Tom. n.liibl. PP., col. 2U1. — 2. La Roq.,i,ag
sous UNE ESPECE.
SECONDE PARTIE
cralion par la parole. Auberlin, Daillè, le Sueur, en un mot, tous les ministres en conviennent, et M. de la Roque même avec eux tous. Mais peut-être qu'au neuvième siècle on aura changé cette doctrine. Non : Alcuin y persiste, comme on vient de voir : elle est dans Amalarius; on l'a vu aussi, Isaacde Langres, leur contemporain, l'a enseignée, et il attribue la consécration aux paroles de Jésus- Christ répétées dans le canon : « Paroles , dit ce » grand évoque', qui ont toujours leur efl'et, parce » que le Verbe qui est toujours la vertu , dit et l'ait » tout à la fois; de sorte qu'il se fait ici à ces pa- » rôles, contre toute raison humaine, une nouvelle » nourriture pour l'homme nouveau, un nouveau » Jésus né de l'Esprit, une hostie venue du ciel. » On a vu le sentiment de Rémi d'Auxerre; on a vu celui de Florus, tous auteurs du temps : et afin qu'on n'ignorât pas celui des siècles suivants, j'ai produit Hildebert du Mans^, depuis transféré à Tours, qui explique formellement, « que par les » paroles de Jésus-Christ répétées, le pain et le vin 1) acquièrent de nouvelles forces : que la nature » est changée sous le signe de la croix et sous la » parole : que le pain honore l'autel en devenant » corps, et le vin en devenant sang'. » Tout ceci a été produit dans le Traité de la Communion et a passé sans contredit. Mais, dit M. de la Roque, tous ces Pères parlaient de la consécration à l'ordinaire. Mais cette consécration extraordinaire, où paraitelle? Est-ce dans l'Ecriture sainle? M. de la Roque ne songe pas seulement à l'y trouver. L'Ecriture ne nous marque pas une autre manière de consacrer le baptême que par les paroles évangéliques. Elle nous apprend de même qu'il faut bénir l'Eucharistie, et non-seulement le pain, mais encore le calice; puisque même c'est du calice que saint Paul a dit spécialement : Le calice de bénédiction que nous bénissons. U faut donc ici des paroles, quelles qu'elles soient; car ce n'est pas de quoi nous avons ici à disputer. L'Eglise n'en a jamais douté, et je n'ai pas besoin de le prouver à ^L de la Roque, puisqu'il en convient. Pourquoi donc inventer ici une manière de consacrer extraordinaire, et d'où vient que cette nouvelle consécration ne se trouve que le vendredi saint? Que dirait-on de celui qui s'irait imaginer qu'il y aurait quelque jour de l'année où l'on pourrait baptiser sans les paroles solennelles? Une telle absurdité est-elle jamais entrée dans l'esprit? Celte vertu de changer le vin en sang par son attouchement, ne se Irouve-t-elle qu'un seul jour dans le corps de Jésus-Christ? Et d'où vient que dans tout le cours de l'année on ne se sert jamais de cette formule muetle? Si c'est à cause que le sacrement ne se doit régulièrement consacrer que par la parole, où a-t-on vu que l'office du vendredi saint ait été dispensé de cette règle? Qui empêchait de réserver le vin consacré, comme on réservait le pain du jour précédent, puisqu'aussi bien il ne s'agissait de le réserver qu'un seul jour? S'il est \Tai, comme le prétendent nos adversaires, que la réserve du sang fut dans l'Eglise aussi ordinaire que celle du corps; d'où vient qu'on n'aimait pas mieux s'en servir dans l'office du vendredi saint, que d'y introduire une
1. Spicil., tom. i.p. 351. — 2. Traité de la Communion, p 263. — 3. Tom. X. Bihl. PP., col. 841, 815.
B. — T. IV
manière de consacrer, dont jusqu'alors on n'avait point trouvé d'exemple?
Mais enfin, dit le ministre, c'est un fait. C'est un fait, qu'il se trouve dans l'Ordre romain que le pain sanctifié sanctifie le vin' : mais que cette sanctification signifie ce qu'on lui veut faire dire, ou qu'elle doive être prise dans un autre sens, ce n'est plus un fait constant; c'est une question à décider. Mais par où expliquera-l-on une expression ambiguë, si ce n'est par ce qui a toujours passé pour constant? Il y a des singularités si absurdes et des choses si inouïes, qu'on ne doit pas présumer qu'elles tombent dans la pensée de l'Eglise. Mais pénétrons ce que veut dire M. de la Roque, lorsqu'il prétend ici nous réduire au fait : « Il ne s'agit pas ici, dit-iP, » du droit, mais du fait; il ne s'agit pas ici de la » consécration en elle-même, il s'agit de la croyance » et de la pratique des anciens. » Je l'entends : il ne veut pas garantir cette croyance et cette pratique, qu'il attribue aux anciens; puisqu'on effet il n'en peut trouver aucun fondement dans l'Ecriture. Suivons-le dans son raisonnement. C'est un fait, ditesvous, que « les anciens ont cru que cette consécra- 11 tion sans parole, et par le mélange, a la même » vertu que celle qui se faisait avec toutes les céré- » monies accoutumées. » Nommez -nous donc ces anciens. L'Ordre romain au neuvième siècle? Est-ce là tout ce qu'on appelle les anciens? Mais c'est de cet Ordre romain que nous disputons; et c'est de cet Ordre romain dont il faut déterminer le sens ambigu par la Tradition constante. Car enfin, quel que soit celui qui a composé l'Ordre romain , il n'a pas prétendu être novateur : ce n'est pas le dessein de ceux qui travaillent à de tels ouvrages. Et puisqu'on nous parle ici du fait, c'en est un qu'on ne peut nier, que le mot de sanctifier et celui de consacrer, se peuvent prendre en divers sens. Nous venons de voir un de ces sens dans le concile d'Orange, qui n'est pas celui dont nous parlons ici. Sans sortir de la matière de l'Eucharistie, nous trouverons le terme de sanctifier cent fois employé pour les linges, pour les vaisseaux et pour tous les autres ministères, sans que par là on veuille dire faire un sacrement. Ce fait est indubitable. Que la sanclilîcation, qui fait du pain et du vin le corps et le sang de Notre Seigneur, se fasse par la parole et par la parole seule; c'est un autre fait si constant, que neuf cents ans durant on n'apporte pas seulement une conjecture pour prouver le contraire. Maintenant, qu'au neuvième siècle on s'avise tout d'un coup de croire autrement, il n'y a ni vérité ni vraisemblance; d'autant plus que dans ce temps même, et dans tous les âges suivants, on convient qu'on trouve toujours la même doctrine de la consécration par la parole. Il n'y a donc rien de plus raisonnable que d'interpréter avec nous cet endroit douteux du neuvième siècle, d'une manière conforme à la doctrine de tous les temps et de tous les âges.