‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 337 sur 631 · Tom. X. Bibl. PP., col. I, 7, 10, 17. La Roq., p · texte numérisé non relu

Tom. X. Bibl. PP., col. I, 7, 10, 17. La Roq., p

sous UNE ESPECE. — SECONDE PARTIE.

» diacre ayant verse un peu du calice où le Pape a » communié, dans la coupe que l'acolyte tient entre » ses mains , les évèques viennent au siège du Pape, » pour communier de sa main , et les prêtres après » eux, selon leur rang; après quoi le premier èvè- » que prend le calice de la main de l'archidiacre » pour confirmer, » c'est-à-dire, pour communier avec le sang, « les ordres suivants jusqu'au pri- » micier. Ensuite l'archidiacre prend le calice de » la main de cet évèque , et en verse dans la coupe » dont nous venons de parler, qui est celle que l'a- » colyte tenait; et il rend le calice au sous-diacre, » qui lui donne un petit vaisseau avec lequel il con- » firme le peuple; » c'est-à-dire, qu'il lui donne le sang précieux. On ne voit dans ces paroles de l'Ordre romain qu'une division et subdivision du sang contenu dans le calice, dans de plus petits vaisseaux, pour en faire la distribution au peuple. Or, l'Ordre qu'on nous objecte ne fait que répéter la même chose; si ce n'est que sans rapporter aucun nouveau fait, et sans dire qu'on prenne du vin non consacré , mais après avoir seulement récité , que l'archidiacre verse un peu de sang dans le grand calice, ou coupe que tient l'acolyte, afin qu'on en communie le peuple, il ajoute cette raison : parce que le vin non consacré est sanctifié en toutes manières quand il est mêlé au sang ; ce qui est manifestement, non un fait du cérémonial, mais une réflexion du copiste, qui a cru qu'il y avait déjà du vin dans le calice où l'on versait du sang. Mais on ne voit ni ce fait ni cette réflexion dans les autres Ordres, ni dans les Sacramentaires de saint Grégoire; c'est-à-dire, ni dans celui de saint Ménard, ni dans celui du Vatican, ni dans aucun autre. El enfin le premier auteur certain oii je trouve celte coutume de mêler le sang du Sauveur avec le vm', est Durand, évèque de Mende, auteur du quatorzième siècle , qui encore l'a remarquée comme étant non de l'Eglise universelle, mais seulement de quelques lieux- ; sans dire quels sont ces lieux, ni si cette coutume est autorisée. Mais clairement il rejette dans le même endroit l'opinion de ceux qui croient que le ri7i est changé au sang du Sauveur parce mélange^; ce qu'il montre entièrement impossible en d'autres endroils par des raisons manifestes". Et cerlainement, sans aller plus loin, si l'on eût cru que le vin eût pu être changé au sang par le contact , c'eût été la dernière des absurdités, comme le remarque le même auteur, d'en prendre par ablution, comme on le fait par toute l'Eglise; puisque ce vin de l'ablution , loin d'emporter, comme on en a le dessein, ce qui aurait pu rester du sacrement dans le calice ou dans la bouche, n'eût fait que le consacrer de nouveau jusqu'à l'infini. Mais je n'ai pas besoin de rapporter toutes les raisons de Durand , après qu'on a vu si clairement que jamais la Tradition de l'Eglise n'a connu de consécration que par les paroles sacranientales.

Il résulte, de ces raisons, qu'il n'y a aucune coutume approuvée de donner le sang de Notre Sei-

1. n est fait mention de cet usage dans les deux premiers des Ordres romains, comme Dora Mabillon le montre dans son Commentaire , oh il rapporte des extraits de plusieurs Sacramentaires beaucoup plus anciens que Durand, qui attestent cette pratique. Voyez l). MabiU., Comment, in Ord. rom., pag. lvii, lviii, xciii et seq. (Edit. de Déforis.)

2. Dur. Mim., lib. iv. c^p. xi.ii, n. 1. — 3. Idem, n. 8. — 4. Lib. VI, cap. lxxvi, >i. 11, 12.

gneur, par le moyen de ce mélange avec le simple vin; et qu'au contraire la coutume élait de distribuer seulement pour communion, le vin qui élait dans le calice au temps de la consécration. Car il parait qu'on avait soin, autant qu'on le pouvait, d'en mettre, comme des hosties, une quantité sufflsante ; et on ne lit pas que jamais il en restât, comme on le lit si souvent du pain consacré. Que s'il manquait quelquefois, il n'y a nulle difTicufté que ceux pour qui il n'en restait plus, ne se dussent contenter du corps, de la sulTisance duquel if y avait, comme on a vu, tant d'exemptes publics et particuliers , également connus dans toute l'Eglise.

Il ne reste plus qu'une objection de M. de la Roque, mais elle ne nous fera pas beaucoup de peine. C'est qu'il montre qu'en quelques endroils , même en France, et selon quelques Sacramentaires, on communiait sous les deux espèces le vendredi saint. C'est ce que je n'ai pas nié. Afin que la communion paraisse libre sous une espèce, qui est tout ce que je prétends, il suffît que je la trouve bien autorisée à la vue de tout l'univers dans la plus grande partie de l'Eglise gallicane; et que cette coutume l'ayant emporté dans tout l'Occident, elle soit venue jusqu'à nous sans être blâmée ni suspecte : personne ne pouvant croire qu'on ait choisi le vendredi saint et le jour de la Passion de Notre Seigneur, pour en profaner le mémorial sacré, ni qu'on se soit préparé à la communion pascale par un sacrilège.

Et je me trouve si peu incommodé de quelques exemples qu'on pourrait trouver de communion sous les deux espèces le vendredi saint , que je veux bien alléguer ici avec respect un ancien et vénérable Sacramentaire de l'Eglise romaine, sans néanmoins pouvoir garantir, pour les raisons que j'ai dites, à l'usage de quelle Eglise il a été fait. J'y ai donc remarqué ces mots dans l'office du vendredi saint' : « Après ces prières achevées, les diacres marchent » dans la sacristie et viennent avec le corps et le » sang de Notre Seigneur, qui est resté du jour pré- » cédenl, et ils le mettent sur l'autel; et l'oflîciant » vient à l'autel adorant et baisant la croix , il dit :

» OreMUS , PR.ECEPTIS SALUT.\RIBUS MONITl , etC. Cc

>i qui étant achevé, tout le monde adore la croix el » communie. » Je vois donc ici le corps et le sang, mais je le vois réservé de la veille el porté de la sacristie; pour montrer qu'on ne songeait pas à cette consécration par le simple mélange, que nos ministres allèguent ici comme un dénouement universel; encore que, de leur aveu , il ne s'en trouve aucun vestige, neuf cents ans durant, qu'on n'en trouve au neuvième siècle qu'une très-fausse conjecture, el enfin que dans tous les siècles elle ne se trouve suivie en Occident que d'un seul auteur, el d'aucun en Orient que depuis le schisme. Voilà ce qu'on nous donnait , avec une incroyable confiance, pour la doctrine des anciens Grecs et Latins, el pour celle des chrétiens indéfiniment de l'Eglise orientale et occidentale.

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