La Roi., p. 115. — 2. Idem , p
DÉFENSE DE LA TRADITION SUR EA COMMUNION
nerpoui" principe (|nY4ii3 n'a pu en clianger au neuvième siècle sur la manière de consacrer l'Eucharistie. Ainsi, pour ne refuser aucune sorte d'éclaircissenionl à nos frères, cl pour tourner de toutes les sortes une prétention où ils mettent le dénouement de toute la question des deux espèces, examinons avec eux, s'il est vrai qu'au neuvième siècle on trouve une manière nouvelle de consacrer l'Eucharistie, dont on n'ait jamais entendu parler dans les siècles précédents. Je dis qu'elle ne s'y trouve pas : je dis que quand même on l'y trouverait, elle ne serait d'aucun secours à nos adversaires.
Le dernier est indubitable. Car il s'agit , nonseulement d'expliquer l'oflice du vendredi saint, ce qui est la moindre partie de nos disputes; mais ce qui est bien plus important , la communion domestique, et ce qui en est une suite, celle des malades : chose que l'on voit paraître universellement dès les premiers siècles. Quand donc on supposerait que la manière de consacrer aurait varié au neuvième siècle, ce changement arrivé si lard ne pourrait pas servir aux temps précédents, ni avoir, pour ainsi parler, un effet rétroactif jusqu'à l'origine du christianisme. C'est donc se débattre en vain , et vouloir amuser le monde, que de se tant travailler pour établir qu'un tel changement s'est fait au neuvième siècle.
Que si l'on prétend sauver par ce moyen du moins l'oflice du vendredi saint, on se trompe encore; car il faudrait pour cela qu'on put faire voir cette manière de consacrer par le mélange , comme reçue et établie dans toute l'Eglise, du moins dès le temps dont nous parlons. Or démonstrativement cela n'est pas. Premièrement, parce que nous avons ouï Alcuin, Rémi d'Auxerre, Florus, non-seulement persister à reconnaître la consécration par les paroles répétées de Notre Seigneur, mais encore nier constamment qu'on put consacrer d'une autre sorte, et nous dire d'un commun accord, que nulle ville , nulle langue , nulle partie de l'Erjlise n'a jamais ni consacré ni pu consacrer sans ces puissantes paroles. Secondement, nous avons vu qu'il s'ensuit de là, que ces autours entendaient l'Ordre romain comme nous, et qu'Alcuin, qui est le premier où nous le trouvons rapporté , rejette le sens que les ministres lui donnent. Troisièmement, nous avons vu que Raban, le plus savant homme de ce temps , a dit positivement que la consécration ne se faisait en aucune sorte le vendredi saint; d'où il s'ensuit qu'il était donc bien éloigné d'y reconnaître la consécration par le mélange. Quatrièmement, Amalarius dit la même chose; et non content d'avoir mis avec tous les autres la consécration par la parole, comme nous l'avons démontré par un texte exprès, nous avons encore fait voir qu'il a nié que l'on consacrAt le vendredi saint'. En eiïet, nous avons vu, en cinquième lieu, que le même Amalarius met entre les marques de deuil que l'Eglise fait paraître au jour de la Passion , quelle réserve du jeudi saint le pain céleste, c'est-à-dire , le corps du Sciçineur, et qu'elle ne le fait pas le vendredi saint'^. Or est-il que, par la même raison, elle ne devait pas non plus faire le sang, dont la consécration n'est pas moins célèbre que celle du corps.
1. Amat , lib. i, cap. xv. —2. Lib. i, c. xii, tom. X. Bibl. PP., col. 330.
J'ajoute (|ue, jiour conlirmer cette pensée, le même auteur expliquant comment on prend le vendredi saint la muirriUire céleste, dit qu'à ce jour solennel , le peuple qu'on y doit nourrir, a pour son soutien le corps du Seiyneur', sans parler du sang : ce que cet autour pousse si loin, qu'il raconte même parmi les tristesses, si l'on peut parler de la sorte, du jour de la Passion, qu'on s'y abstient de la communion du sacré calice en mémoire de ces paroles de Notre Seigneur : Je ne boirai jdus de ce fruit de la vigne^. Tant s'en faut donc qu'il ait cru qu'on le consacrât en ce jour pour le donner au peuple fidèle, qu'au contraire il a enseigné qu'il s'en fallait abstenir par une raison spéciale. J'ajoute le témoignage de l'ancien Sacramentaire de Corbie, qui a plus de huit cents ans, lequel, dans l'office du vendredi saint, ne parle que du corps, et où il est expressément porté qu'après la communion on ne doit faire dans l'action de grâces aucune mention du sang. J'ajoute enfin qu'il est si certain que l'Eglise n'a pas varié au neuvième siècle dans la manière de consacrer, que dans les siècles suivants on n'en a point reconnu d'autre : témoin Hildeberl que j'ai cité : témoins Hugues de Saint-Victor et saint Rernard, que nos adversaires nous abandonnent : témoins tous les scholastiques , parmi lesquels on n'en trouvera pas un seul qui ait mis la consécration en autre chose que dans la parole. C'est pourquoi on a toujours conservé dans les Eglises le Sacramentaire de saint Grégoire, où il n'est parlé que du corps au vendredi saint, sans y faire nulle mention de cette sanclilication par le mélange, dont on abuse. Elle ne se trouve pas non plus dans l'office du vendredi saint, comme il est rapporté par l'ancien Coutumier de Cluni-', qui a plus de six cenis ans d'antiquité; ni par celui des Chartreux, qui n'est guère moins ancien; ni par celui de Cîteaiix ou de saint Bernard; ni enfin par Jean II, archevêque de Rouen, communément nommé Jean d'Avranches'', à cause qu'étant évèque de cette ville, il dédia son livre des Offices ecclésiastiques à Maurille, son archevêque, dont il fut le successeur. Il fiorissait dans le onzième siècle. Enfin tous les auteurs ecclésiastiques dont nous avons les ouvrages, à la réserve du seul Micrologue, auteur de ce même onzième siècle, que j'abandonne à mon tour à nos adversaires, persistent unanimement à établir la consécration dans la seule prononciation des paroles mystiques ; et le Microloguo lui-même, qui, déçu par l'équivoque de l'Ordre romain , a mis la consécration en partie dans le mélange, n'a osé s'en tenir à cette formule muelte; mais y voulant joindre (|uel(|ue parole , il a dit : que l'Ordre romain ordonnait de consacrer le rendredi saint, avec l'Oraison dominicale et le mélange du corps du Seigneur'': où il impose manifestement à l'Ordre romain, ([ui ne parle en aucune sorte de l'Oraison dominicale, comme servant à la sanctification du vin. Et nous verrons, qu'en mettant la consécration dans l'Oraison dominicale , il montre une parfaite ignorance de la Tradition. Maintenant je laisse à penser à nos adversaires, si un auteur de cette qualité sulTil seul pour rompre la
1. Lib. IV, c. XX, tom. x. J}ib. PP., col. 170.— 2. Lib. i, c. XV. Ibid., col. 340. — 3. Consuet. Clun., lib. i, cnp. xiii, de Parasc, l. iv ; Spicil., p. 58. — 4. Jonn.Abrinc. liolhom. Arch. p. 43, 47. — 5. Microl. de Eccl. Observ-, c. xix, tom. x; Bibl. PP., col. 712.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
chaîne d'une tradition , qui , commencée avec l'Eglise, et continuée, de leur aveu, neuf cents ans durant, sans qu'on puisse pendant tant de siècles alléguer un seul témoignage au contraire, est enfin venue jusqu'à nous et y subsiste encore dans toute sa force.