une bien plus grande où nos adversaires sont réduits. C'est que, passé l'heure de la messe, on ne donnait plus au malade la communion que sous une seule espèce qu'on leur apportait de l'église. Tous ne sont pas assez hardis pour nier absolument une vérité si constante; et un docte ministre allemand, qui vient d'écrire très-amplement sur celte matière , n'a point trouvé de meilleur moyen de se défendre des conséquences qu'on tire de là, en faveur de la communion sous une espèce, qu'en disant « qu'encore qu'on ne gardât que le pain seul , » il ne s'ensuit point qu'on le donnât seul sans la » coupe , puisqu'on consacrait de nouveau le vin » qu'on ne pouvait pas si aisément garder'. » Prodige inconnu à l'Eglise chrétienne, de consacrer l'un des symboles sans l'autre; car si l'on voulait consacrer, pourquoi en réserver l'un , et ne pas consacrer les deux ensemble? Prenait-on plaisir à faire les choses contre toute règle, et à renverser tout l'ordre des mystères? Non, sans doute; mais les ministres, qui ne peuvent pas accommoder leur doctrine avec celle des canons, sont contraints, pour tirer par force les canons à eux , d'y introduire les absurdités les plus inouïes.

Cependant je ne puis 'comprendre à quoi leur servent leurs raffinements , ni pourquoi , à quelque prix que ce soit, ils veulent qu'on ait toujours consacré et offert le sacrifice chez les malades. Car, enfin il est certain, de leur aveu propre, que ceux mômes qui se portaient bien et qui pouvaient communier à l'Eglise , en emportaient l'Eucharistie consacrée, et la prenaient dans leurs maisons. On ne peut pas ici amuser le monde par une consécration imaginaire. Il faut avouer, malgré qu'on en ait, que les fidèles croyaient l'Eucharistie consacrée, une chose permanente, qu'ils prenaient en particulier, sans aucune diminution de la grâce qu'elle contenait en elle-même.

Ici on ne trouve point de sortie , qu'en disant que tout cela était un abus. C'est ce que disent tous les ministres, sans respecter le siècle des martyrs , et les temps les plus purs du christianisme. M. de la Roque en particulier le répète plusieurs fois-, et l'auteur de la seconde Réponse nous explique en ces termes les raisons qu'on a de le croire ainsi dans sa communion': « Je dis que cette coutume » était un abus du sacrement, non-seulement en ce » que l'on n'emportait souvent que le pain; mais » aussi en cela même, que quoiqu'on emportât » toutes les deux espèces, en les emportant, on fai- » sait dégénérer la communion, qui n'est établie » par Jésus-Christ que pour célébrer la mémoire de » sa mort, et marquer l'union des fidèles entre eux, 1) en une pratique irrégulière et superstitieuse. » Il poursuit : « Je ne blâme pas la coutume de porter )) l'Eucharistie aux absents dans le temps de la » communion, ou aussitôt après; car cela pouvait » fort bien marquer alors qu'ils avaient part à la » communion de l'Eglise, et la proxicnité du temps » les faisait réputer comme présents à la table » même. Mais la garder plus longtemps, c'était se

1. Acl. rei amotœ August. Pfei/f. ss. Th. D., etc., part. HT, c. X , 11. 9. — 2. Hist, de l'Euch.; Id., Rei>., pag. 174, ITG. — a. A/ion., p. 211.

DÉFENSE DE LA TRADITION SUR LA COMMUNION

1) persuader qu'il y avait quelque vertu secrète rcn- » fermée dans le pain consacré. » Voilà dire nettemenl qu'il n'y a aucune vertu dans l'Eucharistie réservée; et les pasteurs, qui le croyaient avec tous les peuples, sans en excc(>ter les plus saints, et les martyrs niônics, étaient dans l'erreur.

Sur cela j'avais objecté, « que le parti était aisé » à prendre, quand il ne s'agit plus ([ue de savoir 0 si les martyrs sont des profanes , ou si les mi- » nistres, qui les accusent, sont des téméraires'? » A cette pressante objection notre auteur répond seulement, que ce n'est pas cela dont il s'agit; mais qu'il s'agit de savoir « si M. Rossuel peut, sur l'au- » torité et l'exemple seul des martyrs, nous démon- » trer que cette coutume est conforme à l'institution 1) de l'Eucharistie^. » Ainsi, sans se mettre en peine des martyrs, il se contente de décider, malgré toute l'antiquité, que leur coutume n'était pas conforme à l'institution de Jésus-Christ. Tout ce qu'il fait pour leur défense, c'est de répondre, que cette coutume était, à la vérité, un abus, mais non pas une profanalion. Qu'est-ce donc que profaner les mystères, sinon prendre pour l'Eucharistie et pour sacré ce qui ne l'est pas, et changer la sainte cène de Notre Seigneur, mystère terrible et vénérable, contre sa propre inslilulion, en une pratique irrégulière et superstitieuse? Y oWii commentées messieurs défendent les saints martyrs : voilà comment ils sont Jaloux de l'honneur du christianisme.

C'est une chose étrange et abominable , qu'on ait pu accoutumer les chrétiens à entendre dire que l'erreur avait gagné dans toute l'Eglise, dès les siècles les plus purs , et à écouter sans frémir, un si grand opprobre de la religion chrétienne. Mais nos réformés ne s'en étonnent pas. Tous les jours nous leur entendons dire de sang-froid, que le mystère d'iniquité cummençait déjà à se mettre en train dès le temps de saint Paul. ]\Iais quand ils auraient prouvé , ce qu'ils ne feront jamais, que ce mystère d'iniquité, était les erreurs conçues dans le sein de l'Eglise , pourrait-on penser sans horreur, que dès le temps de saint Paul elles y fussent approuvées"? On est donc forcé d'avouer que ce mystère d'iniquité, dont parle saint PauP, n'emporte pas avec lui l'approbation de l'Eglise. Que si, pour l'honneur de l'apostolat et de la religion chrétienne, on est obligé d'avouer que les erreurs pouvaient bien naître dans l'Eglise, mais qu'elles y étaient rejetées du temps des apùtres; ne tremble-t-on pas quand on ose dire qu'elles y ont été établies, sans aucune contradiction, incontinent après leur mort? Car ici il ne s'agit pas de quek|ues abus particuliers que l'Eglise ré[)rouv;\t : il s'agit d'une coulume universelle, pratiquée par les plus saints du peuple, et autorisée par les pasteurs, par un Tertullien, lorsqu'il était le plus respecté dans l'Eglise, par un saint Cypnen, par un saint Basile, en un mot, par tous les Pères. Si le mystère d'iniquité avait déjà entraîné les plus grands hommes de l'Eglise, que doiton penser du reste? et si la lumière, qui était en nous, n'était que ténèbres, que sera-ce des ténèbres mèmes^?

Mais, ilira-t-on, il n'est pas vrai que cette coutume ait été approuvée. Le docteur allemand, dont

1. Traité de la Commun., p. 258. — 2. Anon.,p. 112. — 3. //. Thess., II. 7. — 4. Mallh., vi. 23.

nous venons de parler, objecte que saint Jérôme, en parlant de cette coutume, a dit , qu'il ne la blâmait ni ne l'approufait'. Lisons les paroles qu'il produit : " Je sais, dit saint Jérôme-, que c'est la » coutume à Rome do communier tous les jours-, ce » que ni je ne blànie, ni je n'approuve. » Sans doute de communier tous les jours; car cela dépeml des dispositions, et c'est chose qu'on ne peut ni blâmer ni approuver en général. Mais pour ce qui est de porter la communion dans sa maison, saint Jérôme l'approuve si expressément, qu'il demande le môme respect pour la communion de la maison que pour celle de l'Eglise, et que même il fait cette demande à ceux qui y mettaient de la dilTôrence : « N'est-ce » pas le même Jésus-Christ qu'on reçoit dans la » maison et dans l'Eglise? » Nous en avons vu autant dans saint Basile, dans saint Cyrille, et en un mot dans tous les Pères; et on y trouve une approbation universelle de cette coutume , loin qu'on puisse trouver le moindre endroit où elle soit blâmée le moins du monde.

On allègue deux conciles d'Espagne , celui de Sarragosse et le premier de Tolède, où ceux qui « n'avaient pas l'Eucharistie reçue des mains de l'é- » vèque, sont chassés comme sacrilèges et frappés » d'anathème'. » Tous les docteurs allemands ne manquent pas de nous opposer ces deux canons , après Calixte; mais grâce à la Miséricorde divine, on ne pousse pas toujours la contradiction jusqu'à l'extrémité. Mes adversaires abandonnent cette preuve. Celui de tous les ministres qui a le mieux examiné cette matière, en un mot, M. de la Roque avoue et prouve invinciblement, dans son Histoire de l'Eucharistie^, que ces canons de Sarragosse et de Tolède n'ont pas été faits pour condamner la coutume d'emporter l' Eucharistie et de la garder. Je me suis servi de son aveu , et j'ai établi celte même vérité, en trois pages du Traité de la Communion^, d'une manière à ne laisser aucun doute aux gens raisonnables. En elTet, M. de la Roque entreprend ce livre, il m'attaque de tous cotés, comme nous avons vu ; dans l'embarras où il est, il se dédit de beaucoup de choses qu'il avait très-bien établies dans son Histoire de l'Eucharistie; mais il persiste dans celle-ci , et demeure d'accord avec moi", que « les analhèmes de ces conciles ne s'a- » dressaient que contre des impies , des profanes et » des hérétiques, tels que pouvaient être les priscil- » lianisles, en un mot, contre ceux qui, après avoir I) reçu l'Eucharistie, la jetaient par inlidéiilé, selon » l'exjjlication du onzième concile de Tolède'. » Bien plus, il oppose un nouveau passage, un capitulaire de Charlemagne, qui veut « qu'on chasse, » comme des sacrilèges, tous ceux qui reçoivent » l'Eucharistie et qui ne la mangent pas; » et il répond, « que ce capilulaire n'étant qu'une répétition » du xiV canon du (concile de Tolède, il ne croit pas » que cela regarde l'abolition de la coutume dont il » s'agit*; 1 c'est-à-dire, de la réserve de l'Eucharistie et de la communion domestique.

Ainsi il doit maintenant passer pour constant que

1. Act. rei amot., part. III, c. ix. n. S, p. 170. — 2 Hier., Kp. XXX. Ap'd. pro lib. adv. Jovin , tom. iv, cot. 2^9. — 3. Conc. Cws. .\ui/ust., can. 3; Lab., tom. ir , eut. 1010; Tolet. 1 , c. xiv; (. II. Coiicil., col. 1225. — 4. Hist. de l'Eucharistie , I. part , c. XIV, p. 174. — 5. Traité de la Commun. , p. 258. — 6. La Hoq., Jfép.,p. 171. — 7. Conc. Tolet. XI, can. xi, tom. vi. Conc, col. 552. —S. LaRori.,p. 177, 178.

sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.

durant mille ans que cette coutume a duré dans l'Eglise , loin que jamais on l'ail blâmée , elle n'a jamais été tenue pour suspecte. Si elle a été abolie dans d'autres temps , c'a été , comme on a changé beaucoup d'autres choses bonnes en elles-mêmes, à cause que l'on commençait à en abuser, et sans jamais cesser de respecter la pratique des siècles précédents. On nous objecte le Père Petau', qui ne craint point de dire , « qu'emporter l'Eucharistie » chez soi et la garder, serait une action punissable 1) et tenue pour une profanation du sacrement-. » Il ne fallait pas oublier ici un mot essentiel. C'est que ce savant auteur ne dit pas absolument qu'une réserve approuvée durant tant de siècles, soit une action punissable; mais il dit, qu'elle est aujourd'hui U7ie action punissable, et le reste; et loin qu'on puisse conclure de son discours qu'elle fût blâmable par elle-même, son dessein est de prouver, ce qui est certain, que l'Eglise n'a pas dessein de rétablir toutes les coutumes bonnes et louables par elles-mêmes, parce que, devenues mauvaises par les circonstances, elles ont perdu l'avantage qu'elles avaient dans leur origine; et il pousse la chose si avant, qu'il range celte coutume parmi celles « qui » marquent une grande sainteté et une vertu de » tout point accomplie, à laquelle elles étaient atta- » chées dans la primitive Eglise; » c'est-à-dire, une si profonde et si sûre vénération des lidèles pour les mystères, qu'on n'en craignait aucune sorte de profanation entre leurs mains. Que si aujourd'hui on pense autrement , ce n'est pas, comme le dit M. de la Roque, que la nature des choses soit changée; mais c'est qu'après tant d'abus qu'on a vus du sacrement , on ne pourrait plus en attribuer la réserve qu'à de très-mauvais desseins. Voilà ce que dit le Père Petau; et c'est trop visiblement tromper le monde , que de le produire comme un auteur qui juge blâmable la coutume des premiers siècles. On ne se donne pas de ces sortes de libertés parmi nous. C'est un privilège dont nous croyons que nos adversaires eux-mêmes ont de la honte; et malgré tout ce que leurs préjugés les obligent à écrire, ils ne peuvent pas s'empêcher d'être peines en secret , d'avoir à défendre une cause qu'ils ne peuvent soutenir sans condamner tout ce que le christianisme a eu de plus pur.

Que si à la fin on en rougit , et qu'on soit contraint d'avouer que ce qui est approuvé dans toute l'Eglise, dès l'origine du christianisme, ne peut être que très-bon , qu'on me réponde à cet argument? Il n'est point parlé de la réserve de l'Eucharistie, ni de la communion domestique, dans l'Evangile ni dans toute l'Ecriture; au contraire, à ne regarder que les termes, Jésus-Christ a dit seulement à ceux qui étaient présents : Prenez et mangez, et ils l'ont fait; et néanmoins, sans qu'il y paraisse autre chose, toute l'Eglise a pratiqué la réserve de la communion domestique : donc elle l'a prise autre part que dans l'Evangile : donc elle a cru que la tradition était la seule interprète de l'Evangile même.

Poussons encore plus avant. Ces paroles de Jésus-Christ : Prenez et mangez, et Bucez-en tous, n'expriment pas plus la communion sous les deux

1. La Roq.,pag. 177. — 2. Pet., de la Pénilcnce publ., lie. i, ch. VII, II. 3, p. 95,

espèces, qu'elles expriment la consomption actuelle de l'Eucharistie dans le temps que Jésus-Christ l'a consacrée et présentée à ses disciples : or nonobstant ces paroles, la tradition de réserver l'Eucharistie consacrée , pour communier à la maison plusieurs jours après , sans la consumer aussitôt , s'est soutenue dès les premiers temps : elle s'est donc soutenue, encore qu'on lui pût opposer des paroles de l'Evangile, aussi expresses que celles qu'on nous allègue pour la communion sous les deux espèces.

Il a dû suivre de là qu'on ne fit pas plus de difficulté de communier sous une espèce, que de communier en particulier dans sa maison, après la consécration faite dans l'église. La chose est en elïet arrivée ainsi. On n'a non plus hésité à l'un qu'à l'autre; et nous avons vu clairement que la communion sous une espèce a accompagné la communion domestique. Elles vont donc d'un môme pas : l'une est aussi établie, aussi ancienne, et aussi bonne que l'autre.

Ouvrez les yeux , nos chers frères , et voyez qui sont ceux que vous condamnez en condamnant l'Eglise romaine. C'est l'Eglise des premiers temps. Vous ne pouvez, sans blasphème, réprouver la communion domestique : vous ne pouvez l'approuver, sans approuver la communion sous une espèce.

Qu'ont dit en effet tous ceux qui, étant forcés d'avouer la communion domestique , ont cru après cela pouvoir nier la communion sous une espèce? Qu'ont-ils dit, mes frères? Que de visibles absurdités, et de choses plus difiiciles et plus incroyables que ce qu'ils voulaient éviter I Ecoutez le plus savant de ceux qui ont traité cette matière, je veux dire M. de la Roque, et voyez comment il concilie la communion sous les deux espèces avec la communion domestique. C'est, dit-il', « qu'il fallait » que les fidèles participassent au calice , après » avoir mangé une portion du pain qu'on leur avait » distribué; ou s'ils réservaient tout le pain pour le » prendre, et pour le manger à la maison, quand » ils le jugeaient à propos , après avoir bu de la » coupe dans l'église, la communion aura toujours » été sous les deux espèces, quoique l'une ail été » reçue un temps assez considérable après l'autre.»

M. de la Roque nous donne le choix de deux suppositions; l'une, que les fidèles, qui devaient communier dans leur maison sous la seule espèce du pain, lout le long de la semaine, aient premièrement communié sous les deux espèces dans l'assemblée des fidèles; et cela ne fait rien du tout à la question, puisque cette première communion, faite sous les deux espèces, n'empêcherait pas que les suivantes ne fussent faites sous une seule. Reste donc l'autre supposition, que les fidèles, prenant dans l'église, le dimanche, si l'on veut, la coupe seule, et le reste de la semaine, le pain réservé, lout cela ne soit qu'une seule et même communion. Mais esi-ce là se sauver de la communion sous une espèce? N'est-ce pas plutôt ajoutera la communion, qui se fera six jours durant, sous la seule espèce du pain, une autre communion faite le dimanche sous la seule espèce du vin? Mais si l'on continue la communion avec le pain réservé plusieurs mois, et un an entier, comme le faisaient les solitaires, et

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