Tim., 1. 5. — 3. Apoc
EXPLICATION DE LA MESSE
dilion constante de toute l'Eglise qui reconnaissait un ange qui présidait à l'oraison et à l'oblation sacrée, comme on le voit dans les Pères les plus anciens'. Quand on dit qu'un ange y présidait, et présentait nos oraisons, il faut entendre que tous les saints anges se joignaient à lui en unité d'esprit; et parce que l'esprit de ce sacrilice est d'unir à Dieu toutes les créatures, et surtout les plus saintes, pour lui rendre en commun la reconnaissance de leur servitude, il ne faut pas s'étonner si on priait les saints anges d'y intervenir.
On s'était déjà joint avec eux dès le commencement du sacrilice, lorsqu'on avait chanté l'hymne séraphique, c'est-à-dire, le trois fois Saint, et qu'on avait dit dans la préface : « Il est juste, ô Père » éternel , que nous vous bénissions par Jésus- » Christ Notre Seigneur, par qui les anges louent » votre sainte Majesté, les Dominations l'adorent, » les Puissances la redoutent avec tremblement : » parmi lesquels nous vous conjurons que vous » nous commandiez de mêler nos voix, en disant » de tout notre cœur. Saint, Saint , Saint. »
La suite de cette prière demandait qu'après nous être joints avec les saints anges, nous désirassions de les joindre avec nous dans nos oblations, ne doutant point qu'elles ne fussent d'autant plus agréables, qu'elles seraient encore offertes par leurs mains; et c'est le sens de celte prière : « Nous vous » conjurons, ô Dieu tout-puissant : commandez que >i ces choses soient portées par voire saint ange à » votre autel sublime, afin que nous tous qui rece- » vrons de la participation de cet autel le sacré » corps et le sacré sang de votre Fils, nous soyons » remplis de toute grâce et de toute bénédiction » spirituelle, par le même Jésus-Christ Notre Sei- » gneur. »
Porter jusqu'à Dieu nos oblations, les élever jusqu'au ciel où il les reçoive, ou les faire parvenir jusqu'à son trône; c'est dans le langage commun de l'Ecriture les lui présenter de telle sorte, et avec une conscience si pure , qu'elles lui soient agréables. Cette façon de parler est tirée du rit des anciens sacrifices. Nous avons vu qu'on élevait la victime; c'était en quelque sorte l'envoyer à Dieu, el le prier par cette action de la recevoir : ce qui paraissait plus sensible dans les holocaustes, dont la fumée se portant en haut, s'allait mêler avec les - nues, et seinblait vouloir s'élever jusqu'au trône de Dieu. Les prières qu'on y joignait, seinblaient aussi aller avec elle; et c'est ce qui faisait dire à David : Que ma prière , ô Seigneur, soit dirigée jusqu'à vous comme l'encens'-; c'est-à-dire, comme la fumée de la victime brûlée : car c'est ici ce que veut dire le mot incensum , quoique nous ayons approprié notre mot d'encens, qui en vient , à cette espèce de parfum qu'on appelle thus en latin. C'est pour cela que cet ange de l'Apocalypse parait un encensoir à la main; el il est dit que ta fumée de son encens^, c'esl-à-dire, les saintes prières qui partaient d'un cœur embrasé du Saint-Esprit , montaient devant Dieu de sa main, c'est-à-dire, qu'elles lui élaienl agréables. C'est aussi ce qu'on appelle dans l'Ecriture le sacrifice de bonne odeur devant le Seigneur; lorsque l'oblation se faisait avec un cœur pur, et
1. Teyt.,de Oral, suh fin.; Orig. cont. Cels., lib. viii, ». 30, tom. I, p, 769. — 2. Ps., cxl. "2. — 3. Apoc, viir. -1.
que la prière, partant d'une conscience innocente, s'élevait à Dieu avec la fumée de l'holocauste. Il arrivait môme quelquefois, comme dans le sacrifice de Manué', que la fiamme de l'holocauste s'élevait extraordinairement, et semblait se porter jusqu'au ciel; et Dieu donnait cette marque de l'agrément qu'il trouvait dans le sacrilice.
Il ne faut donc pas s'élonner, si l'Eglise, accoutumée au langage de l'Ecriture, en élevant le calice avant la consécration, fait cette prière : « Nous vous » l'offrons, ô Seigneur, afin qu'il monte devant vous » comme une agréable odeur; » c'est-à-dire, comme on a vu, que l'oblation lui en plaise : et c'est encore ce qu'on demande dans la prière dont il s'agit après la consécration, lorsqu'on prie que ces choses, c'està-dire , les dons sacrés, soient portés au ciel par les anges.
Mais pour entendre le fond de cette prière, et lever toutes les dilTicultés qu'on y veut trouver, il faut toujours se souvenir que ces choses dont on y parle, sont à la vérité le corps et le sang de Jésus-Christ; mais qu'elles sont ce corps et ce sang avec nous tous, et avec nos vœux et nos prières, et que tout cela ensemble compose une même oblation, que nous voulons rendre en tout point agréable à Dieu, et du coté de Jésus-Christ qui est offert, et du côté de ceux qui l'offrent, et qui s'offrent aussi avec lui. Dans ce dessein , que pouvait-on faire de mieux que de demander de nouveau la société du saint ange qui préside à l'oraison, et en lui de tous les saints compagnons de sa béatitude; afin que notre présent monte promptement et plus agréablement jusqu'à l'autel céleste, lorsqu'il sera présenté en cette bienheureuse compagnie? Il ne sera pas inutile ici de remarquer qu'au lieu que notre canon ne parle que d'un seul ange, on parle, dans l'Ambrosien.de tous les anges, pour expliquer la sainte union de tous ces bienheureux esprits, qui en elTet font tous par consentement ce qu'un d'eux fait par exercice et par une destination particulière.
Nous devons donc nous unir avec eux tous , avec eux nous élever à ce sublime autel de Dieu ; car c'est nous dans la vérité qui devons y monter en esprit. Nous nous y élevons; nous y portons, pour ainsi dire, Jésus-Christ avec nos vœux et nous-mêmes, lorsque élevés au-dessus du monde, et unis aux bienheureux esprits, nous ne respirons que les choses célestes; car il faut encore entendre ici que Jésus- Christ ne vient à nous qu'afin de nous ramener à lui dans sa gloire. Nous le regardons sur l'autel; mais ce n'est pas en lui comme sur l'autel que notre foi se repose entièrement : nous le contemplons dans sa gloire, d'où il vient à nous sans la quitter, et où aussi il nous élève; afin qu'étant avec lui à l'autel céleste, nous en sentions découler sur nous toutes les bénédictions et grâces spirituelles par le même Jésus-Christ Notre Seigneur, ainsi que porte la fin de cette prière.
Il parait donc clairement que cette élévation, que nous souhailons de notre sainte Victime jusqu'au sublime autel de Dieu, n'est pas ici demandée par rapporta Jésus-Christ, qui est déjà au plus haut des cieux; mais plutôt par rapport à nous, et aux bénédictions que nous devons recevoir en nous élevant avec Jésus-Christ à cet autel invisible.