‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 32 sur 631 · Tab., Lett. vi, p. 268. — 2. Tah., Leit. vu, p · texte numérisé non relu

Tab., Lett. vi, p. 268. — 2. Tah., Leit. vu, p

tant d'autres doctrines , que la Réforme avait d'abord rejetées si loin. Avouons donc à M. Jurieu que son principe est certain, et prions-le de s'en souvenir en d'aulros occasions : mais en celle-ci visiblement il a oublié ce qu'il vient de dire. Une erreur est bien éclaircie, lorsqu'elle est bien réfutée par les Ecritures , que la foi de tous les siècles y parait manifestement opposée, et qu'à la lin elle est condamnée par l'autorité de l'Eglise et de ses conciles. Or, M. Jurieu vient de nous dire, qu'encore à présent l'erreur qu'il atlribueaux trois premiers siècles ne peut être ni réfutée par l'Ecriture, ni convaincue du moins par la Tradition et par le consentement de tous les siècles; et que, loin d'être condamnée par aucun concile, elle ne l'est pas môme dans celui de Nicée, où la matière a été traitée , délibérée, décidée expressément; qu'au contraire elle y a été confirmée. Il n'est donc encore arrivé à cette matière aucun nouvel éclaircissement , par où l'erreur des trois premiers siècles soit moins tolérable qu'alors. Bien plus , ce n'est pas mémo une erreur contre la foi; puisque M. Jurieu nous apprend qu'elle ne peut ôtre déiruite que par les idées philosophiques que nous avons aujourd'hui. Or la foi n'est pas d'aujourd'hui ; elle est de tous les temps : la foi n'attend pas à se former ni à se régler par les idées philosophiques; et il est autant tolérable d'être mauvais philosophe, pourvu qu'on soit vrai fidèle, maintenant que dans les siècles précédents : et la raison est que la foi tient lieu de philosophie aux chrétiens. Ainsi M. Jurieu ne sait ce qu'il dit, et on ne sait sur quoi appuyer son intolérance; par conséquent voilà en un mot sa première raison par terre; la seconde ne tiendra pas plus longtemps.

GVIII. Qu'en tolérant les erreurs qu'il attribuait aux trois premiers siècles en l'an 1689, le ministre est contraint de tolérer une partie très-essentielle de l'arianisme et du socinianisme. — Les Pères n'étaient, dit-il, ni sociniens ni ariens; donc, pour les avoir tolérés, on ne doit pas pour cela avoir la même condescendance pour ces hérétiques. Il est aisé de lui répondre selon ses premières Lettres. Les anciens* la vérité n'étaient ni ariens ni sociniens à la rigueur; mais ils disaient toutefois que les trois Personnes divines n'étaient pas égales; qu'elles n'étaient pas distinctes les unes des autres de toute éternité; que le Fils do Dieu n'était qu'un germe et une semence devenue personne dans la suite; et enfin, que la Trinité ne commença d'être qu'un peu avant la création de l'univers; ce qui emportait une partie très-essentielle de l'arianisme et du socinianisme. Il les eût pourtant tolérés avec ces erreurs, comme on a vu : il eût donc toléré une partie essentielle de l'erreur arienne et socinienne.

CIX. Que le ministre, en se corrigeant dans ses lettres de ItiOO, lai.'ise les erreurs qu'il aurihue aux trois premiers siècles également intolérables. — Mais on dira qu'il s'est mieux expliqué dans les Lettres de cette année. Point du tout : car il persiste dans la même erreur sur l'inégalité des personnes; puisqu'il y soutient encore que les anciens , dont il reconnaît que la doctrine est irréprochable, font le Fils et le Saint-Esprit inférieurs au Père en opération et en perfection; de vrais ministres au-dessous de lui, produits dans le temps, et si librement selon quelque chose qui est en eux, qu'ils pouvaient

ÉTAT PRESENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

n'être pas produits à cet égard; imparfaits dans l'éternité, et acquérant avec le temps leur entière perfection; le Fils de Dieu en particulier devenu Verbe dans le temps, de sagesse qu'il était auparavant. Voilà ce que dit encore le ministre dans ces Lettres, où il prétend redresser son Système. Il est vrai qu'il s'est redressé en quelque façon sur la distinction des personnes : parlons franchement; il s'est dédit : et au lieu que la Trinité n'était pas distincte d'abord, et selon ses premières Lettres; par les secondes elle est seulement développée. Mais il ne se tire pas mieux d'afl'aire par cette solution; puisque de son propre aveu la divinité y demeure divisible, corporelle, et, sans contestalion, muable; ce qui est une partie des plus essentielles de l'erreur socinienne , ou quelque chose de pis.

Il est ici arrivé à M. Jurieu ce qui lui arrive toujours, comme à tous ceux qui se trompent et qui s'entêtent de leur erreur. Occupé et embarrassé de la difficulté où il est , il oublie les autres. Il songe à parer le coup de l'arianisrae des Pères; et comme si la saine doctrine consistait toute en ce point , dans les autres il la laisse sans défense, et également exposée à des coups mortels. Parlons net : la spiritualité et l'immutabilité de l'Etre divin ne sont pas moins essentielles à la perfection de Dieu , que la divinité de son Verbe. Si donc vous souffrez l'erreur qui attaque ces deux attributs divins , de l'un à l'autre on vous poussera sur tous les points; et dussiez-vous en périr, il vous faudra avaler tout le poison de la tolérance. Votre seconde raison n'est donc pas meilleure que la première. Il ne vous reste que la troisième, qui est sans comparaison la pire de toutes.

ex. Que le ministre, poussé par les catholiques et les tolérants ne peut se défendre contre eux que par des principes contradictoires. — « Quand il se- » rait vrai , dites-vous', ce qui est très-faux, que » ces anciens par ignorance (il ajoute après, ou par » surprise) seraient tombés dans une erreur appro- » chante de l'arianisme, il ne serait point vrai que 10 ce fût la foi de l'Eglise d'affirs ; ce serait la Ihéo- » logie des philosophes chrétiens. » Songez-vous bien, M. Jurieu, à ce que vous dites ? Les tolérants vont vous accabler. Dans une hérésie aussi dangereuse que l'arianisme, ou dans les erreurs approchantes, vous tolérez les Pères à cause de leur ignorance ; c'est pour la même raison et en plus forts termes, que les tolérants vous demandent que vous tolériez les peuples. Si dans la grande lumière du christianisme, les docteurs de l'Eglise ont pu ignorer dans la nature divine sa parfaite immutabilité, et dans les Personnes divines leur égalité entière; pourquoi ne voulez-vous pas qu'un peuple grossier puisse ignorer innocemment les mêmes choses ou d'autres aussi sublimes? Mais si l'immutabilité de Dieu, qui est si claire à la raison humaine, a été cachée aux maîtres de l'Eglise; pourquoi les disciples seront-ils tenus à en savoir davantage? et avec quelle justice les obligez-vous à concevoir des mystères plus impénétrables? Que faire dans cette occasion, puisqu'il faut changer de principes, ou donner gain de cause aux tolérants? Mais voici encore pour vous un autre embarras. Dites-moi, que

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