Liturg. Présanct., p
2. Bossuot , dans la Revue sur quelques ouvrages , déjà citée , et sous ce titre : Remarques considérables sur le livre intitulé : Explication de quelques difficultés sur les prières de la Messe , avertit d'ajouter ces mots : avec nous.
3. Ce prélat marque aussi au même endroit qu'il faut lire 615, au lieu de 645 que portait la première édition : et il ajoute tout de suite cette réflexion , qu'il est à propos de transcrire en entier. « Remarquez qu'on rapporte ici un passage trés-considéra- » ble du saeritice des présanctifiés dans l'Eglise grecque, qui est » une prière composée par le patriarche Sergius, oU l'ador.ition » du corps de Jésus-Christ est manifeste. Car à l'endroit où l'on j» disait : Son corps sa7is tache et son sang vivifiant entrent à » cette heure, pour être posés sur ct'Ite table mystique, envi7-Qn~ » nés invisiblement de la multitude de l'armée céleste; ce pa- » triarche ajoutait : Maintenant les Vertus des cieux adorent » iiivisiblenienl avec nous; car voilà le Roi de gloire qui entre. » On ne peut marquer plus clairement, m la préseuce de Jésus- X Christ dans l'Eucharistie, ni l'adoration que lui rendaient en- » semble et les hommes et les anges. C'est pourquoi le terme y avec nous, qui marquait cette commune adoration, était fort » important; et néanmoins il s'est trouvé omis.
» n est d'une conséquence extrême de trouver la présence ♦ réelle, et l'adoration bien établies avant Paschase Raiibert, » sous qui les protestants ont voulu marquer le commencement » de l'uue et de l'antre. Or cette prière le prouve aussi demon- » strativement qu'il se puisse; puisque Paschase Radbert écrivait » vers la fin du neuvième siècle , et que cette prière se f lisait «constamment plus de deux cents ans auparavant. La force de » la preuve consiste en ce que cette prière est rapportée tout du » long dans une chronique authentique qui est du temps , et que » la date en est fixée à la cinquième année après le consulat » d'Héraclius, c'est-à-dire, comme tout le monde en est d'accord, ' à la cinquième année de son empire, qui était la615o de Notre » Seigneur, au lieu de laquelle on avait mis 645 : ce qui suffisait » absolument pour la preuve qu'on voulait faire : mais elle n'en » est que plus forte , en lui rendant trente ans entiers d'antiquité » que le libraire lui avait ôtés.
» Il faut encore remarquer que ce n'est pas ici un témoignage » particulier, mais le témoignage et la prière de toute l'Eglise » orientale et de son patriarche. »
innovations de ce patriarche? Au contraire, l'Eglise grecque qui les a toujours détestées, en continuant, comme elle a fait depuis ce temps-là , de dire cette prière, n'a-t-elle pas montré plus clair que le jour qu'elle la regardait comme tirée de sa perpétuelle et invariable tradition? En effet, ce n'est que l'endroit qui commence par Maintenant, qu'on attribue à ce patriarche; mais vous n'avez qu'à relire toute la prière comme nous venons de la rapporter, pour y voir au fond le môme sens, la même adoration, la même croyance dans les paroles précédentes qui venaient de l'antiquité : et tout cela n'était autre chose que ce qu'avait dit saint Chrysostoine', que les anges étaient autour de l'Eucharistie, comme les gardes autour de l'empereur, dans une posture de respect; et jamais le peuple fidèle entendant cela n'a rien cru entendre de nouveau. C'est pourquoi, en condamnant les erreurs que Sergius enseigna dans la suite, on a retenu ce qu'il avait fait en conformité de la tradition, et on n'est point tombé dans l'excès d'avoir arraché le bon grain en haine de l'ivraie.
Et il est vrai que l'Eglise grecque pousse si loin l'adoration des présanctifiés, que c'est ce qui donne lieu à rendre de grands honneurs aux dons proposés avant même la consécration : car lorsque de la prothèse, c'est-à-dire à peu près de la crédence, on les porte sur l'autel où ils vont être consacrés, l'Eglise, pleine de ce qu'ils vont bientôt devenir par son ministère, leur rend déjà par avance les honneurs extraordinaires. Mais si on commence à les révérer à cause qu'ils doivent être le corps et le sang, quelle adoration ne leur doit-on pas depuis qu'ils le sont? Que s'il y en a quelques-uns parmi les Grecs qui portent si loin l'honneur des dons non encore consacrés, que non-seulement ils se prosternent jusqu'à terre devant eux, mais encore qu'ils leur parlent et leur adressent des prières; Cabasilas^, un des plus solides théologiens de l'Eglise grecque depuis trois à quatre cents ans, et au reste grand ennemi des Latins, nous fait voir dans un passage qui est rapporté par le ministre la Roque ^, que cette coutume est venue de l'adoration trèsexpresse et très-bien fondée des dons présanclifiés, qui étaient déjà le vrai corps et le vrai sang du Sauveur. Combien donc sont-ils adorables, si on adore même ce qui leur ressemble?
XXIX. Prières adressées à Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie. — Si maintenant, à l'occasion des paroles de Cabasilas, qui dit qu'on parle aux dons sacrés, vous désirez de savoir quelles paroles on leur adresse dans la liturgie; les voici, quand on est près de communier : « Je crois , ô Seigneur, » que vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant*. » Et encore : « Je ne vous donnerai pas un baiser de » traître comme Judas. » Et encore : « Je ne suis » pas digne que vous entriez sous le sale toit de » mon âme; mais comme vous êtes entré dans l'é- » table et dans la crèche des animaux, ne dédai- » gncz pas d'entrer dans la crèche de mon âme » privée de raison et de mon corps souillé; de moi, » dis-je, qui suis un mort et un lépreux. N'ayez » point d'horreur de moi, puisque vous n'en avez » point eu de la prostituée qui baisait vos pieds
\. De Sacerd., lib. vi,»i.4; (om.l, p. 422. — 2. iî'r. exp.. c. XXIV. — 'i. Hist. de l'Eucharistie. — 4. Lit. Chrys.,p. S4.
EXPLICATION DE LA MESSE
» avec une bouche impure. » Toutes choses qui marquent si évidemmoiit un attouchement et une présence réelle, qu'il ne faut plus raisonner avec celui qui ne le sent pas.
Un ministre croit pourtant bien ralTiner, en disant que c'est à Jésus-Christ qu'on parle, et non pas au sacrement , puisque le sacrement n'entre pas dans l'Ame'. Qui lui dit que c'est au sacrement qu'on parle, ou le sacrement qu'on prie? On lui dit que c'est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ comme présent dans le sacrement; car le fidèle venait de dire au prêtre : Donnez-moi le précieux et saint corps de Ji'sus-Christ. Le prêtre avait répondu : Je cous donne le corps précieux, saint et immaculé de Jésus-Christ. Et sur cela le fidèle s'adressant, non plus au prêtre, mais à Jésus-Christ qu'on lui donne : Je crois, dit-il, que vous êtes le Christ. Après il ne parle plus que des lieux et des personnes que Jésus-Christ a honorés de sa présence et par son attouchement corporel. Tout ce (|u'il craint , c'est de le toucher, et de le baiser comme un Judas, qui ne l'en toucha pas moins, quoique le baiser qu'il lui donne fiit un baiser de iraitre. Pour éviter ce malheur, il le prie d'entrer dans son âme comme dans son corps, parce qu'étant Dieu et homme, il entre en son âme comme Dieu, et dans son corps comme un homme revêtu d'un corps; afin que lui étant uni corps à corps et esprit à esprit, il consomme ce mariage céleste qui nous a été tant de fois annoncé dans les Ecritures, et ne soit qu'un même corps et un même esprit avec lui. Et on croira qu'on parle ainsi à un absent qui tient son corps renfermé dans le ciel , et qui ne le communique que par la pensée, ou tout au plus par sa vertu t
Ce qui suit n'est pas moins fort : « 0 Dieu , sau- » vez-moi, afin que je reçoive sans condamnation » le corps précieux et sans tache de Jésus-Christ » votre Fils, pour le remède de mon âme et de mon » corps : » où, ce que le pécheur appréhende, n'est pas de le chasser du mystère, ou d'empêcher qu'il n'y soit, mais uniquement de l'y profaner, de l'y recevoir pour sa perte , car il sait bien qu'il y est toujours, et même pour les plus indignes, puisque notre infidélité n'anéantit pas sa parole ni ses dons. C'est là aussi ce qu'il considère comme le comble de son crime, de ce qu'il le baise comme Judas, et le trahit tout ensemble.
On trouve de semblables prières adressées à Jésus-Christ dans toutes les liturgies des Orientaux, syriennes, arabiques, égyptiennes ou cophles ; ce qu'on ne peut |)lus nier sans une extrême impudence, après tant de manuscrits très-anciens et très-authentiques qu'on en a, dont M. l'abbé Renaudot, qui possède toutes ces langues, et a vu tous ces manuscrits, quelque jour nous fera voir encore mieux le sens et l'esprit'^.
X.XX. l'adoration est inséparable de la foi de la réalité. — Mais quand nous n'aurions i)oint toutes ces prières, dès qu'on dit que l'Eucharistie est en