‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 351 sur 631 · Luc, xxii. 19. — 2. /. Cor., %i. 21. — 3. /s., Lviii · texte numérisé non relu

Luc, xxii. 19. — 2. /. Cor., %i. 21. — 3. /s., Lviii

il était à la veille de son supplice , et il disait dans la cène même : Le Fils de l'Homme s'en va, comme il est écrit de lui'; et deux jours auparavant : Dans deux jours ce sera la Pâque , et le Fils de l'Homme est livré pour être crucifié^, comme porte l'original, à cause qu'il Fallait être; et déjà il se regardait comme un mort, lorsqu'il disait du parfum qu'on avait répandu sur lui, qu'on l'avait fait pour l'ensevelir^. A combien plus forte raison dans l'institution de l'Eucharistie devait-il dire de son corps et de son sang, même par rapport à la croix, que c'était un corps déjà immolé, et un sang déjà répandu; puisqu'il fallait être, et que même il s'engageait de nouveau et plus que jamais par cette action, à l'immoler et à le répandre? Mais comme il avait choisi des mots qui pussent convenir à son saint corps, tant à la croix qu'à l'Eucharistie, il en fait de même des temps; et parlant en temps présent, il ne montre pas seulement sa mort prochaine, mais il montre dans son corps et dans son sang, en la manière dont ils étaient dans l'Eucharistie, un caractère de victime dont ils étaient actuellement revêtus.

Ce caractère est visible dans ces mots, pour vous ; car ce sont ceux dont se sert toute l'Ecriture, pour montrer que la croix est un sacrifice où Jésus-Christ donne sa vie et verse son sang pour nous. Ainsi l'action du sacrifice est marquée dans l'Eucharistie, lorsque Jésus-Christ dit lui-même , non-seulement que son corps nous y est donné, mais qu'il est donné pour nous, et que son sang répandu pour nous à la croix, se répand encore pour nous dans cette action, et devant même qu'on le boive, y paraissant sous la forme d'une liqueur toujours prête à couler pour noire salut.

XXIII. L'Eucharistie étant notre pâque, est ensemble un sacrement et un sacrifice. — Tout portait donc une idée de sacrifice dans la cène de Notre Seigneur; et il n'y a pointa s'étonner si l'Eglise l'a si bien prise. Il ne faut point objecter que Jésus- Christ instituait un sacrement, et l'instituait pour manger et non pour offrir; ou qu'il instituait non un sacrifice, mais la commémoration d'un sacrifice; car la raison de sacrement ne répugne point à celle de sacrifice : témoin, sans aller plus loin, la fête de Pâques, qui fut à la fois aux Hébreux un sacrement et un sacrifice; une chose qu'on offrait et qu'on mangeait, comme tant d'autres hosties; un sacrifice très-véritable qu'on répétait tous les ans , et ensemble la commémoration d'un sacrifice, par lequel le peuple de Dieu avait été délivré de la grande plaie de l'Egypte.

Rappelez ici en votre mémoire celte nuit si funeste aux Egyptiens, où l'ange devait passer dans toutes leurs maisons pour en exterminer les premiers-nés. Les Hébreux ne méritaient pas moins d'être frappés que les autres; car tous ont péché, et ont besoin de la bonté de Dieu* ; mais Dieu les voulait épargner, et les délivrer, par un grand coup, de la servitude de l'Egypte. Vous savez que pour cela il leur ordonna de sacrifier un agneau par chaque maison , de le manger, de frotter les portes de la maison de son sang : Je passerai, dit le Seigneur^, et je frapperai tous les premiers-nés des

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