‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 30 sur 631 · Ci-dessua, ». 39. — 2. Pag. 239. — 3. Paij · texte numérisé non relu

Ci-dessua, ». 39. — 2. Pag. 239. — 3. Paij

ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

veloppe et se développe Tun de l'autre , sans être des corps et sans changer , que de croire , enfin , qu'on soit Dieu sans être parfait, et qu'on soit parfait ou heureux lorsqu'on manque de quelque chose; ou qu'il n'arrive point do changement dans la substance du Père lorsqu'il survient quelque chose à son Fils qui est dans son sein; ou que le Père ne soit pas d'abord parfaitement Père, et qu'il laisse mûrir son fruit dans ses entrailles, comme une mère impuissante; et toutes les extravagances aussi brutales qu'impies que nous avons vues.

XCI. Que l'erreur que le ministre altribuc aux Pères est la folie la plus manifeste qu'on pût jamais imaginer, et que le socinianisme ou l'arianisme ne sont rien en comparaison. — Je maintiens que les ariens et les sociniens n'ont rien de si insensé que cette doctrine; car on peut bien avoir cru, ou avec les orthodoxes, que le Fils de Dieu fut né de toute éternité par une seule et même naissance, ou qu'il fut né tout à fait et tout entier dans le temps, et vraiment tiré du néant : voilà deux extrémités inûniment opposées, mais qu'on peut tenir séparément l'une et l'autre, sinon avec vérité, du moins avec des principes en quelque sorte suivis : mais qu'en supposant le Fils de Dieu éternel et de môme substance que Dieu , on le supposât en même temps si imparfait qu'il ne pût venir d'abord tout entier, et qu'il lui fallut du temps pour le mettre à terme, ou que son Père le changeât lui-même volontairement dans son sein, et l'avançât à sa perfection avec le temps : c'est attribuer au Père et au Fils tant d'impuissance, tant d'imperfection, et un si pitoyable changement, qu'on ne peut l'avoir pensé de cette sorte , comme le ministre le fait penser non à trois ou à quatre inconnus, mais à tous les Pères des trois premiers siècles, sans une folie consommée.

XCII. Que dans les passages de Tertullien , objectés par le ministre , la métaphore saule aux yeux à toutes les lignes. — Et sans tant de raisonnements, qui obligeait de prendre toujours à la lettre Tertullien', le plus figuré, pour ne pas dire le plus outré de tous les auteurs? Car peut-on expliquer seulement six lignes dans les endroits dont il s'agit, sans avoir cent fois recours à la figure? Cette parole sonore que nous avons vue, n'est-ce pas une inévitable figure, de l'aveu du ministre Jurieu? Dieit s'agitait en lui-même , comme Tertullien le répète par deux fois-, et il travaillait en pensant à faire le monde : le peut-il dire k la lettre , lui qui dit dans les mômes lieux', que rien n'est difficile à Dieu , et qu'à lui vouloir et pouvoir c'est la même chose? Avant que Dieu eût parlé, dit encore Tertullien, il médita ce qu'il fallait faire. N'y pensait-il pas auparavant et de toute éternité? Aussitôt que Dieu voulut mettre au jour ce qu'il avait disposé, il proféra son Verbe. Ne pensa-t-il donc encore un coup à son ouvrage, que lorsqu'il donna ses ordres pour l'exécuter? Qui ne voit manifestement les mêmes façons de parler, qui font dire que Dieu se repent ou qu'il se fâche? Mais si pour conserver dans ces expressions la majesté infinie du Père céleste, il faut nécessairement sortir du sens littéral et rigoureux, quelle peine peut-on avoir à les adoucir pour l'amour du Fils de Dieu? Mais en les adoucissant,

1. Adv. Prax., n. 7. — 2. Cont. Hermoy., n. IS. Idem, 45. — 3. Adv. Prax., n. 10.

B. — T. IV

tout vous échappe : vos deux nativités s'en vont; puisque Tertullien est le seul où vous trouvez la parfaite nativité et la conception du Verbe, et qu'enfin vous n'avez point de plus ferme appui de votre cause.

XCIII. Mauvaise foi du ministre qui objecte des passages de Tertullien, que lui-même il ne peut prendre au pied de la lettre. — !Mais il objecte que Tertullien a dit des choses encore plus dures, puisqu'il y a des passages où il dit que le Père seul était éternel, et que le Fils a eu un commencement'.

Sans entrer dans la discussion de ces passages , on voit bien que le ministre les allègue à tort, puisque c'est évidemment contre lui-même; car conslamment ce qu'ils contiennent est si excessif, qu'on ne peut le soutenir au pied de la lettre, que dans le sens des ariens , qui nient l'éternité du Fils de Dieu. Il faut donc ou les abandonner à ces hérétiques , ce que le ministre ne veut pas, ou bien les tempérer par quelque figure , qui est pourtant précisément ce qu'il nous conteste.

XCIV. Mauvaise foi du ministre évidemment démontrée par la réponse qu'il fait lui-même à Tertullien. — Et pour montrer qu'il ne veut qu'amuser le monde, il ne faut qu'entendre ce qu'il dit lui-même sur ces passages de Terlullien : « C'était » dit-il-, un esprit de feu qui ne savait garder de )i mesure en rien, et qui outrait tout. En disputant » avec sa chaleur ordinaire contre Hermogène qui » faisait la matière éternelle, il a poussé sans bor- » nés la théologie de son siècle sur la seconde gé- » nération du Fils, pour montrer que rien n'était, » à parler proprement, éternel que le Père. Mais il » ne faut pas s'imaginer qu'il ait eu dessein de nier » cette existence éternelle qu'il donnait au Verbe » dans le sein et dans le cœur de Dieu. » Tout ce discours aboutit à vouloir trouver de la justesse dans les mouvements d'une imagination, qu'on suppose si échauffée. Mais après tout, pour faire' sentir au ministre la bizarrerie de ses pensées , demandons-lui ce qu'il prétend faire de Tertullien? Un arien qui ne veuille pas que le Fils soit de même substance que son Père? Cet auteur a dit cent fois le contraire : et le ministre en convient. Quoi donc? un fou qui ne crût pas que l'éternité lut de la substance de Dieu, ou qui crût qu'on put être Dieu sans être éternel? Il a dit tout le contraire dans le propre livre d'où est tiré le passage dont nous disputons. « Par où, dit-il', connait-on Dieu et le » met-on dans son rang, que par son éternité? » Et ailleurs : « La substance de la divinité c'est 1) l'éternité, qui est sans commencement et sans » fin;''. » Donc le Fils de Dieu étant Dieu, de même substance que Dieu, il faut qu'il soit éternel. Enfin, que voulez-vous donc que Tertullien ait pensé : lorsqu'il a dit que le Fils de Dieu n'était pas sans commencement? C'est, dites-vous, qu'il n'était pas sans commencement selon une manière d'être , et en qualité de Verbe, quoiqu'il fût sans commencement dans le fond de sa personne et en qualité de sagesse. D'abord cela est absurde, et, à le prendre au pied de la lettre, contre toutes les idées des chrétiens. Mais passons tout au ministre. Supposé

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