Joan., VI. 51, .52 — 2. Idem
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paroles de notre canon , où , après avoir nommé Jésus-Christ comme on a fait partout, comme celui en qui nous avons accès auprès du Père, nous ajoutons : « Par lequel, ô Seigneur 1 vous ne cessez de » créer tous ces biens , vous les sanctifiez, vous les » vivifiez, vous les bénissez, et vous nous les don- » nez. » Par où l'on montre en Dieu par Jésus- Christ une création continuelle, pour faire que les dons sacrés du pain et du vin que Dieu avait créés par sa puissance, par la même puissance soient faits une nouvelle créature, et de choses inanimées et profanes deviennent une chose sainte et une chose animée , qui est le corps et le sang de l'Homnie-Dieu Jésus-Christ; chose par ce moyen remplie pour nous de bénédiction et de grâce, pour ensuite nous être donnée avec tous les dons dont elle est pleine : ce qui continue à montrer que celui qui nous a créés, et qui a créé les choses qui nous soutiennent selon le corps, crée encore de ces mêmes choses, celles qui nous soutiennent selon l'esprit; et que c'est cela que nous lui offrons avant que de le prendre de sa main.
A ceci nous pouvons encore rapporter celte Secrète' : « 0 Dieu , qui avez choisi les créatures que » vous avez faites pour soutenir notre intirmité, » atln d'en faire les présents qu'on vous devait dé- » dier, » en les faisant le corps et le sang de Jésus- Christ, ainsi qu'il a été souvent expliqué.
XIII. L'Eglise explique clairement que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et comment. — De douter qu'un tel sacrilice ne soit véritablement propitiatoire, c'est douter que le corps et le sang de Jésus-Christ ne soit un objet agréable à Dieu , qui nous le rende favorable : c'est douter que le même Jésus-Christ, qui intercède pour nous dans sa gloire en se présentant devant Dieu, par cette seule action ne l'apaise et ne nous le rende propice. Mais à Dieu ne plaise que l'Eglise croie qu'où Jésus-Christ est présent pour nous, il ne soit pas une oblation propitiatoire. C'est pourquoi l'Eglise ne cesse de prier en celte sorte dans ce sacrilice : « 0 » Seigneur, soyez apaisé, soyez propice, soyez fa- » Torable à votre peuple par ces dons que nous vous » oflVons. » Et encore : « Que celte hostie purge » nos péchés; qu'elle nous soit une intercession » salutaire pour en obtenir le pardon. » Et encore : " Recevez ce sacrifice par l'immolation duquel vous >- avez voulu être apaisé^. » Et encore dans le Missel de Gélase : « Que cette hostie salutaire soit l'ex- » piation de nos péchés et notre propitiation devant » Votre Majesté sainte^. » Tout est plein de semblables prières; et c'est ce qu'enseigne saint Cyrille de Jérusalem, lorsqu'il dit dans son cinquième Catéchisme aux initiés\ en leur expliquant la liturgie : qu'après avoir fait le corps et le sang de Jésus-Christ par l'opération du Saint-Esprit; après avoir accompli le sacrilice spirituel et ce culle non sanglant, on faisait sur cette hostie de propiti.\tion les prières de tout le peuple, c'est-à-dire qu'on la chargeait de tous ses vœux, comme élant la seule victime par laquelle Dieu est apaisé, et "nous regarde d'un œil favorable. C'est par elle que nous attirons les bienfaits de Dieu sur les vivants; c'est
1. Fer. 5. post Dom. Pass. — 2. Sabb.post. Cin.— 3. Lih m. Sacr. R. E., Miss. 10. Thom., p. 193. — 4. Cyril., Cal v myst.,p. SZJetseq.
par elle, continue le même Père, que nous rendons Dieu propice aux morts; c'est par elle entin que nous consommons l'œuvre de notre salut. C'est pourquoi le prêtre dit, dans le canon, qu'il offre, et que tous les fi.dèles offrent avec lui ce .■iainl sacrifice
de louange pour la rédemption de leurs âmes :
non que ce soit là que Jésus-Christ l'ait opérée ou méritée, ou qu'il y paie le prix de notre rançon; mais parce que le même qui l'a payé, est encore ici présent pour consommer son ouvrage par l'application qu'il nous en fait.
Ce n'est donc pas ici, comme vos ministres vous le faisaient croire , un supplément du sacrilice de la croix : ce n'en est pas une réitération, comme s'il était imparfait : c'en est au contraire, en le supposant très-parfait, une application perpétuelle, semblable à celle que Jésus-Christ en fait tous les jours au ciel aux yeux de son Père, ou plutôt c'en est une célébration continuée : de sorte qu'il ne faut pas s'étonner si nous l'appelons en un certain sens, un sacrifice de rédemption, conformément à cette prière que nous y faisons ; « Accordez-nous, » ô Seigneur, de célébrer saintement ces mystères; B parce que toutes les fois qu'on fait la commérao- » ration de cette hostie , on exerce l'œuvre de la «rédemption'; » c'est-à-dire qu'en l'appliquant, on la continue et on la consomme.
Il ne faut donc point nous objecter que c'est ici un sacrifice de commémoration, de louange, d'Eucharistie ou d'action de grâces, et non point de propitiation. Car en avouant sans dilTiculté, comme nous faisons dans toutes les prières de la liturgie, que c'est un sacrifice d'action de grâces et de commémoration , c'est par là même que nous disons qu'il est encore un sacrifice de propitiation, et pour ainsi parler d'apaisement; parce que le seul moyen que nous avons d'apaiser Dieu, et de nous le rendre propice, c'est de lui offrir continuellement la même victime par laquelle il a été apaisé une fois, d'en célébrer la mémoire, de lui offrir de justes louanges pour la grâce qu'il nous a faite de nous la donner. C'est pourquoi en cette occasion, le sacrifice d'action de grâces et celui de propitiation concourent ensemble; d'où vient aussi qu'il est appelé en cent endroits dans les Secrètes, une hostie d'expiation, d'apaisement et de louange : Hostias placationis et LAUDis^; et que dans le lieu même du canon que nous venons de rapporter, après l'avoir appelé un sacrifice de louange, on ajoute incontinent qu'on l'ollYe pour la rédemption de son âme.
XIV. Réfiexion sur ces remarques , et preuve évidente de la présence, par la liturgie. — Vous pouvez juger maintenant s'il y a lieu de douter de la présence réelle , ou du changement de substance , dans les prières de la liturgie. Quand il n'y aurait autre chose que cette oblation qui apaise Dieu, que celle hostie propitiatoire, hoslia placabilis , hostia propitiationis ; c'en serait assez pour vous faire voir que ce ne peut être que Jésus-Christ même, n'y ayant plus pour nous une autre victime que son corps et son sang. Mais la présence en est marquée par tant d'autres choses , qu'il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour l'apercevoir.
Vous entendez aussi, par même moyen, comment on offre le pain et le vin. On les oll're à la
1 . IX. post. Penl. — 2. Fer. i. posl. Dom. 5. Quadrag , elc.
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véi'ilô, mais ]iuur en faire le corps el le sang de Jésus-Christ, comme on l'explique partout; sans quoi ce pain et ce vin ne seraient pas une hostie d'expiation, ainsi qu'elle est appelée dans toute la liturgie.
XV. Pourquoi ce sacrifice esl appelé un sacrifice de pain, et pourquoi on y fait mention de la substance terrestre qui nous donne ce qui est diviyi. — De cette sorte, on ne voit pas la dilTicullé qu'on a pu trouver dans la Secrète du jour de Noël, où l'on demande que celte substance terrestre nous donne ce qui esl divin; puisqu'en effet c'était en substance du pain et du vin qu'on présentait sur l'autel pour en l'aire ce qui est divin , c'est-à-dire le corps et le sang de Notre Seigneur. En quoi le mystère de l'Eucharistie a quelque chose de semblable à celui de l'Incarnation; puisque dans l'un et dans l'autre ce qui est divin nous est communiqué par le moyen d'une substance terrestre , c'est-à-dire la divinité même de Jésus-Christ, par le moyen d'une chair humaine, et cette chair où la divinité habite par le moyen du pain qu'on emploie à la former, ainsi qu'il est expliqué dans celte prière. Et par la mémo raison, il n'y a pas ombre de diiricnllé à dire que ce sacrifice est un sacrifice de pain et de vin , parce qu'il se fait de l'un et de l'autre; un sacrifice par conséquent selon l'ordre de Melchisédech, où l'on offre encore du pain et du vin, comme tous les Pères ont cru que Melchisédech avait fait, quoique Jésus- Christ y ait ajouté son corps et son sang; ce que Melchisédech n'a pas pu faire, étant juste que si Jésus-Christ, qui est la vérité même, a quelque chose qui tienne de la figure, il ait aussi quelque chose où elle n'ait pu atteindre. C'est pourquoi au pain et au vin, qui sont la ligure dans le sacrifice de Melchisédech , il joint son corps et son sang qui sont la vérité même , mais qu'il cache encore sous les apparences du pain et du vin dont il les a faits, afin que la vérité tienne toujours quelque chose de la figure qu'elle accomplit.
XVI. De l' ablation préparatoire de ce sacrifice. — Vous voyez donc que l'ublalion du pain et du vin, qui se fait dans la Secrète et dans toutes les autres prières qui précèdent la consécration, n'est que le commencement du sacrilice : ce qu'on exprime aussi par cette prière qu'on fait sur les dons aussitôt qu'on les a mis sur l'autel : « Venez, ô Dieu sanc- » tificaleur, tout-puissant et éternel, et bénissez ce » sacrilice préparé à votre saint nom. » Et on le marque encore par d'autres paroles dans les Secrètes, en lui disant, comme on fait souvent : « Nous vous offrons , ô Seigneur, ces hosties qui » vous doivent être dédiées, qui vous doivent être » immolées, qui vous doivent être consacrées; di-
» CANDAS, IMMOLANDAS , SACRANDAS ' : » UOU qu'cllcS
ne soient déjà en un certain sens dédiées, immolées et consacrées dès qu'on les offre sur l'autel; mais parce qu'elles attendent une consécration plus parfaite lorsqu'elles seront changées au corps et au sang.
XVII. De l'ablation parfaite, et en quoi précisément elle consiste. — Et vous voyez maintenant, plus clair que le jour, (jue celle immolation , celte consécration, ce sacrifice, est dans les paroles, par
1. Secr. Fer. 3. post. Dont. Pass. It. Secr. Fer. 5. /(. Secr. SS. Primi et Feticis. Marlyrum,
lesquelles le pain est changé au corps cl le vin au sang avec une image de séparation et une espèce de mort, ainsi qu'il a été dit. D'où il résulte que l'essence de l'oblation est dans la présence même de Jésus -Christ en personne, sous celle figure de mort; puisque cette présence emporte avec elle une intercession aussi efficace que celle que fait Jésus- Christ dans le ciel même, en offrant à Dieu les cicatrices de ses plaies.
Je ne prétends pas nier par là que l'oblation ne soit aussi expliquée par d'autres actions du sacrifice : car par exemple, l'élévation de l'hostie est une marque de son oblalion, sans préjudice des autres raisons dont nous parlerons ailleurs : de la même manière que nous voyons dans le Lévitique' qu'on levait devant le Seigneur ce qu'on avait dessein de lui oll'rir, et que même on le lui offrait par celte action; soit que ce fût la chair des victimes, ou que ce fût des pains et des gâteaux, ou les prémices des fruits de la terre.
On réduisait autrefois la victime et les gâteaux qu'on otïrait à Dieu en petits morceaux', et c'était une marque de l'oblation et du sacrifice qu'on en faisait au Seigneur. C'est en ce sens que la fraction du pain sacré , soit qu'on la fasse pour la distribution, ou pour quelque autre raison mystique, fait partie du sacrifice , en représentant Jésus-Christ sous les coups, et son corps rompu et percé : ce que les Grecs désignent encore par une cérémonie plus particulière, en perçant le pain consacré avec une espèce de lancette, et en récitant en même temps ces paroles de l'Evangile : Un des soldats perça son côté avec une lance^ : et le reste.
Je ne dispute pas de l'antiquité de cette cérémonie, non plus que de beaucoup d'autres : je remarque seulement qu'elles servaient à l'immolation mystique de notre victime, en représentant son immolation sanglante. Mais je ne dois pas omettre une chose inséparable de ce sacrifice, qui est la consomption de l'hostie. Nous avons dit que la consécration est une espèce de création nouvelle du corps de Jésus-Christ par le Saint-Esprit : ce sacré corps y reçoit un nouvel être; et c'est pour cela que saint Patien , un saint évèque du quatrième siècle, célèbre par sa doctrine, appelait l'Eucharistie le renouvellement du corps : Innovatio corporis*. Mais ce corps nouvellement produit ne l'est que pour être consumé, et pour perdre par ce moyen, ce nouvel être qu'il a reçu : ce qui est un acte de victime, qui se consume elle-même en un certain sens , encore qu'en vérité elle demeure toujours entière et toujours vivante.
Surtout la consomption du sang de Notre Seigneur présente à l'esprit une idée de sacrifice ; parce qu'on ofi'rait les liqueurs en les répandant, et que l'efi'usion en était le sacrifice. Ainsi le sang de Jésus-Christ répandu en nous et sur nous, en le buvant, est une effusion sacrée et comme la consommation du sacrifice de celte immortelle liqueur.
C'est tout cela joint ensemble qui consomme notre sacrilice, très-réel par la présence de la victime actuellement revêtue des signes de mort, mais mystique el spirituel, comme je pense l'avoir dit
1. Levit., viii, IX, xxm, et Num., v. etc. — 2. Levil., ii, IX .etc. — 3. Joan.,zix. 44. — 4. Pacian., Ep. i. ad Symp., t. m: Bib. PP.
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ailleurs; où le glaive c'est la parole, où la mort ne se remontre qu'en mystère, où le feu qui consume c'est cet esprit qui change, qui purifie, mais qui élève et qui perfectionne tout ce qu'il touche, et en fait quelque chose de meilleur.
XVIII. Comparaison de la bénédiction de l'Eucharistie avec les autres, et nouvelle preuve du changement de substance. — Après cela je ne pense pas qu'on ose vous dire que la présence réelle et le changement de substance ne soit pas suffisamment expliqué dans les prières de la messe; et afln de le mieux entendre, comparez les autres prières de l'Eglise avec celles-ci. Elle bénit l'eau du baptême; elle bénit le saint chrême et les saintes huiles dont elle oint les enfants de Dieu, pour leur imprimer en diverses sortes, le caractère de christs et d'oints de Dieu. Les prières dont elle se sert dans ces bénédictions sont assurément de la première antiquité. Dans ces bénédictions on trouve bien que l'Eglise consacre et sacrifie ces substances' , c'esl-à-dire , celte eau et ces huiles qu'elle bénit, qu'elle les rend efficaces, et leur inspire une nouvelle vertu par la grâce du Saint-Esprit qu'elle invoque sur elles. On trouve même dans l'Ambrosien, qu'elle les élève et qu'elle les ennoblit : mais on ne trouve jamais qu'elle les offre à Dieu en sacrifice; encore moins qu'elle les change en quelque autre substance, ni qu'elle emploie pour les y changer la vertu toute-puissante du Saint-Esprit : ces expressions sont réservées pour l'Eucharistie. Ce qui montre manifestement que le changement qui s'y fait est bien d'une autre nature que celui qui se fait dans l'eau ou dans l'huile, qui n'est qu'un changement mystique et moral; et que le mot de sacrifice y est employé, non pas comme on le donne quelquefois à ce qui sert au culte divin, mais dans cette étroite signification dont on se sert pour exprimer un vrai sacrifice.
C'est ce qui devrait, il y a longtemps , avoir décidé nos controverses. Car outre qu'il ne convient pas à l'Eglise chrétienne de n'avoir non plus que les Juifs à offrir à Dieu que des ombres et des figures de Jésus-Christ, et que de là il s'ensuit qu'on doit y offrir, et par conséquent y avoir Jésus- Christ même; il faut encore ajouter que l'Eglise s'explique si clairement sur le changement réel du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, que ceux qui ont nié ce changement, n'y ont trouvé d'autre remède que de retrancher tout d'un coup toutes ces prières.
XIX. Contradiction des ministres. Antiquité des prières que notis venons de produire. Le système des protestants sur l'innovation de Paschase Radbert clairement détruit. — C'est ici que je vous prie d'observer une contradiction manifeste de ces nouveaux docteurs : car d'un côté ne pouvant nier que ces prières de nos liturgies ne soient très-anciennes; de peur de nous laisser l'avantage d'y trouver notre doctrine, ils vous ont dit, et ils lâchent de persuader à tout le monde qu'elles sont contre nous; et de fautre ils sentent si bien en leur conscience qu'en effet elles sont contre eux , qu'ils n'ont osé les retenir, de peur qu'elles ne ramenassent tous les peuples à l'unité catholique.
Entendez ceci, monsieur, et tâchez de le faire entendre à ceux qui s'endurcissent encore contre la