A 110)1., ;). 2m. —2. Idem ,paff. ?5S
puisqu(! l'Apotre parle du calice. Mais au fond, les chrétiens grecs et latins, qui, dès l'origine du christianisme, ont cru que le pain comme le vin devait être consacré par la parole, ou si l'anonyme l'aime mieux ainsi, par la prière, se sont-ils trompés? Car le fait est constant de son aveu. Pour les Grecs : « Il est constant, dit-il', qu'ils font tous consister » la consécration dans les prières qui suivent et » qui précédent les paroles de l'institution. » A la bonne heure : il faut donc des prières , et pour le dire en passant , des prières où les paroles de l'institution soient insérées. Ce fait est constant , et l'anonyme l'avoue maintenant , comme a fait tout à l'heure M. de la Roque. Voilà pour l'Eglise grecque ; et pour l'Eglise romaine : « Je soutiens, poursuit » l'anonyme, que l'Eglise romaine elle-même a cru » pendant plus de mille ans que la consécration se » faisait par la prière. » Ne parlons pas des paroles de l'institution. Je ne crois pas que l'anonyme ose nier qu'elles ne se trouvent dans la liturgie romaine, et dans tout ce que nous avons de liturgies latines; mais contentons-nous de prendre ce qu'il nous donne. Un homme qui reconnaît le consentement de l'Eglise universelle, et des Romains comme des Grecs, à consacrer par la prière, ose dire après cela, qu'il ne voit pas que la prière faite sur le pain ou sur le vin y soit nécessaire.
S'il n'a pas encore compris à ma voix sa prodigieuse témérité, qu'il écoute M. de la Roque , qui, après avoir établi dans son Histoire de V Eucharistie la consécration avec la parole , par le témoignage unanime des Grecs et des Latins , nous avertit gravement, avec Vincent de Lérins, « qu'il faut suivre » le consentement des grands docteurs, qui sont » d'accord entre eux, et qu'il n'est pas permis de se » séparer de l'autorité d'un sentiment communé- » ment, publiquement et généralement reçu^. »
Il est vrai que l'anonyme lui pourra répondre qu'il s'en est séparé lui-môme , lorsque malgré ce consentement si universel durant mille ans, il se voit forcé avec tous les autres et avec l'anonyme même, d'établir une consécration extraordinaire et une formule muette dont jamais on n'avait entendu parler, et encore de l'établir dans celte partie de l'Eucharistie, où la parole est le plus expressément requise par saint Paul; c'est-à-dire, dans le calice, dont cet apôtre a dit avec tant de force : Le calice de bénédiction que nous bénissons^ .
Mais l'anonyme a trouvé un nouveau moyen de se tirer de ce mauvais pas. Il suppose que ceux qui ont cru la consécration par les paroles de Jésus- Christ même et tout ensemble sans parole*, par le seul mélange, « pouvaient croire que cette nou- » velle sanctification était de même ordre que la » première; parce que c'était toujours en vertu de » la première consécration qu'elle était opérée : » ([u'ainsi la première étant faite par la force des » paroles do Jésus-Christ , prononcées sur le pain » qu'on mêlait au vin non consacré, la dernière était » aussi faite par ces mêmes paroles, puisqu'elle >' n'était rien qu'une suite de la première. »
De (picl embarras de paroles est-on obligé de se charg(!r, quand on veut embarrasser une chose claire? L'anonyme veut dire en un mot, que dans
1. Par/. S52. — 2. Anon., p. S3. — 3, /. Cor , x. 16. — 4. Anon., p. 254.'
sous UNE ESPECE. — SECONDE PARTIE.
cette supposition , le vin serait consacré par celte parole, Ceci est mon corps. Mais s'il avait ainsi parlé tout court, l'absurdité manifeste de la supposition aurait d'abord frappé tous les esprits. Car où veutil qu'on allât rêver que le vin est changé en sang , en disant, Ceci est mon corps? Comme le corps avait sa parole, le sang n'avait-il pas la sienne? et pourquoi l'une eru-ellc paru plus nécessaire que l'autre? Que sert d'avoir de l'esprit, quand on l'emploie à inventer de tels prodiges?
Le nialheureu.x anonyme , poussé par mes puérilités et mes chicanes d'écolier et de petit écolier'; (car c'est ainsi qu'il me traite dans sa colère;) no trouve plus de ressource que de dire enfin que dans l'office des présanctiliés, comme dans celui du vendredi saint, on consacrait par la parole, puisqu'on y disait plusieurs prières, et entre autres le Pater noster, avec lequel les apôtres, au dire de saint Grégoire, ont consacré-. Là-dessus il nous cite Valafridus Strabo, auteur du neuvième siècle, et il croit s'être échappé par ce moyen. Mais son erreur est visible, et il ne faut plus pour la découvrir qu'un moment de patience.