‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 319 sur 631 · Bossuet remarquo, à la marge de son manuscrit, que saint · texte numérisé non relu

Bossuet remarquo, à la marge de son manuscrit, que saint

DÉFENSE DE LA TRADITION SUR LA COMMUNION

Il faut donc conclure de là, que, selon la doctrine de saint Augustin, tout baptisé, qui a reçu le fruit du baplôme , a reçu au fond dans le même temps la grâce du sacrement de l'Eucharistie, et par conséquent avec la vie nouvelle le gage du salut éternel.

Saint Fulgence aurait pu conclure la même chose de cent autres passages de saint Augustin, où il enseigne , après l'Ecriture , que par le baptême nous sommes régénérés, renouvelés, jusliliés, adoptés, et enfants de Dieu : que la rémission de tous nos péchés nous y est donnée, l'image de Dieu réformée en nous , sa grice répandue dans nos cœurs , et d'autres choses semblables , qui font voir que le baptême est suffisant par lui-même pour assurer notre salut; puisqu'il n'est pas possible, je ne dis pas que saint Augustin et les autres Pères, mais qu'aucun homme, quel qu'il soit, ait pu s'imaginer qu'on fût damné avec tous ces dons. Tout cela n'empêche pourtant pas que sur le fondement de cette parole : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et ne buvez son sanij, vous n'aurez pas la vie eu vous : les Pères n'aient pu dire que l'Eucharistie était nécessaire, et même absolument nécessaire, au môme sens qu'on dit que la nourriture l'est aussi; mais non pas absolument de la même sorte et au même sens que le baptême. Le baptême nous est nécessaire pour nous donner la vie; la nourriture céleste de l'Eucharistie est nécessaire pour l'entretenir. Ainsi elle la suppose, et l'on peut vivre, du moins quelque temps, sans l'Eucharistie, comme on peut vivre quelque temps sans nourriture. N'importe que la ressemblance ne soit peut-être pas tout à fait exacte. Pousser à bout l'exactitude de la ressemblance, et la prendre en toute rigueur dans ces matières morales, c'est faire dégénérer la théologie en chicane. Il suffit qu'en général il soit vrai de dire que le baptême donne la vie , comme l'Eucharistie l'entretient, et que, toutes proportions gardées, elle est aussi nécessaire pour l'entrelcnir que le baptême pour la donner. C'en est assez pour vérifier ce que les Pères ont dit de la nécessité de l'Eucharistie. Ils n'ont pas eu besoin de descendre au degré de nécessité, ni à l'exacte comparaison de la nécessité des deux sacrements, à cause que de leur temps on les donnait tous deux ensemble. Mais cinq raisons démontrent invinciblement qu'ils ont eu en tout et partout la même croyance que nous. La première, qui seule serait décisive, c'est que, lorsque la question leur est expressément pro|)osée , ils répondent comme nous faisons sur les principes de la Tradition, ainsi qu'on vient de le voir dans saint Fulgence. La seconde, qu'ils ont posé si clairement la parfaite justification et rémission des péchés par le seul baptême, qu'ils n'en ont pu ignorer une conséquence aussi claire, que celle du salut de ceux à qui tous les péchés étaient pardonnes. La troisième, qui revient à la môme chose , mais que nous pouvons distinguer pour un plus parfait éclaircissement, qu'ils supposent si bien avec nous tous les péchés pardonnes dans le baptême, que comme

Augustin parle dans son sermon cccxxiv d'un enfant mort catéchumène , et r.'8suscité à la prière de sa mère , et que le saint docteur, en racontant tous les sacrements qu'on donna k cet entant ressuscité, ne dit pas un mot de TEuchanstie. (Edit. de Paris.)

nous ils enseignent qu'on reçoit l'Eucharistie indignement, quand on la reçoit dans le crime. La quatrième, qui dépend aussi du même principe, qu'ils conviennent avec nous dans la commune notion de l'Eucharistie comme nourriture , qui par conséquent suppose la personne déjà vivanle , puisqu'elle ne fait qu'entretenir la vie. La cinquième, qui est une suite de tout le reste, qu'en effet, lorsqu'ils ont parlé de ce qui est absolument et indispensablement nécessaire, ils n'ont marqué que le baptême; ce qui parait en ce que le baptême, comme absolument nécessaire , a été mis dans le cas de nécessité entre les mains de tous les fidèles, dont il y a, comme on sait, une infinité de témoignages dans les Pères, et en particulier beaucoup de très-exprès dans saint Augustin. Or, jamais ils n'ont mis la consécration et la distribution de l'Eucharistie entre les mains de tous les fidèles; mais ils l'ont toujours réservée à l'ordre sacerdotal. Ils n'ont donc jamais connu le cas où l'Eucharistie fut d'une môme nécessité que le baptême.

C'en est assez pour une question qui n'est pas de notre dessein , et dont nous avons à dire d'autres choses en un autre lieu. J'ajouterai seulement que, de quelque manière qu'on décide la question de la communion des petits enfants, l'argument que nous en tirons est toujours également invincible. Car comme je l'ai déjà dit dans le Traité de la Communion' : Lorsque l'Eglise a communié les petits enfants sous la seule espèce du vin, et en d'autres occasions sous celle du pain , ou elle jugeait ce sacrement nécessaire à leur salut , ou non : si elle ne le jugeait pas nécessaire , pourquoi se presser de le donner, pour le donner mal? Si elle le jugeait nécessaire , c'est une nouvelle démonstration qu'elle croyait tout l'effet du sacrement renfermé sous une seule espèce.

Voilà en effet une parfaite démonstration, ou jamais il n'y en aura en matière de théologie. Aussi vois-je que mes adversaires n'ont rien à y répondre; de sorte que ce qu'ils disent du sentiment des anciens sur la nécessité de l'Eucharistie, n'est qu'un pur amusement pour détourner les esprits de la question principale, ou plutôt et à dire vrai, c'est l'effet du malheureux intérêt qu'ils ont à décrier l'ancienne Eglise, qui les condamnant en tant de choses , les condamne en particulier dans la matière que nous traitons, par la communion qu'elle a donnée aux enfants, tantôt sous la seule espèce du pain, tantôt sous celle du vin aussi toute seule. C'est ce qui attire aux anciens les mépris que les protestants leur témoignent tout ouvertement, et ce qui fait dire à ces messieurs, avec un air presque triomphant, ces odieuses paroles : C'est l'erreur des six premiers siècles : c'est l'erreur de l'ancienne Eglise.

CIIAriTRE xxxin.

De la communion donnée sous la seule espèce du pain aux enfants plus avancés en âge. Histoire rapportée par Evagrius et par Grégoire dn Tours. Second concile de Mdcon.

J'ai fait voir, dans le Traité de la Communion, que l'Eglise qui approuvait la communion sous une espèce en donnant le sang tout seul aux petits en-

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