CHAPITRE XXXII
T)e la nécessité de la communion des petits enfants : si elle a été crue dans l'ancienne Egli:<e, et si en tout cas elle fait quelque chose contre notts en cette occasion.
C'est à nos adversaires une malheureuse nécessité de joindre toujours leur défense avec l'accusation de l'antiquité chrétienne. Ainsi M. du Bourdieu , cité dans le Traité de la Communion'^ , n'a pas craint de traiter d'abus l'ancienne coutume de communier les petits enfants^ : ainsi M. de la Roque, dans son Traité de l'Eucharistie'', a dit que cet abus était fondé sur la grande et dangereuse erreur Ac. la nécessité de l'Eucharistie, qu'il attribue à jircsque tous les Pères, à counnencer par saint Cyprion et .saint Augustin, et qu'il appelle l'erreur non-seulement de plusieurs Pères, mais encore de plusieurs siècles. Il soutient dans sa Réponse la même accusation de l'anticiuité-' : l'ano-
1. Anon.,p. 102. — 2. Trait'- de la Commun., p. 251 — 3. Du Bourd., I. Rép., p. 35. — 4. Hist. de l'Eiich., 1. part., ch. n , p. 136 i( suiu. — 5. Jiép. 1. part., ch. v, p. 111 ; 11. pari. cli. iv, p. 197.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
nyine se joint à lui , et il appelle une erreur, si faussement attribuée aux Pères, l'erreur des six premiers siècles, et l'erreur de l'ancienne Eglise.
C'eût été m'éloigner trop de mon dessein que d'entreprendre de justifier sur ce point l'ancienne Eglise dans le Traité de la Communion sous les deux espèces, dont le titre seul faisait voir qu'il avait un autre but; et toutefois, pour ne pas laisser nos réformés dans des senlimenls si prèjutliciables à la piété et à l'honneur de l'antiquité chrétienne , je leur avais indiqué un endroit de saint Fulgcnce', où l'on trouve un si parfait dénouement de toute la difficulté, qu'il n'y a plus après cela qu'à se taire. Que fait ici M. de la Roque ^? Entêté qu'il est de ses préventions contre saint Augustin et l'ancienne Eglise, il dissimule un passage que j'avais si expressément marqué; et sans faire seulement semblant d'y avoir pris garde, il me répond froidement^ « qu'il eût souhaité qu'en parlant de ceux » qui ont combattu la nécessité de l'Eucharistie, I) M. de Meaux ne fût pas descendu si bas que IIu- » gués de Saint-Victor, le seul auteur qu'il nomme; » car il vivait au douzième siècle. »
J'avoue que Hugues de Saint-Victor, très-propre à prouver le sentiment de son siècle, pour lequel aussi je l'avais produit, ne l'était pas à prouver celui du pape saint Innocent l<" et celui de saint Augustin ; mais saint Fulgence , ce savant disciple de saint Augustin , et saint Augustin lui-même si fidèlement rapporté par saint Fulgence , n'élaient-ils pas suffisants pour faire entendre saint Augustin et les auteurs du môme âge ? Pourquoi donc dissimuler l'endroit de mon livre où j'avais expressément cité saint Augustin et saint Fulgence , et oser dire que Hugues de Saint- Victor est le seul auteur que je nomme ?
Afin donc que ceux de nos frères qui liront cet écrit, ne tombent pas dans la même faute, et qu'ils se désabusent de la mauvaise opinion qu'on leur a voulu donner de l'ancienne Eglise ; je veux bien leur épargner le travail d'aller chercher saint Fulgence, et je transcrirai ici de mot à mot, tant ce que dit ce grand homme, que ce qu'il a copié de saint Augustin. Il faut donc savoir, avant toutes choses, qu'un Ethiopien qui avait reçu le baptême étant mort sans qu'on eut eu le loisir de lui donner l'Eucharistie, le diacre Ferrand, célèbre par ses écrits, consulta saint Fulgence à l'occasion de ce baptême, pour savoir ce qu'il fallait croire du salut de ceux qui, prévenus de la mort incontinent après leur baptême sansavoirélé communies, semblaient être condamnés par cette sentence de Notre Seigneur : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang , vous n'aurez pas la vie en vous-mêmes. Voilà donc précisément notre question, et voici la réponse de saint Fulgence* : « Si quelqu'un qui aura reçu le baptême est pré- » venu de la mort avant que d'avoir mangé le corps » et bu le sang du Sauveur, les fidèles ne doivent » pas en être émus, sous prétexte que Notre Sei- 1) gneur a prononcé cette sentence : .Si vous ne » mangez la chair, etc. Car quiconque regardera » ces paroles, non pas selon les mystères dont la
1. Traité de la Communion, p. 256 — 2. La Roq., p. 110. — 3. La Roq., p. 115. — i. Fui., Ep. xil ad Ferr. de Bap. ^Stlt., c. Il, n. 24.
» vérité est enveloppée, mais selon la vérité même, » qui est enfermée dans le mystère, il verra que » celte parole de Notre Seigneur est accomplie dans " le baptême. Que fait-on en effet dans le baptême, » si ce n'est de faire de tous les croyants autant de » membres de Jésus-Christ , et de les incorporer à » l'unité ecclésiastique? car c'est à eux que saint " Paul écrit : Vous êtes le corps de Jésus-Christ et « un de ses membres : et le même apolre fait voir «non-seulement qu'ils parlicipcnt au sacrifice, » mais encore qu'ils sont eux-mêmes le sacrifice, » lorsqu'il leur adresse ces paroles : Je vous con- » jure , mes frères , que vous fassiez de votre corps li une hostie vivante'. » Ce grand homme fait voir ensuite , par d'autres passages , que nous devenons un seul corps, un seul esprit et un seul pain de Jésus-Christ; son sacrifice, son temple, et un membre de son corps, « quand nous sommes unis à » Jésus-Christ comme à notre chef dans le baptême. » Celui donc, continue-t-il, qui est fait un membre 11 de Jésus-Christ dans le baptême, peut -il ne re- 1) cevoir pas ce qu'il devient? Puisqu'il est fait le >< vrai membre du corps , dont le sacrement se Il trouve dans le sacrifice, il devient donc par la » régénération du saint baptême ce qu'il doit rece- 11 voir ensuite dans le sacrifice de l'autel. »
Saint Fulgence démontre par là qu'il ne faut pas être en peine du salut d'un homme baptisé, quand il mourrait sans communier; puis(ju'il a reçu par avance dans le baptême ce qu'il y a de principal dans la communion, qui est d'être incorporé à Jésus-Christ , et par conséquent participant du salut que trouvent en lui ceux qu'il fait les membres de son corps. Mais afin qu'on ne pensât pas que cette doctrine lui fut particulière, il insère dans sa lettre un sermon de saint Augustin aux enfants, c'est-àdire aux fidèles nouvellement baptisés , où cet incomparable docteur leur enseigne : qu'ils sont le corps de Jésus-Christ , qu'ils sont un seul pain, et que cela leur est donné par le baptême ; qu'ils y sont moulus comme le grain : qu'ils y sont comme pétris par l'eau baptismale : qu'ils y sont cuits par le feu du Saint-Esprit : que par là ils sont ce qu'ils voient sur l'autel, et qu'ils y reçoivent ce qu'ils sont. Que nos adversaires n'aillent pas ici sortir de la question, et songer aux difficultés qu'ils se forgent dans ce passage , contre la présence réelle, pendant qu'il s'agit de vider celle de la nécessité de l'Eucharistie. On ne peut ni on ne doit tout dire à toute occasion et en tout lieu; et tout ce que je prétends ici, c'est de conclure avec saint Fulgence : « qu'il s'ensuit indubitablement de ces paroles de » saint Augustin, que chaque fidèle participe au « corps et au sang de Jésus-Christ , quand il est 11 fait membre de Jésus-Christ par le baptême, et 11 qu'il n'est pas privé de la communion de ce pain 11 et de ce calice, encore qu'il meure sans en avoir 11 ni mangé ni bu. Car il ne perd point la commu- » nion et le fruit de ce sacrement, puisqu'il se » trouve être déjà ce que ce sacrement signifie; » c'est-à-dire, qu'il est lui-même le corps de Jésus- Christ à sa manière, comme étant un membre vivant du corps de l'Eglise dont Jésus-Christ est le chef^. »