‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 357 sur 631 · La Roq., Hisl. de lEuchor., p · texte numérisé non relu

La Roq., Hisl. de lEuchor., p

2. C'est ce que ce savant abbe a exécuté en publiant cas liturgies orientales en deux volumes in-4«, avec des dissertations pleines d'éruditions sous ce titre : Litur[/iarium orientalium coileclio , elc, Paris , 1716. On peut voir, dans la Préface que l'auteur a mise à la této de cet important recueil ,1e jupemenL que Bossuet avait porté de son travail , et l'intérêt qu'il y prenait. Préf., pag. \5{Edtl. de Déforis].

elTet le corps et le sang, n'y a-t-il pas un acte de foi attaché à Jésus-Christ présent? un acte d'espérance, en niellant dans celte présence le fondement et le gage de la future félicité? un acte de charité , en désirant de s'unir corps à corps, aussi bien qu'esprit à esprit à son Sauveur? Qu'on est grossier, si on n'entend pas que c'est là la véritable adoration en esprit et en vérité, et que cette adoration est inséparable de la foi de la présence réelle I

Les ministres demandent curieusement, quand est-ce qu'on a commencé l'élévation solennelle qu'on fait à présent pour adorer Jésus-Christ , inconlinent après la consécration. Mais qu'importe au fond qu'on ait élevé ou qu'on n'ait pas élevé, si cependant on disait, en marquant le corps de Jésus- Christ par un signe de croix : « Voilà l'Agneau de « Dieu, le Fils du Père'; » et en jetant une parcelle de ce sacré corps dans le calice : « C'est ici la » sainte parcelle de Jésus-Christ, pleine de la grâce » et de la vérité du Père et du Saint-Esprit; » et en divisant le reste du pain consacré pour le distribuer au peuple : « Goûtez, et voyez combien le Seigneur » est doux, qui partagé comme par membres, n'est » pas divisé, et qui donné à tous n'est pas con- )) sumé. » Peut-on le montrer d'une manière plus efficace et plus éclatante?

Et pour venir à l'Eglise latine, lorsqu'au rapport de saint Ambroise, après avoir prié solennellement que le pain fût changé au corps , après avoir tant de fois déclaré qu'on l'olTre , et enfin en avoir parlé en tant de manières, on le montrait au fidèle qui allait le recevoir, en lui disant : C'est le corps de Jésus-Christ; et que le fidèle répondait. Amen, c'est-à-dire. Cela est vrai : que veut-on que signifie son Ame7i, si ce n'est un consentement à la vérité qu'on venait de lui proposer, en disant : C'est le corps de Jésus-Christ? Que si ce n'en était qu'une figure, comme l'eau est la figure du sang du Sauveur qui nous lave dans le baptême avec une verlu semblable à celle qui opère dans ce sacrement, on eiit pu y exiger une profession de foi semblable à celle qu'on faisait en recevant l'Eucharislie; mais on n'y songeait seulement pas, ni on ne disait au fidèle, en lui montrant l'eau dont il allait être lavé, que c'était le sang du Fils de Dieu. Mais peut-êlre qu'on voulait dire, en lui disant. C'est ici le corps du Sativeur, qu'il le recevrait par la foi; non, on lui dit ce que c'est; on ne lui fait pas confesser ce qui s'allait passer dans son intérieur, mais ce qu'il avait déjà présent , et ce qui était tout fait et tout accompli dans l'objet qu'on lui mettait devant les yeux. N'était-ce pas un acte de foi attaché à Jésus- Christ présent? Et que semblait faire l'Eglise lorsqu'elle exigeait cet Amen? Cela est vrai; sinon de leur dire avec saint Ambroise^ : « Ce que vous 1' confessez de bouche, que votre esprit le confesse » au dedans; ce que la parole énonce, que l'affec- » tion le ressente : » ou, comme disad saint Léon' : « La même chose qu'un croit parla foi, est celle » qu'on prend par la bouche; et c'est en vain qu'on » répond Amen, si on dispute dans son cœur contre » ce qu'on déclare qu'on reçoit. » Confesser Jésus- Christ de celle sorte , qu'est-ce autre chose que de l'adorer? et saint Pierre l'adora-t-il davantage, lors-

1. LU. Jac. XX, — 2, De Us qui Uni., cap. ix; tom. n, col. 3i0. — 3. Serm. lxxxix, c. iii.

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qu'il dit : Vous êtes le Christ, Fils de Dieu vivant'? XXXI. L'adoration extérieure avouée par les ministres dans l'Eglise grecque. — Mais vous voulez voir, dites-vous, une adoration dans les formes, c'est-à-dire une adoration bien marquée à l'extérieur; car elle ne devait pas être déniée à Jésus- Christ. Pourquoi me la demandez-vous? Les ministres vous l'ont marquée jmr des faits constants, comme vous la demandez. Aubertin et la Roque ont rapporté entre autres passages celui de Théodoret, où il est porté qu'on adore les sacrés symboles , non pas comme des symboles, mais comme étant ce qu'ils ont cru être-, c'est-à-dire le corps et le sang de Jésus-Christ; et celui de saint Cyrille de Jérusalem, où il avertit le fidèle de quelle sorte , et avec quel respect il doit tendre la main sur laquelle il doit recevoir le roi^ ; quelle précaution il doit apporter à ne laisser pas tomber à terre la moindre parcelle du don précieux; car c'est de même, lui dit-il , que si vous vous laissiez arracher un de vos membres ; comment enfin il doit s'incliner devant le sacré calice en forme d'adoration.

Aubertin subtilise ici sur les diverses adorations qu'il est obligé d'avouer, contre les maximes de sa secte, les unes du premier ordre, et les autres du second; et il avoue qu'on en rendait une à l'Eucharistie, mais du second rang"*. Tous les ministres le suivent d'un commun accord. Remarquez donc le fait avoué et constant, qu'en elïet il n'y avait pas moyen de nier après des paroles si expresses des saints Pères. Les ministres distinguent encore curieusement les marques d'honneur, ou par le prosternement, ou par la génuflexion, ou par une simple inclination du corps; et ils prétendent que cette dernière, qu'on rendait à l'Eucharistie, n'était pas la plus grande, ni par conséquent la souveraine. Voilà les derniers efforts pour éluder l'adoration de l'Eucharistie. Mais quelle grossière imagination de distinguer la nature de l'adoration par la simple posture du corps I Le prosternement , dit-on, est la plus grande. Eh! peut-on nier qu'on ne se soit prosterné devant Dieu, devant ses anges, devant ses prophètes, devant l'arche où il reposait, devant les rois et devant tous ceux qui portaient le caractère de sa puissance? Qu'on me distingue par la posture du corps ces diverses adorations. J'avoue que saint Cyrille ne parle ici que d'une adoration par la seule inclination du corps; car il parle du moment de la réception, qui n'eût pas été compatible avec le prosternement, quoiqu'il put avoir précédé , comme en effet on le verra par d'autres passages. Mais sans ici nous y arrêter et sans en avoir besoin , j'avoue sans difficulté qu'au moment de la réception on était debout, et dans la même posture où tous les fidèles, excepté les pénitents, adoraient Dieu dans la prière publique. Alors donc on rendait son adoration en s'inclinant seulement : mais aussi n'est-ce pas précisément par la posture du corps qu'on reconnaît la nature de l'adoration; c'est par l'intention et les circonstances; et ici on marquait l'adoration souveraine, en disant, comme on vient de voir par des passages exprès, qu'on adorait ce qu'on recevait, comme étant le Roi, le

1. Mallh., xvi. 16. — 2. Alb., lih. il, pag. 433, 803,822,- La Roq., Hist. de l'Euch.. III. part., chap. iv, etc.; Tkeod., Dial. 2. — 3. CtjriL,, Cat. v, JUystuy. suprà. — «4. Alb. La Roq., ibid.

Souverain même, comme étant ce qu'on en croyait, c'est-à-dire son corps et son sang, la chose du monde la plus adorable, à cause de son union avec le Verbe,

XXXII. Passages célèbres de saint Ambroise et de saint Augustin. — De même, pour venir aussi à l'Eglise d'Occident, quand saint Ambroise et saint Augustin embarrassés d'un endroit des psaumes', qui semblait porter àadorer l'escabeau des pieds du Seigneur, c'était à dire la terre, comme ils l'entendaient, s'en démêlent, en disant que cette terre qu'il faut adorer, était la chair de Jésus-Christ. « Que personne ne mange, dit saint Augustin, » qu'il ne l'ait premièrement adorée : que les apô- » très avaient adorée, dit saint Ambroise, et qu'on » adorait encore aujourd'hui dans les mystères. » Ils parlaient sans doute de l'adoration souveraine, puisqu'ils parlaient de celle que les apôtres rendaient à Jésus-Christ présent, et de celle qu'on ne pouvait rendre à aucune créature, mais seulement à celui qui a créé le 2iel et la terre : on rendait donc dans l'Eucharistie à la chair de Jésus-Christ comme présente, une adoration souveraine.

Non, dit-on, cette adoration était adressée à la chair de Jésus-Christ dans sa gloire. Mais qui ne voit au contraire qu'il s'agit ici d'une adoration extérieure qu'on rendait à un objet déterminé et présent ? Car c'est pour cela que saint Ambroise remarque que les apôtres avaient adoré Jésus-Christ, pendant qu'il était sur la terre; et qu'il dit qu'encore aujourd'hui on l'adore dans l'Eucharistie; pour montrer qu'il y faut trouver, comme du temps des apôtres, une adoration envers Jésus-Christ présent.

Saint Augustin a quelque chose encore de plus exprès; et quoique vous ayez lu cent fois ce passage , trouvez bon , je vous en conjure , que je vous en représente encore une fois les paroles essentielles , pour vous faire mieux observer les chicanes de vos anciens pasteurs. « David a dit : Adorez » l'escabeau des pieds du Seigneur : il a dit que la » terre était l'escabeau des pieds du Seigneur. » C'est par où saint Augustin commence : puis il ajoute que cette terre qu'il faut adorer comme l'escabeau des pieds du Seigneur, c'est la chair unie au Verbe; que nul ne mange, dit-il, sans l'avoir premièrement adorée. Ne voyez-vous pas qu'il nous parle de la marque sensible du culte que tout le monde est d'accord qu'on rendait à l'Eucharistie en la recevant? Autrement il n'avait que faire de parler ici des mystères, ni de la manducation de la chair de Jésus-Christ ; car ce n'était pas seulement à celte occasion que les fidèles reconnaissaient la majesté souveraine de Jésus-Christ dans sa gloire; mais parce qu'en prenant la chair du même Sauveur, on lui rendait un honneur visible, et un honneur qui se terminait à un objet présent. C'est avec beaucoup de raison que saint Augustin fait ressouvenir ses auditeurs de cette pratique ordinaire, pour leur faire observer une marque sensible de culte , une adoration spéciale et spécialement terminée à la chair de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi il ajoute : Quand donc vous vous inclinez et vous prosternez , (voilà en passant le prosternement qu'Aubertin nous demandait;) mais ce n'est pas là

1. Ps. xcvm. 5. Amhr. de Spir. S., lib. ni, cap. u, «, 79; tom. II, col. 681; Auy., tract, in Psal. xcviii, n,9; tom. iv, coi. 1065.

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maiiilcnaiU ce que je veux vous l'aire observer : disons donc : Quand vous vous inclinez el vaux proslerne: dcrant quelque terre que ce soit, Ad quatidihct terra)», devant qncl(|uu portion que ce soit de la sainte Eucharistie, où cette chair qui est terre, vous est présentée; ou, connue ce ministre veut qu'on le traduise, car cela m'est indifférent : Quand vous vous inclinez et cous prosternez derant cette chair, quoiqu'elle soit de la terre; ne la regardez pas comme de la terre, mais reijardez-y le Saint dont elle est l'escabeau , c'est-à-dire le Fils de Dieu ; car c'est pour l'amour de lui que vous l'adorez. Vous voyez donc clairement qu'en communiant on s'inclinait el on se prosternait devant quelque chose. Ce n'était pas indéliniment par une inclination ou prostration, aussi bonne d'un coté que d'un autre, comme serait celle qu'on adresserait à Jésus-Christ dans sa gloire, où personne ne le voyait : c'était déterniinément devant quelque chose qu'on vous présentait, devant quelque chose qu'on allait manger, devant quelque chose qu'il fallait nécessairement adorer avant que de le recevoir, et l'adorer comme le Saint des saints, c'est-à-dire, comme Dieu même qui y résidait, el par conséquent par un culte souverain. C'est par celte pratique ordinaire, c'est par ce culte marqué que saint Augustin établit qu'on pouvait adorer la terre; non par une adoration du second ordre , comme on adore une image ou une relique , ainsi que le prétend Aubertin , mais comme on adore la vérité même.

XXXIII. Adoration dans l'Ordre romain el dans les anciens Sacramenlaires. — Vous devez être content sur l'adoration ; et quand on vous dira après cela qu'elle ne parait ni dans l'Ordre romain, ni dans les vieux Sacramenlaires, vous conclurez, non qu'il n'y en eut point dans la célébration de l'Eucharistie, puisqu'il est constant par tant d'endroits, et même avoué par les ministres, qu'il y en avait une Irès-expresse ; mais qu'on n'avait pas besoin de marquer une chose si commune, et dont le peuple était si bien instruit par les sermons, par les catéchismes, et par la pratique même. Ce qui en passant peut servir de preuve, que les choses les plus reçues et les plus constantes , surtout celles de pratique, ne se trouvent pas toujours dans les endroits où l'on s'imaginerait qu'elles devraient être le mieux exprimées.

Mais encore que rien n'obligeât d'énoncer dans l'Ordre romain une pratique aussi connue que celle dont il s'agit; quand néanmoins il y a eu quelque raison particulière de la marquer, on ne l'a pas oubliée. Par exemple, lorsque le pontife allait célébrer; comme en approchant de l'autel il devait marquer son respect à l'Eucharistie qui était posée dessus, il est expressément porté dans l'ancien Ordre romain, qu'en inclinant sa lèle vers l'autel il y adore la sainte (c'est-à-dire , visiblement l'hostie déjà consacrée, comme elle est appelée partout), et demeure toujours incliné jusqu'au verset propliétat', c'est-à-dire, jusqu'au verset du psaume qu'on devait chanter, comme la suite le montre. Et encore en un autre endroit^ : « Les acolytes présentent la » boite couverte avec la sainte, et le sous-diacre la

1. Ord. rom., t. x, Bibl. PP., png. 2, el ap. M'ibil. Ord., I. Rom., pag. 8; Ord. ll.pag.lS; Eucolog . Amaiar.,p. 551, etc. — 2. Idem, pag, 13.

» tenant ouverte, montre la sainte au pontife ou au » diacre qui le précède : alors, dit-on, le pontife ou » le diacre inclinant la lèle salue la sainte; » ce qu'on ne pralique point lorsqu'on présente au pontife s\ir la patène les oblations qui n'ont encore été immolées^ c'est-à-dire, consacrées par personne; car à celles-là on ne leur rend aucun culte. Et voilà manifestement dans l'Ordre romain l'oblation déjà immolée, qu'on appelait autrement, formée el consacrée"^; la voilà, dis-je, réservée (pour quelle lin? ce n'est pas de quoi il s'agit ici), et en même temps adorée avec distinction de celles qui n'étaient pas encore consacrées.

Au reste, il ne faut nullement douter de l'antiquité de ces Ordres ou livres Rituels romains; tant à cause de la vénérable antiquité des volumes où on les trouve, qu'à cause aussi des circonstances du temps et du témoignage d'Amalarius qui les rapporte, comme étant alors, c'est-à-dire, au commencement du neuvième siècle, dans un usage constant, ancien et reçu.

On a encore une preuve expresse d'adoration dans un de ces vieux Sacramenlaires, où vos docteurs vous disaient qu'il n'y en avait point, puisque la sainte oblation y est appelée, le sacrifice adorable qu'on offre pour la rémission des péchés^. Qu'on me dise quelle autre victime on pourrait offrir pour la rémission des péchés, si ce n'était Jésus-Christ môme? Et cela étant, y avait-il rien de plus naturel que de nommer ce sacrilice, adorable? Ces petits mots qui se disent naturellement sont la preuve la plus concluante d'une vérité dont on est plein, qu'on ne cherche pointa dire, mais qui vient d'ellemême dans la prière.

XXXIV^ L'endroit précis de l'adoration dans l'ancienne Eglise. — S'inquiéter maintenant pourquoi on a fait l'élévation dans l'antiquité; si c'a été pour marquer l'exaltation du corps de Notre Seigneur à la croix, comme le disent les uns, ou en signe d'oblation , comme le veulent les autres, ou pour exciter le peuple à l'adoration , comme on le fait à présent dans l'élévation aussitôt qu'on a consacré; el si cette élévation, ou les génullexions qu'on fait à présent ont toujours été pratiquées; ou depuis quand on a reçu l'Eucharistie à genoux; c'est se tourmenter en vain. Il suffit que l'Orient et l'Occident, et toute l'Eglise universelle aient constamment adoré Jésus-Christ comme présent daus l'Eucharistie , d'une adoration souveraine, en quelque endroit de la messe que c'ait été. Pour moi, je croirai facilement que, durant l'action du sacrifice, l'adoration extérieure qu'on rendait à Jésus-Christ se confondait avec celle qu'on rendait à Dieu par Jésus-Christ même : de sorte qu'on ne se meltait non plus à genoux devant Jésus-Christ, qu'on avait fait devant le Père éternel dans loule l'action du sacrifice. Mais quand il fallait faire quelque action particulière envers le corps de Jésus-Christ, comme lorsqu'on le portait de la prothèse à l'autel dans le sacrilice des présanctillés, ou quand on s'approchait pour le recevoir; alors l'adoration élait si marquée, qu'il n'y avait point à douter du sentiment de l'Eglise pour celte adorable victime. Tout le reste qu'on pourrait

1. Ord. rom., t. x, Bibl. PP., pag. 9. — 2. Idem, pag. 115. — a. Miss. Gall. vet. Miss. 39; Mabil., de LU. (iall., pag. 377; T/iovl., pag. 491.

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avoir ajouté, selon la perpétuelle coutume de l'Eglise , pour établir davantage la vérité de la présence, quand elle a été contestée, n'est que l'eti'et ordinaire de la vigilance des pasteurs, qui, lorsque quelque dogme a été combattu ou obscurci, n'ont jamais manqué de l'inculquer par quelque chose de si marqué et de si fort, qu'il fût capable de confondre les plus rebelles et de réveiller les plus endormis.

En tout cela on n'invente rien. Par exemple, dans cette occasion on n'adore pas de nouveau , puisqu'on a toujours adoré, comme on vient de voir; mais on rend l'adoration , ou plus sensible , ou plus fréquente; et si après tout cela on demande où l'on a pris cette adoration; qu'on le demande à l'ancienne Eglise où on la voit si constante.

XXXV. Conclusion de la matière de l'adoration. Passage de saint Jérôme sur les vaisseaux sacre's. — Pour l'Ecriture, il n'y a rien de plus insensé que de nous demander d'autres passages , pour l'adoration , que ceux où il est porté que Jésus-Christ est le Fils de Dieu , et une personne adorable du culte suprême. Et de trouver si étrange qu'on n'ait pas marqué dans les Evangiles l'adoration des apôtres envers Jésus-Christ caché dans l'Eucharistie, pendant qu'il n'en parait pas davantage pour Jésus- Christ visible au milieu d'eux; vous avez avoué souvent que c'est la chose du monde la plus ridicule.

Enlin, puisqu'il est constant que la foi en Jésus- Christ comme présent emporte la véritable et parfaite adoration, qui est l'intérieure; disputer pour l'extérieure qui en est le signe, c'est trop ignorer ce que c'est que d'adorer. Et c'est pourquoi toute l'Eglise en Orient et en Occident, dès les siècles les plus purs, a cru trouver dans la présence réelle un fondement légitime d'adoration, non-seulement pour tous les hommes, mais encore, comme on a vu, pour tous les anges : ce qu'elle a même porté si loin, qu'elle a étendu sa vénération jusqu'aux vaisseaux sacrés qui servent au ministère de l'Eucharistie. Je ne puis ici m'empècher de vous rapporter un passage où saint Jérôme , un si grand docteur, loue Théophile d'Alexandrie, de ce qu'il avait soutenu contre Origène que les choses inanimées étaient capables de sanctification : « Afin, » dit-il', que les ignorants apprennent avec quelle » vénération il faut recevoir les choses saintes, et » servir au ministère de l'autel de Jésus-Christ, et » qu'ils sachent que les calices sacrés, les saints » voiles, et les autres choses qui appartiennent au » culte de la passion de Notre Seigneur, ne sont » pas sans sainteté comme choses vides et sans sen- » liment; mais que par leur union avec le corps et » le sang de Jésus-Christ elles doivent être adorées )> avec une pareille majesté que le Seigneur même. » Ce ne lui est pas assez de dire que ces vaisseaux sont saints et sacrés, et méritent une singulière vénération : il ajoute que l'honneur qu'ils ont d'èlre unis au corps et au sang de Jésus-Christ, par un contact si réel, y laisse une impression si grande et si vive de la majesté du Seigneur, qu'elle les rend dignes d'une pareille adoration; ce qui sans doute ne serait pas, si ce corps et ce sang qu'ils touchent étaient autre chose que le Seigneur même. Car

1. Epist. Hier, ad Theoph. ante ejusdeni T/ieovh, I. Epist, Pasch. nunc Ep. Lxxxviii ; tom. r<i,part. II, col, "2S.

c'est à la source même et à l'objet primitif de l'adoration qu'il faut être immédiatement uni, pour être ainsi associé au même culte : et c'est pourquoi saint Jérôme regardant le sacré calice , la patène, le voile sacré où l'on enveloppe le corps de Jésus-Christ, comme sanctifiés par ce contact, y voit une extension de la majesté de Jésus-Christ, qui leur attire une extension du même culte, comme l'honneur qu'on rend aux rois s'étend jusqu'aux lieux où ils habitent, et jusqu'à la chaire où on a coutume de les voir assis. En ell'el , il n'y a personne parmi nous, tant soit peu louché des sentiments de piété, qui, à la vue du sacré calice, de la patène , et des linges où il voit tous les jours Jésus-Christ posé, ne se souvienne à quoi ils servent et à quoi ils touchent, et ne soit porté par ce souvenir à faire paraître quelque marque et comme une effusion du respect qu'il sent pour Jésus-Christ. Les Pères, avec qui la foi de la présence réelle nous est commune, ont senti le même respect; et les protestants, qui ont éteint celte foi, ne sentent rien.

XX.XVl. Principe pour expliquer le reste des difficultés proposées au commencement. L'Eglise s' offre elle-même dans son sacrifice. — Il reste maintenant à vous expliquer les prières de la liturgie, qu'on vous a fait croire indignes d'une oblation qui serait Jésus-Christ même. Mais il n'y aura plus de difficulté, si vous songez seulement que l'Eglise qui offre le pain et le vin pour en faire le corps et le sang, et qui ensuite olTre encore ce corps et ce sang après qu'ils sont consacrés, ne le fait que pour accomplir une troisième oblation, par laquelle elle s'offre elle-même, comme je vous l'ai déjà dit'.

Le prêtre commence le premier, et à l'exemple de Jésus-Christ, qui a été tout ensemble le sacrificateur et la victime , il s'offre lui-même avec son oblation : c'est ce que signifie la cérémonie d'étendre les mains sur les dons sacrés, comme on fait un peu avant la consécration. Autrefois dans l'ancienne loi on mettait la main sur la victime^, en signe qu'on s'y unissait, et qu'on se dévouait à Dieu avec elle : c'est ce que témoigne le prêtre en mettant ses mains sur les dons qu'il va consacrer.

Tout le peuple pour qui il agit entre dans son sentiment, et le prêtre dit alors au nom de tous : « Nous vous prions. Seigneur, de recevoir cette B oblation de notre servitude, et de toute votre fa- )> mille; » où nous apprenons, non-seulement à offrir avec le prêtre les dons proposés, mais encore à nous offrir nous-mêmes avec eux.

L'Eglise explique encore cette oblation par ces paroles: « Nous vous prions, ô Seigneur, qu'en » recevant cette oblation spirituelle, vous nous fas- » siez devenir nous-mêmes un présent éternel qui » vous soit offert : Nosmetipsos tibi perfice munus » œternum^ : » ce que l'Eglise répète souvent en d'autres paroles; et c'est aussi la doctrine de saint Augustin en plusieurs endroits*, lorsqu'il enseigne que l'Eglise apprend tous les jours à s'offrir ellemême à Dieu dans le sacrifice qu'elle lui offre.

L'ancienne cérémonie, où chacun portait lui-même son oblation, c'est-à-dire son pain el son vin, pour être offert à l'autel, confirme cette vérité. Car outre

1. Ci-de3su3, nura. 3. — 2. Lev., i, 4; m et viii. U. 15. etc. — 3. Dom. II post Pentec. — 4. De Civ., Ub. v, cap. 19, 20; lom. vu, col. 255 et seq.

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([u'uH'i-ir i Dieu le pain et le vin dont notre vie est soutenue, c'est la lui ollVir ellc-niônie comme chose qu'on tient lie lui, et qu'on lui veut rendre; les saints Pères ont remarqué dans le pain et dans le vin un composé de plusieurs grains de blé réduits en un, et de la liqueur de plusieurs raisins fondus ensemble ; et ils ont regardé ce composé comme une figure de tous les lidéles réduits en un seul corps pour s'olïrir à Dieu en unité d'esprit : ce qui a fait dire à saint Augustin, que loule la cité rachetée était le sacrifice éternel de la Trinité sainte.

Lorsqu'on portail ainsi son pain et son vin, chacun portait aussi avec ses dons , ses vœux et ses besoins particuliers pour être ofi'erts à Dieu avec eux; et l'Eglise accompagnait cette oblation par cette prière : « Soyez propice , ô Seigneur, à nos » prières, et recevez d'un œil favorable ces obla- I) lions de vos serviteurs et de vos servantes; afin » que ce que chacun vous a oITert en l'honneur de » votre nom, profite à tous pour leur salut; par » Jésus-Christ Notre Seigneur'. »

Quoique cette cérémonie, d'otTrir en particulier son pain et son vin, ne subsiste plus, le fond en est immuable; et nous devons entendre que ce sacrifice doit en effet être ofi'ert par tous les lidéles à l'autel, puisque c'est toujours pour eux tous que le prêtre y assiste.

Mais lorsque les dons sont consacrés, et qu'on offre actuellement à Dieu le corps présent du Sauveur, c'est une nouvelle raison de lui offrir de nouveau l'Eglise, qui est son corps en un autre sens , et les fidèles qui en sont les membres. Il sort du corps naturel de notre Sauveur une impression d'unité pour assembler et réduire en un tout le corps mystique; et on accomplit le mystère du corps de Jésus-Christ , quand on unit tous ses membres pour s'offrir en lui et avec lui.

Ainsi l'Eglise fait elle-même une partie de son sacrifice : de sorte que ce sacrifice n'aura jamais sa perfection tout entière, qu'il ne soit offert par des saints.

XXXVII. Comment on demande à Dieu d'avoir notre oblation pour agréable. — Voilà une claire résolution de toute la difficulté, s'il y en avait; car il y a dans ce sacrifice Jésus-Christ qui est ofi'ert, et il y a l'homme qui l'offre : le sacrifice est toujours agréable du côté de Jésus-Christ qui est offert; il pourrait ne l'être pas toujours du côté de l'homme qui l'offre, puisqu'il ne peut l'ofirir dignement qu'il ne soit lui-même assez pur pour être ofi'ert avec lui, comme on a vu. Quelle merveille y a-t-il donc que l'Eglise demande à Dieu qu'il rende notre sacrifice agréable en tout, et autant à proportion du côté des fidèles qui le présentent, que du côté de Jésus-Christ qui est présenté?

C'est visiblement le sens de cette prière : « Nous » vous ofirons, ô Seigneur, le pain dévie, le calice » de salut que nous vous prions de regarder d'un » œil propice, et les recevoir comme vous avez » reçu les présents de votre serviteur le juste Aboi, » et le sacrifice de notre père Abraham , et le saint » sacrifice, l'hostie sans tache que vous a offerle » Melchisédech votre souverain sacrificateur^. » Où il est clair qu'on veut comparer, non pas le don avec le don, puisque constamment l'Eucharistie,

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