CHAPITRE XXXIV
Be la communion sous une espèce clans l'office public de l'Eglise.
A MESURE que nous avançons dans ce Traité, nos prouves se l'orti lient visiblement , et celle que nous allons rapporter est tout ensemble la plus importante et la plus claire. J'ai soutenu aux ministres, avec tous les auteurs catholiques, que la communion était si indifférente sous une ou sous deux espèces, que dans l'Eglise même et dans l'ollice public, où l'on ]irésentail l'une et l'aulre, il était libre de n'en prendre qu'une seule; et la chose va maintenant paraître si claire, après les réponses de mes adversaires, qu'il n'y aura plus moyen d'en dnut(M'.
Il s'agit, avant toutes choses, d'un passage de saint Léon et d'un autre de saint Gélase , son disciple et son successeur. Mais avant que de rapporter celui de saint Léon , et pour en bien pénétrer le sens, il sera bon de remarquer, avec M. de la Roque^, « que Léon parle contre les manichéens , n qui avaient en horreur le vin, qu'ils regardaient » comme une production du diable , et qui niaient » que le Fils de Dieu eût versé son sang pour » notre rédemption , croyant que ses souffrances » n'avaient qu'une illusion et une apparence troni-
1. Ord. rom., t. x. Bibl. PP., col. 9.— 2. La Roque , 1 1. part., ch. vu, p. ISS.
» pense. » C'était pour ces deux raisons que ces hérétiques ne communiaient pas au sang de Notre Seigneur, et qu'ils le retranchaient de l'Eucharistie; ce que je prie le lecteur de bien remarquer. « Ce- » pendant, poursuit M. de la Roque, pour n'être » pas découverts, ils se mêlaient avec les fidèles » dans l'église, et approchaient de la sainte table; » mais après avoir reçu le pain, ils évitaient adroi- » tement la communication du calice. » C'est contre ces hérétiques que saint Léon parle en ces termes' : « Pour couvrir leur impiété, ils ont la hardiesse » d'assister à nos mystères, et voici comment ils se » gouvernent en la communion des sacrements. » Pour se cacher plus sûrement, ils reçoivent avec » une bouche indigne le corps de Jésus-Christ; » mais ils évitent absolument de boire le sang de » notre rédemption. C'est pourquoi nous voulons » que Votre Sainteté le sache, alin que ces sortes » d'hommes vous soient manifestés par ces mar- » ques , et que ceux dont la dissimulation sacrilège » aura été découverte , soient marqués et chassés » de la société des saints par l'autorité sacerdotale. » Pour accommoder le discours de ce grand pape à la discipline de son temps, il faut de nécessité faire concourir ces deux choses à l'égard des manichéens : la première, qu'ils aient pu se cacher dans l'assemblée des fidèles, en n'y communiant que sous une espèce : la seconde, qu'ils aient pu être découverts avec le temps. J'ai parfaitement satisfait à ces deux besoins, en disant, d'un côté, que, dans l'assemblée des fidèles, il élait libre de communier sous une ou sous deux espèces sans quoi les manichéens n'auraient pas pu s'y cacher; et de l'autre, que la perpétuelle affectation d'éviter la communion du sang de Notre Seigneur ne pouvait manquer dans la suite de les faire découvrir.
M. de la Roque perd ici beaucoup de paroles, pour me plaindre du malheur que j'ai de faire des réflexions si peu solides; et j'avais, dit-il-, attendu toute autre chose de M. de Meaux. Je reconnais ici la méthode ordinaire des ministres. C'est quand ils sont aux abois , qu'ils tâchent d'amuser le monde par ces belles et éblouissantes figures. Au lieu de ces vains discours, il fallait songer à mettre l'espèce d'une si grave ordonnance de saint Léon. Ce grand pape, qui , selon M. de la Roque, était un homme de mérite^ (car c'est la fade louange que lui donne ce ministre), ne discourait pas en l'air; et il faut trouver un cas conforme à la discipline du temps, qui s'ajuste avec son discours. Je l'ai posé clairement ce cas nécessaire; puisqu'on supposant qu'il élait libre de prendre ou de ne pas prendre le sang de Noire Seigneur, je suppose en même temps qu'il élait pris irès-souvent, et môme ordinairement par ceux qui n'y entendaient pas la même finesse que les manichéens. Que le ministre ne travaillaitil à poser de son côlé un cas qui convînt avec sa croyance? Il n'y songe seulement pas, tant il a désespéré de le trouver : il ne dit pas un seul mot, ni pour expliquer comment les manichéens auraient pu , en ne prenant qu'une espèce, se cacher dans une assemblée où tout le monde prenait nécessairement toutes les deux, ni comment ils auraient pu s'empêcher d'être découverts à la longue, par une