‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 348 sur 631 · Ordo Rom., t. x, Bill. PP., pag · texte numérisé non relu

Ordo Rom., t. x, Bill. PP., pag

foi de nos pères : le conte qu'ils débitent, c'est que la présence réelle a commencé à Paschase Radbert, auteur du neuvième siècle. Or je dis qu'il faut avoir un fronl d'airain , pour nier que ces prières ne soient plus anciennes. Car les auteurs renommés pour avoir travaillé aux Sacramentaires que nous avons produits, sont un saint Léon, un saint Gélase, un saint Grégoire : c'est dans l'Eglise gallicane, après saint Hilaire, un Muséus, un Salvien, un Sidonius' : c'est dans l'Eglise d'Espagne, un Isidore de Séville, auteurs dont le plus moderne passe de plusieurs siècles Paschase Radbert; et le travail qu'ils ont fait n'a jamais tendu à rien innover dans la doctrine; on ne les en a jamais seulement soupçonnés. Ils ont ordonné l'offlce , réglé et fixé les leçons et les antiphoniers : ils ont composé quelques collectes, quelques secrètes, quelques postcommunions, quelques bénédictions, quelques préfaces; et cela sans rien dire au fond qui fut nouveau : on ne les aurait non plus écoutés que les autres novateurs, et le peuple aurait bouché ses oreilles. Tout ce qu'ils composaient était fait sur le modèle de ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs; le style même ressent l'antiquité, et les choses la ressentent encore plus : ainsi tout était reçu avec un égal applaudissement, et les nouvelles prières faisaient corps, pour ainsi dire, avec les anciennes, comme étant toutes de même esprit et de même goût. Et pour ce qui est du canon, on en a jugé toutes les paroles d'un si grand poids, que la tradition a conservé les auteurs des moindres additions qu'on y a faites; et on sait, par exemple, que c'a été saint Grégoire qui a ajouté ces paroles ; Diesque nostros in tuâ pace disponas; afin que tous conduisiez nos jours dans votre paix. On sait encore , pour ne pas omettre les autres parties de la messe, qui le premier a fait dire le Kyrie, qui le Pater, qui ['Agnus Dei. Les ministres ont été soigneux de marquer toutes ces dates, pensant conclure de là que la messe était un amas de nouveautés et d'institutions humaines; mais leur haine les a aveuglés : car puisqu'on a remarqué avec tant de soin les changements les plus indifférents, combien plus aurait-on remarqué les autres? Or c'est ce qu'on ne voit pas : on ne nomme pas qui a ajouté ce qu'on dit pour l'oblation , ni pour la consécration, ni pour y changer le pain au corps, et le vin au sang : c'est donc qu'on ne connaît point d'auteur de ces choses; c'est qu'elles sont plus anciennes que tous les changements qu'on sait, quoiqu'ils soient déjà fort anciens, comme on a vu; c'est qu'elles ne sont pas des additions, mais au contraire, qu'elles sont le corps auquel le reste est ajouté; et en un mot, qu'elles sont aussi anciennes que l'Église. C'est ce qui parait encore par le consentement de tous les rits , puisque ces choses se trouvent également dans le rit grec, dans le romain, dans l'ambrosien, dans le gallican, dans le gothique ou l'espagnol, en un mot, dans tous les rits, comme on a vu; et non-seulement dans les rits des Eglises catholiques , mais encore dans ceux des schismatiques; et non-seulement dans ceux des Grecs séparés d'avec nous depuis quelques siècles , mais encore dans ceux des eutychiens et des nestoriens, séparés de nous et des Grecs il y a douze cents ans :

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