‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 335 sur 631 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Amalarius et l'abbé Uwpert n'autorisent pas la consécration par le mélange.

Mais enfin, dira-t-on , M. de la Roque prétend avoir pour lui Amalarius au neuvième siècle, et l'abbé Rupert au douzième. Quand cela serait, deux auteurs d'un si bas âge , qui n'auraient pour eux que le Micrologue, que peuvent-ils dans l'Eglise contre tous les autres? Mais encore M. de la Roque se flatte en vain de leur témoignage.

Pour ce qui est d'Amalarius, voici les paroles que produit M. de la Roque' : « J'ai trouvé écrit dans » ce livre, (c'est le livre de l'Ordre romain dont il » parle,) que deux prêtres, après la salutation de » la croix, doivent aller chercher le corps du Sei- » gneur qu'on avait réservé du jour précédent, et » le calice avec du vin non consacré, afin qu'on le » consacre et qu'on en communie le peuple. » Il faut avouer de bonne foi qu'Amalarius , comme quelques autres, déçu par le terme ambigu de sanctifier, ne l'a pas entendu comme Alcuin et les autres savants auteurs du temps, et qu'il a cru que l'intention de ce livre était que l'on consacrât par le mélange. Mais la question serait de savoir, si en effet il a cru cette autorité décisive. Or manifestement cela n'est pas, puisqu'il dit dans ce même lieu , comme nous l'avons déjà vu, que ceux qui suivent ce livre, n'observent pas la tradition de l'Eglise, ni la pratique du Pape même; puisqu'il a marqué, dans ce môme lieu, qu'il y a une raison spéciale de ne pas recevoir le sang; puisque, suivant la mémo règle, il ne donne que le corps seul pour toute nourriture aux fidèles qui jeûnent le vendredi saint; et qu'enfin en expliquant son sentiment propre sur la consécration, il l'a établie comme les autres dans la prononciation des paroles sacramentales.

La doctrine de l'abbé Rupert n'est pas moins claire dans le second livre de l'Office divin. Là, en expliquant le canon, quand il en vient à l'endroit où l'on récite l'institution de l'Eucharistie et les paroles de Notre Seigneur, il remarque , qu'on vient alors au sommet du souverain sacrement cl au véritable esprit du saint sacrifice, de sorte que la languie devient imitile et qu'on ne trouve plus de paroles pour s'expliquer- : nous montrant que c'est alors que se fait cette opération ineffable, pariaquelle l'Eucharistie est consacrée. Ce qu'il confirme en disant que Jésus-Christ le souverain Pontife, prêt à retourner au ciel, sacrifie d'une manière admirable selon son ordre, selon l'ordre de Melcliisédech , et selon le rit du sacrifice céleste. Là, pour montrer comment se fait la consécration, il rapporte les paroles de notre canon , et nous montre que Jésus -Christ sacrifie, en prenant du pain, poursuit-il, en ses saintes et vénérables mains; i.n

SANCTAS ET VENERABILES M.^NUS SUAS , Commo portC

1. La Roq., p. 213. Amal., lih. m, cap. xv, tom. x; Bibl. PP., col. 340. — 2. AmaL, lib. ii. de Div. Offlc, t. x; Bibl. PP., cap. VIII, col. 87-1.

notre canon; et disant : Ceci est mon corps ; et prenant ceglorieu.v calice de vin : hunc pr.eclarum ca- LiCEM, comme porte le même canon; et disaiit : Ceci est mon sang. C'est donc en cela qu'il met le sacrifice de Jésus-Christ et le nôtre, sa consécration et la nôtre, et la consommation du saint mystère.

Mais voyons s'il prendra un autre principe, quand il s'agira d'expliquer l'oirice du vendredi saint. Il dit qu'à ce jour la joie nous est ôtée; parce « qu'en- » core que nous devions nous réjouir de la bonté de » Dieu qui livre son Fils, et de la charité du Fils » qui se livre lui-môme , nous devons aussi nous » affliger de ce que nous avons causé tant de tour- » ments et la mort à un maître si grand et si bon'. » C'est pour cela qu'il dit qu'on pous a ôté la joyeuse célébrité de la messe, et qu'on ne nous permet pas de nous réjouir, pendant que les Juifs seuls étaient en joie. En poursuivant, il enseigne : que nous devons différer nos joies jusqu'au troisième jour , où Jésus-Christ ressuscita'^. Mais, continue-t-il, en c jour de la passion de Notre Seigneur, » prenons » part à ses soull'rances, afin d'avoir part à sa gloire : » ne sacrifions point, parce qu'on nous arrache ce- » lui qui est notre victime : que ses amis ne le sa- » crifient pas pendant que ses ennemis le tuent. » On ne sacrifice donc pas; c'est-à-dire, comme il l'a lui-môme expliqué, on ne consacre point en ce jour. Car que ce soit la seule consécration et non pas la communion dont nous devions être privés en ce saint jour, il le déclare dans la suite par ces paroles' : « Aujourd'hui, au vendredi saint, à ce » sixième jour de la semaine, on ne fait point le » corps de Notre Seigneur, mais on réserve de la » veille ce que nous devons prendre le lendemain : » et encore : « Aujourd'hui donc que Jésus-Christ, » notre hostie salutaire, est tué par ses ennemis, » c'est avec beaucoup de raison qu'on ensevelit en » quelque manière parmi nous l'honneur du sacri- » fice; » c'est-à-dire, comme on a vu, qu'on n'y fait point de consécration; et « parce qu'on ne trouve » plus parmi nous la manne céleste, on réserve du » jeudi ce que nous devons prendre en ce jour. » D'où il s'ensuit, pour deux raisons, qu'on n'y prend pas le sang de Notre Seigneur : la première, parce qu'on ne le réserve pas, et qu'on ne prend, comme on voit, que ce qu'on réserve : la seconde, parce qu'on ne le consacre pas de nouveau; puisqu'à ce jour, comme il vient de le dire, la consécration est interdite.

C'est pourquoi, en continuant l'explication de l'office, il fait mention des deux prêtres, « qui ap- » portent à l'autel le corps du Seigneur qu'on avait » réservé de la veille^. Après, poursuit-il, on couvre » le calice où est le corps, pour montrer qu'il a été » enseveli : les deux prêtres qui portent le corps à » l'autel, représentent le juste Joseph d'Arimathie )) et Nicodème, qui demandèrent le corps de Jésus » pour l'ensevelir. » Et après avoir tant parlé du corps, il ajoute incontinent après, et sans dire rien davantage : Nous communions en silence ; nous montrant que la communion se faisait avec le corps seul, lequel aussi on a consacré et réservé seul de la veille.

Quand donc aussitôt après tout ce discours qu'il

1 . Amal., lib. vi, c. ii, col. 958. — 2. Idem, cap. m. — 3. Ibid., cap. xxn, cul. 966. — 4. Amal., lib. vi, c. xxiv, col. 967.

DHl'T.NSE DE LA TRADITION SUR LA COMMUNION

.fait du corps, et sans rien mettre entre deux, il ajoute ce que nous objecte M. de la Roque' : « ce » sans que nous prenons cric à Dieu de noire houchc » couinic il est écrit : Le sang de ton kuèhe Abel » cHiE A MOI DE LA TEiiRE : Car uous, c'esl-à-dirc » l'Eglise, nous sommes cette terre qui ouvre la » bouche et qui boit fidèlement le sang d'Abel, » c'est-à-dire le sang de Jésus-Christ, que Gain, » c'est-à-dire le peuple juif, a cruellement ré- » pandu : » c'est encore ici visiblement un de ces exemples dont nous avons déjà vu un si grand nombre, où l'on dit qu'on reçoit le sang, encore qu'on ne reçoive le sacrement que sous l'espèce du corps, à cause que leur substance, comme leur grâce et leur vertu sont inséparables.

Et visiblement il n'est pas possible de l'entendre d'une autre sorte ; puisqu'il est certain par loule la suite qu'on ne réservait pas le sang de la veille, et qu'on ne le consacrait pas le jour où le sacrifice et la consécration ne se faisaient pas. De dire qu'il veuille parler de la consécration solennelle, connue s'il y en avait de deux sortes ; c'est se moquer et lui faire dire ce qu'il ne dit pas, ni en ce lieu, ni en aucun autre : et au contraire tournant tout d'un coup au sang , après avoir durant deux chapitres et dans toute la suite du discours parlé du corps seul, c'est une preuve certaine que ce n'est aussi que dans le corps qu'il a trouvé ce sang, qui crie de nos bouches.

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