‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 331 sur 631 · LES CHRÉTIENS FAISAIENT LA CO.NSÉCRATIO.V PE.NDANT · texte numérisé non relu

LES CHRÉTIENS FAISAIENT LA CO.NSÉCRATIO.V PE.NDANT

» l'espace DE MILLE ANS. » Ils UB la faisaient donc pas par le mélange, sans paroles : ils la faisaient par des prières, et celle du sang comme celle du corps; car il s'agit ici de l'une comme de l'autre , et l'on ne dit pas moins à Dieu : Faites de ce vin le sang du Sauveur, qu'on lui dit : Faites de ce pain son corps.

Il dira qu'il a décrit en ce lieu la consécration accoutumée, de la manière qu'elle se fait dans toutes les messes de l'année avec ses cérémonies ordinaires^. Car c'est ce qu'il insinue dans la Réponse qu'il a faite contre moi ; mais c'est par où je le prends. Car dans le canon d'Orange ce n'est pas d'une messe du vendredi saint, d'une messe des présanclifiés, ou d'une messe imparfaite qu'il s'agit : c'est de la messe à l'ordinaire, où l'on ofl're le calice avec le pain, ce qui ne se faisait pas le vendredi saint, ni dans la messe des présanctiflés. Donc à la messe dont il est parlé dans ce canon , la consécration, même du calice, se faisait à l'ordinaire par la prière, et non sans paroles par le mélange; et en ce lieu le mot consécration , nécessairement veut dire autre chose que la consécration proprement dite, où le vin est changé au sang; donc M. de la Roque abuse le monde.

N'importe qu'il favorise les Grecs d'aujourd'hui , et qu'en avouant qu'on trouve dans toutes les liturgies avec les paroles de l'institution : Ceci est mon corps , ceci est mon sang , les prières pour changer les dons; il aime mieux attribuer un si merveilleux efi'el à la prière des hommes, qu'à la parole de Jésus-Christ : n'importe qu'il accuse à faux l'Eglise romaine d'aujourd'hui d'omettre la prière , où l'on demande que le pain soit fait le corps, et le tin le sang : puisque nous la faisons encore aussi bien que les Grecs, et que la seule dilTérence qu'il y ait entre eux et nous, c'est que nous la faisons devant, et eux après les paroles de l'institution : n'importe qu'envenimé contre l'Eglise romaine, il l'accuse

1. Hist. de l'Euchar., I. part.,ch. vu, pag 73. — 2. La Xoq., p. 215.

DÉFENSE DE LA TRADITION SUR LA COMMUNION

sans fondcmcnl d'avoir tronqué son ancienne lilurgie au préjudice de la pratique qu'elle avait suivie durant mille ans. Tout cela est vain , tout cela est faux; la liturgie de l'Eglise romaine se trouve de mot à mot comme on la dit aujourd'hui, dans des volumes et dans des auteurs (|ui ont neuf cents ans et mille ans d'antiquité, qui devaienl donc, selon lui, avoir précédé ce rclrancliemeiit qu'il prétend avoir été l'ait. Mais enlin , quand tout cela serait aussi vrai qu'il est visiblement fau.x , ceci nous demeurera toujours , que dans l'Occident comme dans l'Orient, durant mille ans, on a l'ait la consécration, du moins ordinaire, tant celle du sang que celle du corps, par des paroles : donc les Pères d'Orange, qui vivaient en 441, la faisaient ainsi; et ne la faisaient pas par conséquent par le mélange ; donc la consécration dont ils parlent n'est pas celle dont il s'agit, où le vin est changé au sang : donc, encore une fois, M. de la Roque abuse de la foi publique.

La seconde chose par où il s'est lui-même convaincu de faux, c'est ce qu'il dit de l'oblation. Car, voici comment il raconte l'ordre de la messe et les oblations qui se font dans les anciennes liturgies'. La première est celle du peuple qui présente ses dons à l'autel; c'est-à-dire, son pain et son vin : la seconde, selon lui, est l'oblation qu'on faisait à Dieu de ces mêmes dons dans le propre moment qu'on les consacrait ; et ici il rapporte encore une fois les paroles consécratoires. Continuant à nous raconter la suite de la liturgie^, il dit qu'après cette oblalion où la consécration se faisait, on venait à la fraction, qui par ce moyen supposait la consécration déjà faite. Or, le mélange dont il est parlé dans le concile d'Orange suit la fraction; puisque sans doute on ne mettait pas un pain entier dans le calice, mais la parcelle d'un pain rompu. Ce mélange donc, qui supposait la fraction, supposait à plus forte raison la consécration au sens dont il s'agit en ce lieu. Et voilà, pour la troisième fois, M. de la Roque qui abuse des mots contre sa propre science et contre ce qu'il a lui-même enseigné, quand il a écrit la chose à fond. Il ne fait donc qu'éblouir les simples et les ignorants, et il attire sur lui la malédiction de celui qui dit : Maudit l'homme qui fait errer l'avewjle dans son chemin, et qui lui met un empêchement devant ses pieds pour le faire trébucher^.

Qu'est-ce donc que cette consécration dont parle le canon d'Orange, et que M. de la Roque fait tant valoir? D'un côté, je ne suis pas obligé de m'en mettre en peine; puisque déjà, de l'aveu de M. de la Roque , ce n'est pas ce que M. de la Roque prétend ; mais d'autre crtté, la chose est si aisée et si triviale, que j'aurais tort de la taire à nos frères. PersoiHie n'ignore les divers sens que les anciens interprètes de la liturgie donnent au mot consécration. Il se prend ordinairement et dans sa propre signilication pour l'endroit jirécis où les dons sont changés au corps et au sang : il se prend aussi quehjuefois pour ce qu'on fait dans la liturgie envers le corps et le sang, pour honorer les mystères de Jésus-Christ et signilier la sanctitication de son corps mystique. Le corps et le sang mêlés ensemble

1. Hial. de l'Euchar., I. part., ch. vm, p. 88, 89. — 2, Idem' ch. IX, p. 109. — 3. Deul., xxvii, IS; Lcvit., xix. 14.

dans l'Eucharistie, comme nous l'avons déjà dit, représentent dans leur union, celle qui fut faite à la résurrection de Notre Seigneur : le sang est uni au corps, comme à la source d'où il est sorti pour notre salut, et découvre au peuple fidèle un nouveau principe de grâce dans la résurrection de Notre Seigneur. Voilà le sacré mystère et la consécration que ce mélange contient. Que les ministres disent ce qu'il leur plaira de ce langage mystique : il est certain qu'il est ecclésiastique et bien connu des anciens; et s'ils veulent quelque chose de plus simple, Alcuin leur dira que ce mélange du corps et du sang s'appelle consécration par cette raison particulière, à cause que par ce moyen le calice de Notre Seigneur contient toute la plénitude de son sacrement'. Mais, quoi qu'il en soit, toujours demeurera-t-il pour constant qu'en ce lieu le mot consécration ne peut signilier ce que M. de la Roque a prétendu. Tout ministre de bonne foi, interrogé par un protestant, l'avouera sans peine. Ainsi, après nous avoir vanté les anciens Grecs et les anciens Latins, M. de la Roque, destitué du canon d'Orange où il avait mis sa principale conliance et la seule preuve authentique qu'il ait rapportée, n'aura pour tout ancien parmi les Grecs que Michel Cérularius, qui commença le schisme en lOôO, et n'aura parmi les Latins qu'une parole équivoque de l'Ordre romain, neuf cents ans après les apôtres.

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