‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 364 sur 631 · ci-dessus , n. xiii · texte numérisé non relu

ci-dessus , n. xiii

EXPLICATION DE LA MESSE

demande que le Saint-Esprit change les dons , après qu'on a récité les paroles de Noire Seigneur, ne laissent pas d'avouer que la force est dans ces paroles qu'il a prononcées, et que la prière dont il s'agit ne fait qu'en appliquer aux dons proposés la loule-puissante verlu, comme on applique le feu à la inalicre combustible '. Ainsi ce sont les paroles de Noire Seigneur qui sont en effet le feu célesle qui consume le pain et le vin : ces paroles les changent en ce qu'elles énoncent, c'esl-à-dire, au corps et au sang, comme le dit expressément saint Ghrysostome^. Et tout ce qu'on [lourrait accorder aux Grecs modernes, ce serait en tout cas que la prière serait nécessaire pour faire l'application des paroles de Notre Seigneur : doctrine où je ne vois pas un si grand inconvénient, puisqu'enfin, devant ou après, nous faisons tous celle prière.

El pour maintenant aller plus haul que les Grecs modernes, la tradition de l'Eglise grecque ne peul mieux paraître que par un passage célèbre de saint Basile, où pour établir qu'ii y a des dogmes non écrits, qu'il faut recevoir comme venus des apôtres arec autant de vénération que ceux qui sont écrits, il allègue les paroles de l'incocation dont on Mse en consacrant VEacha.ns\,ie , lesquelles , dil-iP, 7ie sont écrites nulle part; car tious ne nous contentons pas , poursuil-il, des paroles qui sont rapportées par l Apôtre et les Evangiles, c'esl-à-dire, des paroles de Notre Seigneur, et du récit de l'inslilution ; mais nous y en ajoutons d'autres devant et après, comme ayant beaucoup de force pour les mystères , lesquelles nous n'avons apprises que de cette doctrine non écrite.

Ce témoignage de saint Basile est d'autant plus considérable pour les Grecs, qu'ils lui attribuent encore aujourd'hui leur liturgie la plus ordinaire; et nous voyons clairement que ce Père met les paroles de l'Evangile pour le fond de la consécration , et celles qu'on dit devant ou après, comme ayant beaucoup de force pour les mystères.

Nous pouvons comprendre, parmi ces paroles auxquelles saint Basile atlrihue beaucoup de force, la prière dont il s'agit, et quoi qu'il en soit, pour en entendre la force et l'ulililé, il ne faut que se souvenir d'une doctrine conslanle, môme dans l'Ecole, qui est que dans les sacrements, outre les paroles formelles et consécraloires , il faut une intention de l'Eglise pour les appliquer : inlenlion qui ne peut mieux être déclarée que par la prière donl il s'agit, et qui l'est également, soit qu'on la fasse devant , comme nous , soit qu'on la fasse après avec les Grecs.

XLV. Explication du langage de l'Eglise dans les sacrements. — Savoir maintenant s'il faut croire, comme semblent faire les Grecs d'aujourd'hui, que la consécration demeure en suspens, jusqu'à ce qu'on ait fait celte prière, comme étant celle qui applique aux dons proposés les paroles de Jésus- Christ où consiste principalement et originairement la consécration : quoi qu'en puissent dire les Grecs, je ne le crois pas décidé dans leur liturgie. Car l'esprit des liturgies, et en général de toutes les consécrations, n'est pas de nous attacher à de cer-

1. Cabaa. Lit, exp., cap. .xxvii, xxviii , xxix. — î. Hom. de prod. Jud., etc. Hom. i et ii, n. 6; tom. ii, par/. 381 et 391. — 3. De Spif. Sanc.,cap. xxvii, n. 66; tom. m, par/. 51,

tains moments précis, mais de nous faire considérer le total de l'action pour en entendre aussi l'effet entier. Un exemple fera mieux voir ce (jue je veux dire. Dans la consécration du prêtre, les savants ne doutent presiiue plus, après tant d'anciens Sacramentaires qu'on a déterres de tous cùlés, que la partie princi|jale ne soit l'imposition des mains avec la prière qui l'accompagne : car elle se trouve généralement, non-seulement dans tous les Sacramentaires aussi bien que dans les Pères et dans les conciles, surtout dans le quatrième de Carthage où elle est si expressément marquée', mais encore dans l'Ecriture en plusieurs endroits. C'est donc ici proprement le fond de la consécration du prêtre : aussi est-elle appelée de ce nom, consécration ou bénédiction, dans les anciens Sacramentaires, comme tout le monde sait. Ce qui toutefois n'empêche pas qu'après cette consécration , on ne dise encore en oignant les mains du prêtre : Que ses mains soient consacrées par cette onction et par notre bénédiction^; comme si la consécration était encore imparfaite. Mais non content de cette nouvelle consécration , si on peul l'appeler ainsi, l'évéque continue encore, et en présentant au prêtre le calice avec la patène , qu'il lui fait toucher, il lui dit : Recevez le pouvoir d'offrir le sacrifice^; comme s'il n'avait pas déjà reçu ce céleste pouvoir, et qu'on put être prêtre sans cela. Que si quelqu'un s'obstine à dire que c'est là précisément qu'il est fait prêtre, quoiqu'on soit autant assuré qu'on le puisse être de semblables choses, que celle cérémonie n'a pas toujours été pratiquée; en tout cas, voici qui est sans réplique : c'est qu'à la fin de la messe , et après toutes ces paroles prononcées , lorsque constamment l'ordinand a été fait prêtre, puisque même il a dit la messe, et consacré avec l'évéque, l'évéque le rappelle encore pour lui imposer de nouveau les mains, en lui disant : Recevez le Saint-Esprit, ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis*, etc. Quelqu'un peut-il dire qu'on soit prêtre sans avoir reçu ce pouvoir si inséparable de ce caractère? On lui dit néanmoins : Recevez-le, de même que s'il ne l'avait pas encore reçu. Pourquoi? si ce n'est qu'en ces occasions les choses qu'on célèbre sont si grandes, ont tant d'effets différents et tant de divers rapports, que l'Eglise ne pouvant tout dire, ni expliquer toute l'étendue du divin mystère en un seul endroit, divise son opération, quoique très-simple en elle-même, comme en diverses parties , avec des paroles convenables à chacune , afin que le tout compose un même langage mystique et une même action morale. C'est donc pour rendre la chose plus sensible que l'Eglise parle en chaque endroit comme la faisant actuellement, et sans môme trop considérer si elle est faite, ou si elle est peut-être encore à faire; três-conlente que le tout se trouve dans le total de l'action, et qu'on y ail à la lin l'explicalion de tout le mystère la plus pleine, la plus vive et la plus sensible qu'on puisse jamais imaginer.

Je ne sais s'il se trouvera quelqu'un qui n'aime pas mieux une manière si simple d'expliquer la consécration du prêtre, que de mettre en pièces, si

I. Concil. Carth. iv, can. 2, 3, i et seq. Labb., tom. ii, col. 1199 et seq. — 2. Pont. Bom, in Ord. Presbyt. — 3. Idem. — 4. Ibidem.

EXPLICATION DE LA MESSE

je l'ose dire, ce saint caractère en le divisant, je ne sais comment, dans des caractères partiels aussi peu intelligibles que peu nécessaires. Si l'on regarde de près toutes les ordinations, et surtout celle des évèques, on y trouvera le môme esprit. On voit à peu près la même chose dans la Conlirmation : l'invocation du Saint-Esprit, dont l'extension des mains est accompagnée, fait apparemment le fond de ce sacrement, sans préjudice de l'efficace qui accompagne l'application qu'on fait de cette prière à chacun en particulier; avec la sainte onction et l'actuelle imposition de la main sur la tète dans sa partie principale qui est le front : après quoi on ne laisse pas de dire encore : « Nous vous » prions, ô Seigneur, pour tous ceux que nous » avons oints de ce saint chrême, que le Saint-Esprit » survenant en eux, les fasse son temple, en y habi- » tant', >) quoiqu'il soit déjà survenu. Mais c'est que l'Eglise ne se lasse point d'expliquer en plusieurs manières la grande chose qui vient d'être faite; et priant Dieu de la faire encore, elle exprime qu'il la fait toujours en la conservant, et en empêchant par sa grâce qu'elle ne demeure sans effet. Et quand dans l'Extrème-Onction, en appliquant l'onction sur tous les organes des sens et de la vie, on prie Dieu de pardonner les péchés, tantôt ceux qu'on a commis par la vue, puis ceux qu'on a commis par le toucher, et ainsi successivement par les œuvres et par la pensée; croit-on que les péchés se remettent ainsi par partie? nullement, mais on rend sensible au pécheur tous les péchés qu'il a commis , et tout ce que guérit en lui la simple et indivisible opération de la grâce. Et pour revenir à la messe, quand nous y demandons à Dieu , tantôt qu'il change le pain en son corps, tantôt qu'il ait agréable l'oblation que nous en faisons , tantôt que son saint ange la présente à l'aulel céleste , tantôt qu'il ail pitié des vivants , tantôt que cette oblation soulage les morts; croyons-nous que Dieu attende à faire les choses à chaque endroit où on lui en parle? non sans doute. Tout cela est un effet du langage humain, qui ne peut s'expliquer que par partie; et Dieu qui voit dans nos coeurs d'une seule vue ce que nous avons dit , ce que nous disons , et ce que nous voulons dire, écoute tout , et fait tout dans les moments convenables qui lui sont connus, sans qu'il soit besoin de nous mettre en peine en quel endroit précis il le fait. Il suffit que nous exprimions tout ce qui se fait par des actions et par des paroles convenables, et que le tout ensemble, quoique fait et prononcé successivement, nous représente en unité tous les effets et comme toute la face du divin mystère.

XLVI. Application de la doctrine précédente à la liturgie des Grecs. L'objection des Grecs modernes résolue. — ■ Faites l'application de cette doctrine à la prière de Grecs, il n'y aura plus de difficulté. Après les paroles de Notre Seigneur, on prie Dieu qu'il change les dons en son corps et en son sang : ce peut être ou l'application de la chose à faire , ou l'expression plus particulière de la chose faite; et on ne peut conclure autre chose des termes précis de la liturgie.

Mais, dit-on, dans celle de saint Basile, qui est la plus ordinaire parmi les Grecs, après les paroles

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