‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 346 sur 631 · Tom. H,Bibl. HP. G. L.,p · texte numérisé non relu

Tom. H,Bibl. HP. G. L.,p

qu'il fût certain qu'à la rigueur, la troupe qui pressait Jésus-Christ ne le touchât pas, et que la femme, qui crut être guérie par son attouchement, n'eut en ell'et touché que la frange du bout de sa robe, les apôtres ne laissent pas de lui dire : Maître, la presse vous accable , et vous demandez : Qui me touche'? El si l'aulorilé des apôtres n'est pas assez grande, Jésus-Christ ajoute lui-même : Quelqu'un m'a touché- : encore qu'il eût dit deux ou trois fois auparavant qu'on n'avait touché que ses habits, et que tous les évangélisles parlent de même d'un commun accord. Pourquoi cela, si ce n'est en effet qu'on touche un homme, dans la manière de parler simple et populaire, quand on touche les habits dans lesquels il est, et qui font comme un même corps avec lui? De même on est déchiré, on est mouillé, on est sali, quand les habits qu'on porte le sont, encore qu'à la rigueur on ne le soit pas en soi-même. Je n'ai pas besoin d'en dire ici davantage, et chacun peut achever la comparaison des espèces sacramentelles avec les habits, et de la personne habillée avec Jésus-Christ actuellement revêtu de ces espèces. Ce que j'ai entrepris de faire voir, c'est que les locutions dont on se sert dans la liturgie, et autant parmi les Grecs que parmi les Latins, tendent toutes à établir une présence réelle; et que, loin qu'on ait cherché dans les derniers siècles à multiplier de tels monuments, l'antiquité en avait dans ses Sacramentaires que nous n'avons plus aujourd'hui dans notre ilissel. Car on n'a pas besoin de chercher des preuves pour des vérités qui sont venues naturellement de nos pères jusqu'à nous; ces preuves viennent toutes seules en mille endroits, et sortent comme de source. Ainsi il faut avouer, et il est vrai qu'on ne dit plus dans notre rit ordinaire la préface que j'ai récitée, non plus que celles qu'on trouve dans tous les anciens Sacramentaires pour tous les dimanches et pour toutes les fêtes de l'année. Un les a ôlées maintenant, comme beaucoup d'autres choses qu'on ne laisse pas d'approuver beaucoup; sans autre raison apparente que de décharger les Missels, et de faciliter aux églises pauvres le moyen de les avoir. Quoi qu'il en soit, on n'en a réservé que sept ou huit pour les grands mystères et les fêtes les plus illustres; mais les autres sont constamment de même antiquité, de même esprit et de même goût, et se sont dites dès les premiers siècles dans presque toutes les églises d'Occident.

XL Conformité des prières des autres Eglises. Remarque que c'est Jésus-Christ qui s'offre luimême tous les jours sur nos autels. — Et il ne faut pas s'imaginer que celles qui ne disaient pas la préface dont nous venons de parler fussent d'une autre doctrine que les autres, puisqu'elles avaient en plusieurs endroits des choses équivalentes. Témoin dans l'Eglise grecque la prière qu'on vient de voir : témoin dans celles d'Espagne, ces mots déjà rapportés : « Nous vous offrons cette hostie qui vit » étant immolée, et qu'on immole vivante' : » témoin cette autre préface d'un très-ancien Sacramentaire, où en parlant de ce qu'un offre sur l'autel, « C'est ici, dit-on*, ô Père éternel, l'Agneau de

1. Man., V. 30, 31. — 2. Luc, viii. 44, 43, 4(3. — 3. Miss. Moznrab. Sup. — 4. Contesl. Miss. Pasch. Fer. 4. in Miss. Gith. Miss. 41. apud. Thom.,p.3i2. apud. Mabill. de Liturg. Gallic, p. 2j6.

EXPLICATION DE LA MESSE

» Dieu votre Fils uniriue, qui ùtc le péché du » monde, qui ne cesse de s'olTcir pour nous, et nous » défend continuellement auprès de vous comme 1) notre avocat; parce qu'encore qu'il soit immolé, » il ne meurt jamais, et il vit, quoiqu'il ait été mis » à mort : car Jésus-Christ notre pAque a été im- » raolé, afin que nous immolions,, non avec l'ancien » levain, ni par le sang des victimes charnelles, » mais dans les azymes de sincérité et de la vérité » du corps. »

On découvre ici un mystère qu'on ne saurait assez remarfiuer, qui est que dans l'oblation que nous faisons du corps de Jésus-Christ, c'est lui-même qui s'oiïre; mais qui s'oll're continuellement, qui exerce par cette oblalion continuelle, la fonction de notre avocat, qui vit toujours, pour être toujours immolé dans l'azyme de sincérité, c'est-à-dire, comme on l'interprète au même lieu, dans la vérité de son corps.

On voit, en d'autres endroits du même Missel , comment dans ce sacrilice, Jésus-Christ est le véritable sacrificateur, qui s'olTre encore lui-même; et on explique que c'est à cause qu'étant l'instituteur de cette oblation , c'est en son nom et par son autorité qu'on la continue. « Il est juste de vous louer, » ô Dieu invisible , incompréhensible , immense , » père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui, en » instituant la forme d'un sacrifice perpétuel , s'est » premièrement offert avons comme une hostie, et » nous a appris le premier qu'il devait être offert'. » On reconnaît ici que Jésus-Christ a institué un sacrifice perpétuel où il devait être offert, et où luimôme aussi nous avait appris à l'ofl'rir. Et c'est pourquoi on disait dans une autre prière : « 0 Dieu » à qui nous olfrons un sacrifice unique et singu- » lier, après que vous avez fait cesser tous les m divers sacrifices d'autrefois'^. » Et un peu après : « En rejetant toutes les ombres des victimes char- » nelles, nous vous offrons, Père éternel, une hostie » spirituelle qui est toujours immolée, et qu'on » offre toujours la même, qui est tout ensemble et » le présent des fidèles qui se consacrent à vous, et » la récompense que leur donne leur céleste bien- » faiteur : » prière qu'on trouve encore et de mot à mot dans l'ancien Missel de Gélase^. Mais qui n'y remarque clairement Jésus-Christ offert en personne dans un sacrifice très-véritable qui se renouvelle et se continue tous les jours, où il est en môme temps le présent que nous faisons à Dieu , et la récompense éternelle que reçoivent ceux qui l'olïrent?

C'est un sacrilice véritable, puisqu'il est substitué à la place de tous les sacrifices anciens; un sacrifice où l'on ne cesse d'offrir Jésus-Christ même en personne; un sacrifice que l'on renouvelle et que l'on continue tous les jours, et qui est néanmoins toujours unique, ])arce qu'on y offre incessamment la même victime; un sacrifice d'une nature tout à fait particulière, où celui que nous offrons est en même temps celui qui nous donne tout, et lui-même le don infini qui nous rend heureux.

XII. Autre preuve, par la liturgie, qu'on offre à Dieu Jésus-Christ , formé de nouveau sur la sainte table. — La même chose est expliquée en peu de

1. Miss. Mozarab. Miss. 78. conlesl., p. 297. — 2. Miss. Franc. Miss, il, p. 325. — 3. Miss. Gelas. Edit. Thom. Miss. Si, pag. 117.

paroles, mais vives et substantielles, dans le canon de la messe que nous disons tous les jours, où, après avoir fait la prière que nous avons rapportée, on l'on demande que l'oblation sainte soit faite le corps et le sang de Jésus-Christ , après avoir récité ces saintes paroles par lesquelles se fait la consécration et la consommation de son mystère ; l'Eglise, en exécution du commandement qu'il lui fait de le célébrer en son nom , reprend la parole en cette manière : « C'est pour cela, ô Seigneur, que nous, » qui sommes vos ministres, et tout votre saint » peuple, nous ressouvenant de la passion bienheu- » reuse, de la glorieuse résurrection et de l'ascen- I) sion triomphante du môme Jésus-Christ votre » Fils Notre Seigneur; nous offrons à votre sainte » et glorieuse majesté ce présent formé des clioses » que nous tenons de vous-même, une hostie sainte, » une hostie pure , une hostie sans tache , le saint » pain de vie éternelle, et le calice de salut perpé- » tucl. » Ceux qui ont appris de Jésus-Christ qu'il est le pain vivant qui donne la vie éternelle', n'auront pas de peine à entendre quel est ce pain de vie éternelle qu'on ofl're à Dieu; et c'est visiblement Jésus-Christ même , et sa sainte chair où il nous a promis la vie- qu'on montre comme présente, en disant, le saint pain de vie éternelle, aussi bien que son sang qui nous a sauvés, en disant, et le calice de salut perpétuel , c'est-à-dire, sans difTiculté, le calice où est contenu ce salut avec le sang du Sauveur.

C'est la même chose que disent les Grecs dans leur liturgie, lorsqu'après avoir prononcé les saintes paroles du môme Sauveur, ils continuent en ces termes : Nous vous offrons des choses qui sont à vous, faites des choses qui étaient à bom.s ; c'est-àdire, le corps et le sang de votre Fils formés du pain et du vin qui étaient vos créatures.

Ces paroles sont dites en ce lieu, pour exprimer la nature de cette oblation où l'on ofl'rait à Dieu une substance, c'est-à-dire, le corps et le sang de Jésus- Christ formés d'une autre subslance, qui était celle du pain et du vin; et tout ensemble pour faire voir, contre les anciens hérétiques, qui dès l'origine du christianisme avaient distingué le Créateur de l'univers d'avec le Père de Jésus-Christ; pour, dis-je, leur faire voir que c'était le même, et que celui qui avait créé le pain et le vin pour nourrir l'homme , était le même qui pour le sanctifier en faisait le corps et le sang de son Fils unique.

C'est aussi ce qu'expriment les Latins, par ces mots du canon qu'on vient de voir : Nous vous offrons cette sainte hostie faite des choses que 7ious tenons de vous-mnnc : de tuis donis ac datis : ce que les Grecs exprimaient d'une aulre manière, en (lisant : toc aà ex xiov (7(ov : Tua e,r tuis; où l'on voit de plus en plus que les deux Eglises parlent toujours dans le môme esprit, et s'accordent à célébrer le changement merveilleux qui s'est fait des créatures de Dieu en des créatures de Dieu beaucoup plus excellentes; mais toujours avec un rapport et une analogie parfaite, puisque c'est l'aliment des cor()s qui est changé en la nourriture dont les Ames sont sustentées, et les corps mêmes sanctifiés et purifiés.

Tout cela est confirmé merveilleusement dans ces

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