r.iic, XXIV. — i. Joan., xx
EXPLICATION DE LA MESSE
qu'il en formât une autre substance : en un mot, il n'a pas dit qu'elle fût son sang , bien qu'elle le représentât; mais avant qu'on mange l'Eucharistie, il a déjà dit que c'était son corps et son sang : l'image de sa mort y était déjà empreinte par sa parole, et c'est pourquoi il a dit : Ceci est mon corps rompu, ceci est mon sang répandu pour vous.
XXII. Le corps donné et rompu, et le sang répandu pour les fidèles, tant à la croix que dans L'Eurharislie. — Ces mots nous donnent une vive idée de sacrifice dans l'Eucharistie : car ils n'ont pas seulement leur relation à la croix; c'est encore dans l'Eucharistie que le corps de Jésus-Christ est donné et rompu, et son sang répandu pour nous. Car il faut bien remarquer que ces mots , donné et rompu, pour le corps, l'un dans saint Luc' et l'autre dans saint Paul-; et ce mot , répandu , pour le sang, leur conviennent également bien, tant à la croix que dans l'Eucharistie. Il convient, dis-je, à ce divin corps d'être donné pour nous à la croix , et môme d'y être rompu, puisque c'est pour nous qu'il est percé et rompu de coups, et pour nous qu'il est livré à la mort; mais cela lui convient aussi dans l'Eucharistie : car il y est donné à tous les fidèles, et par ce moyen il y est distribué; ce qui s'exprime dans la langue sainte par le mot de rompre, conformément à cette parole : Romps ton pain à celui qui a faim^ : joint qu'on rompt ce corps sacré, comme on a vu , non-seulement pour le distribuer, mais encore en mémoire des coups dont sa sainte chair a été froissée. Pour le sang, il est bien visible que s'il a été versé en la croix, il coule encore dans l'Eucharistie sous la forme d'une liqueur. On voit donc que notre Sauveur voulant donner la propre substance de son corps en deux états, l'un à la croix d'une manière sensible, l'autre dans l'Eucharistie d'une manière invisible et cachée; pour exprimer la qualité, après en avoir nommé la substance , il a expressément choisi des termes qui convinssent aux deux états. S'il avait dit, par exemple : Ceci est mon corps mangé, cela ne conviendrait pas au corps en la croix ; et s'il avait dit ; Ceci est mon corps attaché à une croix, cela ne conviendrait pas au corps en tant qu'il est dans l'Eucharistie. lia donc choisi le mot de donné, qui convient également à ce divin corps, et dans l'Eucharistie et à la croix, pour montrer que c'est partout le même; le même, dis-je, qui est aussi bien dans l'Eucharistie que dans la croix, et également donné dans l'une et dans l'autre en sa propre et véritable substance. J'en dis autant du mot de rompu, pour la raison qu'on vient de voir. Il en est de même du sang répandu , et ce qui coule encore dans notre calice est en substance la même liqueur qui a coulé du sacré côté. C'est à quoi nous mène ce choix des paroles de Jésus-Christ : et pour le mieux faire sentir, il n'a pas dit dans le futur : Ceci est mon corps ou mon sang , qui seront donnés ou répandus; mais selon le texte original, dans le présent : C'est mon corps qui est donné, qui est rompu, ou qui se donne et se rompt; et c'est mon sang qui se répand; pour nous montrer qu'il était actuellement donné, rompu, répandu dans l'Eucharistie. Il est vrai que cette expression du temps présent a aussi sa relation à la mort qu'il va soutïrir; car