Mahill., de Liturg . Gallic, l. i, cap. iv, p
EXPLICATION Di; LA MESSE.
ce qui nionlre que loul cela ne peut venir que de la source.
On pourrait encore alléguer le témoignage des Pères, quand il n'y aurait que saint Cyrille cl saint Chrysoslome, pour ne point parler des autres, où l'on trouve toutes les parties de la messe , et mot à mol tout ce qu'on en a produit : mais il faut convaincre les hommes par quelque chose encore de plus palpable, et leur épargner la peine de raisonner et d'examiner. Dites donc, monsieur, k tous ceux qui vous allégueront Paschase Radbert et la date de la présence réelle au neuvième siècle; ditesleur que pour les confondre, non point par les Pères, ou par les histoires, ou par aucune discussion, on leur montrera, quand ils voudront, en beaucoup de bibliothèques, des volumes que tout habile homme reconnaîtra pour être de neuf cents ans et mille ans d'antiquité, où on lit et le canon et les secrètes que nous venons de produire. Ajoutez que ces volumes sont copiés pour l'usage des églises sur des volumes plus anciens : ajoutez que ceux contre lesquels on s'est servi de ce canon et de ces prières, soit hérétiques ou autres, du temps de Paschase ou de Bérenger', en ont eux-mêmes reconnu l'antiquité, et n'ont jamais seulement pensé que ces prières fussent nouvelles; et concluez, sans hésiter, que ces pièces sont du meilleur temps. C'est pourquoi vous avez vu que les ministres se sont crus obligés de les expliquer, et ensemble vous venez de voir qu'ils les expliquent si rnal , qu'ils n'osent s'en servir : ils sont contraints d'en reconnaître l'autorité, tant elles sont anciennes, et néanmoins de les rejeter, tant elles leur sont contraires.
.XX. Tout cela est dérivé de l'Ecriture , et ne fait qu'expliquer plus amplement ce que Jésus-Christ a fait et dit. — Mais au fond, toutes ces prières des liturgies ne sont autre chose qu'une explication de ce que les évangélistes et l'apôtre ont dit en six lignes : Jésus prit rfw pain en ses mains sacrées : il rendit grâces dessus, il le bénit. Par ce moyen, disent les Grecs dans leurs liturgies , il le montrait à son Père; car n'est-ce pas le lui montrer, et le mettre devant ses yeux, que de rendre grâces dessus, et de le bénir, comme il a fait? Toutes les liturgies expliquent de quelle sorte il montrait au Père ce pain qu'il tenait en ses mains : ce fut, disent-elles toutes d'un commun accord, en levant les yeux au ciel^. Toutes les fois que Jésus bénissait , ou rendait grâces, ou priait devant le peuple, nous voyons la même action, et ses yeux ainsi levés vers son Père. Les Eglises ont entendu sur ce fondement, et leur tradition l'a confirmé, qu'il fit la môme chose en bénissant le pain : il en fit autant sur le calice, et montra ces dons à son Père, sachant ce qu'il en voulait faire, et lui rendant grâces de la puissance qu'il lui donnait pour l'exécuter. Le Père qui le lui avait inspiré, et qui ne voulait pas qu'il épargnât rien pour témoigner son amour aux hommes, regarda avec complaisance cesdimsqui allaient devenir une si grande chose. En effet, Jésus continue; et soit en rompant ce pain , soit après l'avoir rompu, il dit à ses apOIres, Prenez, mangez ; ceci est mon corps. Il leur présenta la coupe, en leur disant :
1. Rpist. Paach. Radb. ad Frudeg. suh /tn. Guitm. ri al. conl. Ilereng. — 2. Lilurg, Jac, ih. Marc. 37. Liturg. Rom.,
Buvez-en tous, ceci est mon sang. Voilà ce qu'il voulait faire de ce pain et de ce vin. Il no voulait pourlant pas qu'il y parût, puisque c'était un objet qu'il ])réparail à la foi. Il sait se montrer et se cacher comme il lui plaît; et l'histoire des deux disciples d'Emmaus', l'apparition à Marie^, et tant d'autres exemples de son Evangile, nous font bien voir qu'il sait paraître quand il veut sous une ligure étrangère, ou se montrer dans la sienne propre , ou disparaître tout à fait à nos yeux , et passer même au milieu des troupes sans que personne le voie. Il n'avait pas besoin de se montrer en cette occasion ; car il savait que ses vrais disciples l'en croiraient sur sa parole : et son Père, â qui il présentait ce grand objet, savait bien pourquoi il y était, et pourquoi il y était caché; et pour être caché aux hommes, il n'en était ni moins visible ni moins agréable à ses yeux.
L'Eglise a présupposé que la parole de Jésus- Christ fut aussitôt suivie de son elfet. Il se fit en un instant un grand changement : il paraissait quelque chose, puisque Jésus-Christ disait : Prenez, mangez, buvez. Mais ce quelque chose n'était pas ce qui paraissait, puisqu'il disait : C'est mon corps, c'est mon sang. C'est une erreur insensée de croire qu'ils le soient devenus en le prenant, puisque Jésus-Christ disait : Ceci est. De sorte qu'il le fallait prendre, non point pour le faire tel, mais au contraire, parce qu'il l'était. Dans cette présupposition, qui ne voit que ce corps et ce sang étaient dès lors un objet, et leur consécration une action par elle-même agréable à Dieu ? Action où Jésus- Christ mettant son corps d'un côté, et son sang de l'autre, par la vertu de sa parole, s'exposa luimôme aux yeux de Dieu sous une image de mort et de sépulture, l'honorant comme le Dieu de la vie et de la mort, et reconnaissant hautement sa majesté souveraine; puisqu'il lui remettait devant les yeux la plus parfaite obéissance qui lui eût jamais été rendue, c'est-à-dire, celle de son Fils unique dévoué et obéissant jusqu'à la mort de la croix.
XXI. L'oblation clairement marquée. — Si cette action est une oblation et un sacrifice , il ne le faut plus demander, la chose parle ; et aussi nous avons vu que l'Eglise n'y a jamais hésité : car cette idée d'oblalion n'était pas détruite par le commandement de manger et de boire, ni parce que les apôtres mangèrent et burent en effet aussitôt après la consécration. Car où a-t-on pris que l'oblation et la manducation fussent choses incompatibles? La loi avait des oblations et des sacrifices auxquels on participait en les mangeant, n'y ayant rien en effet de plus convenable que de consacrer, en l'offrant à Dieu , ce qui nous devait sanctifier en le mangeant. Que nuisait à ce dessein que la consécration ait été si promptement suivie de la manducation , puisque très-visiblement le temps n'y fait rien ? C'est assez que les doux actions soient si clairement distinguées, et que Jésus-Christ se soit expliqué par Ceci est.
Il n'en a pas usé de la même sorte de l'eau du baptême. Encore qu'il en ait fait un sacrement, il n'a rien dit ni rien fait qui nous montrai que l'eau qu'il y empliiyait fut un sacremeiit hors de l'usage; encore moins a-t-il rien dit qui nous fil penser