‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 362 sur 631 · XLIII. Ce que reul dire le ScusUiM coiid.\ el le · texte numérisé non relu

XLIII. Ce que reul dire le ScusUiM coiid.\ el le

1. Poslcom. Sabb. Quai, lemp. Seplemb. — 2. In Ambros., 30 Decemb, inOrd. S. Jac. apud Pamel., t. \,pag. JIO.

r.RATi.vs Ar..\Mus. — C'est la fin où tend ce sacrifice; et c'est pourquoi toutes les Eglises, en Orient comme en Occident, sont convenues de le commencer par ces paroles : i>ursum corda , Le cœur en haut : à cause non-seulement qu'il faut s'élever au-dessus des sens et de toute la nature pour concevoir Jésus- Christ présent sous dos apparences si vulgaires, mais à cause principalement que Jésus-Christ ne s'y offre pour nous et ne s'y donne à nous, que pour exciter le désir d'être bientôt dans sa gloire.

Dès l'origine du monde tous ceux à qui Dieu s'est manifesté tendaient à voir Jésus-Christ. Abraham a vu son jour, quoique de loin, el il s'en est réjoui, dit le Sauveur'. Et ailleurs : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Combien de rois et de prophètes ont désiré de voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, et d'ouïr ce que vous écoutez, et ne l'ont pas oui-.' Jésus-Christ a parlé ainsi, encore que celle vue où on le voit en sa chair mortelle ne soil pas ce qui rassasie le cœur de l'homme; mais c'est enfin que noire bonheur est de le voir : et ce bonheur de le voir nous manquant dans l'Eucharistie , elle ne nous rassasie pas entièrement , elle ne fait qu'irriter notre désir. C'est quelque chose à l'épouse de savoir l'époux dans la maison, et d'en sentir déjà pour ainsi dire, les parfums; mais si on n'ouvre la porte , si on ne perce les voiles , en un mot, si elle ne voit, les rigueurs de l'absence ne finissent pas , mais plutôt elles se font mieux sentir.

Jésus-Christ connaît ce langage; et en disant : Je m'en vais, il nous accoutume à l'entendre de sa présence sensible. Près de retourner à son Père , il dit qu'il s'en va , comme s'il avait oublié qu'il nous devait laisser son corps el son sang : mais non, car écoutez comme il parle : Je m'en vais, et vous ne me verrez plus'. Quand on aime, tout le bonheur est de voir; toute autre grâce ne contente pas; et c'est pourquoi l'Eucharistie même , j'oserai le dire, est une absence pour un cœur qui aime et qui veut voir. Tant que nous sommes dans ce corps, dit saint PauP, nous somines éloignés de Notre Seigneur; car nous marchons par la foi et non par la vue , et nous désirons sans cesse d'être plus tôt éloignés de , ce corps, et d'être présents à Notre Seigneur; pré- \ sents par la claire vue, comme il vient de dire : tout ce qui n'est point la claire vue , tout ce qui se fait par la foi est une absence pour nous, et nulle présence ne nous satisfait que celle de la claire vue. C'est pourquoi Jésus-Christ disait : Je m'en vais, et vous ne me verrez plus; ce qu'il inculque sans cesse dans le même endroit : Un peu de temps et vous me verrez ; encore un peu de temps , et vous ne me verrez plus, parce que je m'en vais à mon Père^ ; faisant toujours consister le mal de l'absence dans la privation de la vue. Et un peu plus bas, parlant de son retour à la lin du monde ; Je vous verrai encore une fois, et votre cœur se réjouira, et personne ne vous niera voire joie^. Ce sera, comme dit saint Paul', lorsque je le connaîtrai comme j'en suis connu; c'est-à-dire, que je le verrai comme j'en suis vu; et lors, comme dil saint Jean*, que nous lui serons faits semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est.

1. Joan., vii[. 56. — 2. Luc. x. 23, 2i. — 3. Joan., xvi. 10. — 4. ir. Cor., V. 6, 7. — 5. Joan., xvi. IG. — û. Idem, 22. — 7. /. Cor., XIII. 12. — 8. /. Joan., m. 2.

EXPLICATION DE LA MESSE

Jusqu'à ce que cela soit, nous avons beau l'avoir dans l'Eucharistie très-réellement présent; comme nous ne le voyons pas, et que 7ious marchons }7ar la foi, notre amour, j'ose le dire, le tient pour absent, parce qu'il n'a point la présence qui nous rend heureux, et qui contente le cœur : et le Sauveur, qui le sait, ne regarde pas son corps et son sang comme faisant dans l'Eucharistie notre parfaite félicité; sa gloire nousyest cachée, et jusqu'à ce qu'elle nous paraisse, rien ne sera capable de nous rassasier. C'est pourquoi, en s'en allant, c'est-à-dire, comme il l'a lui-même expliqué, en se cachant à nos yeux , et disparaissant d'avec nous selon la présence visible, il nous laisse un autre consolateur', un consolateur invisible, un consolateur au dedans, en un mot, le Saint-Esprit, qui, animant notre foi et notre espérance, adoucit nos gémissements et rend notre pèlerinage plus supportable.

Il faut avouer que les disciples de Jésus-Christ perdirent une grande consolation , quand ils perdirent sa sainte présence. Les apôtres avaient le bonheur de le voir et de l'entendre toujours; une Marthe, une Marie, un Lazare, avaient celui de le loger dans leur maison , de le nourrir, de soutenir les inlirmités qu'il avait volontairement revêtues. Ce leur fut même après sa mort une espèce de consolation de le voir dans son tombeau, de l'oindre de leurs parfums, de préserver par leur baume sa sainte chair de la corruption dont les corps morts sont menacés, encore qu'une onclion d'une nature plus haute préservât assez Jésus-Christ. Mais enfin la douleur des femmes pieuses s'adoucissait par ces devoirs, et Madeleine ne se consolait pas d'avoir perdu, croyait-elle, celte douce consolation avec le corps de son Sauveur^.

Jésus-Christ a bien senti dans ses serviteurs ce plaisir de le secourir dans sa vie mortelle, et de porter la douceur de celte assistance jusqu'à ses membres ensevelis. De là vient que dans le murmure qui s'éleva contre Marie pour l'avoir si richement parfumé dans un festin , comme pour commencer à l'ensevelir, lui qui prend toujours le parti des pauvres, pour qui on disait que celte dépense aurait été mieux employée : Non, dit-iP, vous aces toujours les pauvres arec vous, et vous leur pourrez faire du bien quand vous voudrez. Remarquez celle dernière parole, que saint Marc, ou plutôt saint Pierre, de qui saint Marc l'avait apprise, a aussi si bien remarquée : Mais pour moi vous n'avez plus rien à me faire ; plus aucun secours à me donner; c'est ici le dernier devoir, puisque déjà on m'embaume pour m'ensevelir : tant il sentait de consolation dans les siens, à le voir, à le servir, à le secourir, à lui rendre tous ces devoirs qu'on rend aux personnes qu'on voit, avec qui on vit et on converse, et qu'on croit encore voir et servir, lorsqu'on rend à leur corps mort les derniers devoirs.

Elevons donc notre cœur en haut dans ce sacrifice. C'est déjà l'élever beaucoup que de croire Jésus-Christ présent , pendant qu'on l'y voit si peu ; mais il faut l'élever encore jusqu'à désirer de le voir, et de le voir dans sa gloire. Car si sa présence visible, durant les jours de sa chair, était si désirable et si consolante , que sera-ce de le voir tel qu'il

Page 1