‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 33 sur 631 · Lettre vu, p · texte numérisé non relu

Lettre vu, p

prétendiez-vous quand vous avez étalé ces grossières erreurs des anciens? Assurément vous vouliez combattre cette dangereuse et ignorante maxime de l'évoque de Meaux , « que l'Eglise ne varie jamais » dans l'exposition de la foi : et que la vérité catho- » lique, venue de Dieu, a d'abord sa perfection'. » Pour détruire cette maxime, il fallait trouver quelque chose qu'on pût appeler la foi de l'Eglise et la vérité catholique, où vous puissiez montrer quelque changement ; et pour cela vous accusez d'erreurs capitales tous les anciens sans en excepter aucun. Il faut maintenant changer de langage : cela était bon contre l'évèque de Meaux; mais contre les tolérants ce n'est plus de même : et quand toute l'antiquité serait tombée dans une erreur approchante de l'arianisme, « ce ne serait pas, selon » vous, la foi de l'Eglise d'alors, mais seulement la » théologie des philosophes chrétiens-. »

CXI. Illusion du ministre, et démonstration plus manifeste dans ses contradictions. — Le ministre se sera sans doute ébloui lui-même, comme il tâche de faire les autres , par celte nouvelle expression , la théologie des philosophes. Mais que lui sert d'exténuer parce faible litre la qualité des saints Pères? Les tolérants, qu'il veut contenter par ce grossier artifice , sauront bien lui reprocher que ces philosophes chrétiens c'étaient les prêtres, c'étaient les évoques, les docteurs et les martyrs de l'Eglise : enlin c'étaient ces savants de M. .Jurieu , qui dans ces siècles d'ignorance « où le savoir était si rare » entre les chrétiens, entraînaient la foule dans leur » opinion^. » En un mot , où c'était ici par la bouche de ces saints docteurs une exposition de la foi de toute l'Eglise; et le ministre ne peut s'empêcher du moins de la tolérer : ou c'était l'exposition de quelques particuliers; et il n'a point prouvé contre moi les variations de l'Eglise.

GXII. Etrange constitution des trois premiers siècles, où, selon le sentiment du ministre, la foi du peuple demeurait pure, pendant que celle de tous les docteurs, sans en excepter aucun, était corrompue. — Mais voici la dernière ressource. Au milieu de ces pitoyables erreurs de tous les docteurs de l'Eglise, sans en excepter aucun, il veut que la foi demeure pure; et, dit-il'*, « ces spéculations » vaines et guindées des docteurs de ce temps-là » n'empêchaient pas la pureté de la foi de l'Eglise, » c'est-à-dire, du peuple; cela ne passait pasjus- » qu'à lui. » Jamais il ne voudra voir la difïîculté : car premièrement , quelle faiblesse de mettre l'Eglise et la pureté de la foi dans le peuple seul ! « Cela, dit-iP, n'empêchait pas la pureté de la foi » de l'Eglise , c'est-à-dire, du peuple : » comme si les pasteurs et les docteurs , et encore des docteurs martyrs , n'étaient pas du moins une partie de l'Eglise, si ce n'était pas la principale. Cela, dit-il, ne passait pas jusqu'au peuple. Mais quoi ! ne lisait-il pas les livres de ces docteurs? Et qui a dit à M. Jurieu que ces docteurs n'enseignaient pas de vive voix ce qu'ils mettaient par écrit? Je veux bien croire que les docteurs ne prêchaient pas au peuple leurs spéculations vaines et guindées , comme les appelle le ministre : mais venons au fait. Par où

1. Hist. des Var., Pref., n. 2, 7; Tab., Lell. \1, art. 4, p. 277. — 2. Tab., Lelt. vu, p. 555. — 3. Lett. vu de 1689, p. 49. — 4. P. 269. — 5. Idem.

SIXIKMK ET L)i;UNIEM AVERTISSEMENT.

passait dans le peuple la perfeclion et l'immutabilité de Dieu avec l'égalité de ses personnes, pendant que ces docteurs ne les croyaient jias, et n'en avaient (pi'nne idée confuse et fausse 1 Est-ce peutélro qne durant ces temi)S, et dans ces siècles que le niinisti-c veut appeler les plus purs, le peuple se sauvait déjà, comme il rimapine dans les siècles les plus corrominis, en croyant ])ien pendant qu'on le prêchait mal , et en discernant le bon grain d'avec l'ivraie? S'il est ainsi, ces siècles, dont on nous vante d'ailleurs la pureté, sont les plus impurs de tous; puisque les erreurs qu'on y enseignait étaient plus mortelles; puisque c'était l'essence de Dieu et l'égalité des personnes ((u'on y attaquait; puisqu'enfin on y renversait tous les fondements. Ces siècles avaient" donc besoin d'un réformateur, et le ministre en convient par ces paroles : « Car, dit-il', il n'eut n fallu qu'un seul homme pour faire revenir les an- » ciens Pères , et pour les avertir seulement de l'in- » compatihililé de leur théologie avec la souveraine » immutabililé de Dieu. » Mais enfin cet homme manquant, que pouvaient-ils faire? l'Ecriture ne leur montrait pas ce divin allribul : ils ne furent pas assez philosophes pour le bien entendre; le peuple moins philosophe encore n'y voyait pas plus clair : que résullait-il de \h, sinon que Dieu passât pour changeant , et la Trinité pour imparfaite?

CXIII. Aulre.^ illusions du niinislre : comme il fuit la difflcuUé : son mépris pour les premiers siècles , en faisant semblant de les honorer. — Le ministre croit m'étonner en me demandant si je proche à mon peuple les notions, les relations, les propriétés des trois divines Personnes; et il est assez ignorant pour se moquer en divers endroits de ces expressions de l'Ecole". Mais que veul-il dire? Veut-il nier qu'au lieu qu'il est commun au Père et au Fils, par exemple, d'ôlre Dieu et d'être éternel, il ne soit pas propre au Père d'être Père, comme au Fils d'être Fils, et que cela ne s'appelle pas des propriétés; ou qu'êlre Père, être Fils, et être l'Esprit du Père et du Fils, ne soient pas des termes relatifs; ou que les Personnes divines n'aient pas des caractères pour se distinguer, ou que ce ne soient pas ces caractères qu'on appelle notions? S'il lisait les anciens docteurs dans un autre esprit que celui de contention et de dispute , il aurait vu dans saint Âthanase, dans saint Augustin, dans tous les Pères, et dès le commencement de l'arianisme dans saint Alexandre d'Alexandrie , ces relations , ces propriétés, ces notions et ces caractères particuliers des personnes. Il s'imagine que nous croyons avoir compris le mystère, quand nous avons explitiué ces termes; au lieu que dans l'usage de l'Ecole ce ne sont pas là des idées qui rendent des choses claires, ce qui est réserve à la vie future; mais des termes pour en parler correctement et éviter les erreurs. C'est pouniuoi, lorsqu'il me demande si je prêche tout cela au peuple dans mes catéchismes, sans doute je prêche au peu[ile et aux |ilus |)etils de l'Eglise , selon le degré de capacité où ils sont parvenus, que le Père n'a point de principe, c'est-à-dire en autres termes qu'il est le premier, et qu'il ne faut point remonter jusqu'à l'infini : c'est cela et les autres choses aussi assurées qu'on appelle les notions, sans en faire un si grand mystère ; et le

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