‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 365 sur 631 · Ponlif. Rom. de Confinn · texte numérisé non relu

Ponlif. Rom. de Confinn

de Jésus-Christ, on appelle encore les dons anlilypes, c'est-à-dire figures et signes; ce qu'on ne fait plus après la prière dont nous parlons. Je l'avoue, et sans disputer de la signification du mot d'anlilype; en le prenant pour simple figure, au gré des protestants, tant pis pour eux; car écoutons la liturgie : « Nous approchons, ô Seigneur, de votre » saint autel , et après vous avoir offert les figures » du sacré corps et du sacré sang de votre Christ, » nous vous prions que votre Esprit-Saint fasse de )) ce pain le propre corps précieux , et de ce vin le » propre sang précieux de Notre Seigneur. » On voit donc manifestement ce qui était la figure du corps devenir et être fait le propre corps; c'est-àdire ce qui l'était en signe le devenir proprement cl en vérité : en sorte qu'on ne sait plus ce que c'est, ni ce que le Saint-Esprit a opéré, ni ce que les mots signifient, si ce qu'on appelle le propre corps est encore comme auparavant une figure.

Vous me répondrez que cela est clair : car en effet, que pouvez-vous dire autre chose? mais que du moins il sera constant que ce changement se fait dans la prière. Point du tout; il n'est point constant, puisque nous venons de voir que dans ce langage mystique qui règne dans les liturgies, et en général dans les sacrements, on exprime souvent après, ce qui pourrait être fait devant; ou plutôt, que pour dire tout, on explique successivement ce qui se fait peut-être tout à une fois, sans s'enquérir des moments précis : et en ce cas nous avons vu qu'on exprime ce qui pouvait déjà être fait, comme s'il se faisait quand on l'énonce; afin que toutes les paroles du saint mystère se rapportent entre elles , et que toute l'opération du Saint- Esprit soit sensible.

Ainsi on pourrait entendre dans la liturgie des Grecs, que dès qu'on prononce les paroles de Notre Seigneur, où l'on est d'accord que consiste principalement toute l'efficace de la consécration ; encore qu'on n'ait pas exprimé l'intention de les appliquer au pain et au vin. Dieu prévient la déclaration de celte intention : et c'est là, à mon avis, sans comparaison le meilleur sentiment, pour ne pas dire qu'il est tout à fait certain.

XLVII. Preuve, par la liturgie des Grecs, que la consécration se consomme dans le récit des paroles de Notre Seigneur. — C'est là, dis-je, le meilleur sentiment : tant à cause qu'il est plus de la dignité des paroles du Fils de Dieu qu'elles aient leur effet dès qu'on les profère, qu'à cause aussi que la liturgie semble elle-même nous conduire là. Car premièrement, les saintes paroles sont prononcées en élevant la voix , au lieu que devant et après on parle bas : elles sont de plus proférées sur le pain et sur le vin séparément en les bénissant, en tenant les mains dessus, en prenant le pain et le calice , comme il est dit que fit Jésus-Christ en les élevant, et en les montrant au peuple; en sorte que cette action est marquée en toutes manières , comme une action principale où l'on fait tout ce qu'a fait le Fils de Dieu , et par conséquent où l'on bénit et où l'on consacre comme lui. Ce qui fait aussi, en second lieu, que le peuple répond. Amen: comme on faisait aussi autrefois parmi les Latins, ainsi qu'il parait par saint Ambroise', et même dans

1. Lib, deillyst,, cap. ix, n, 54, (o/M. ii, col. 339 et seq.

EXPLICATION DE LA MESSE

Paschase Hadbert, pour ne pas descendre plus lins. Or cet Amen proféré par loiit le peuple, dans des circonstances aussi marquées que celles qu'on vient de voir, parait être [tarmi les Grecs, comme il l'a toujours été parmi nous, la reconnaissance d'un elTct présent, plutiM qu'une simple déclaration de ce qui sera. C'est pourquoi, en troisième lieu, après le récit des saintes paroles, les (jrecs ajoutent incontinent et avant la prière : « Nous vous oITrons » des choses qui sont à vous : faites des choses qui » sont avons'. » Par où nous avons montré qu'il faut entendre le corps et le sang formé du pain et du vin; et on répète ces paroles par deux fois : une fois après avoir dit : Ceci est mon corps; et une autre fois après avoir dit : Ceci est mon sang ; afin de nous faire entendre que l'action est complète, et que ce qu'on ajoute dans la suite, doit être considéré comme une partie d'une simple et même action, où l'on ne fait qu'expliquer plus formellement ce qui vient d'être fait.

XLVIII. Que tout ce qu'on vient de remarquer, dans la liturgie des Grecs, est très-ancien. Preuve par saint Germain, patriarche de Constantinople. Rt'llexion sur l'antiquité de la foi du changement de substance. — Au reste, il ne faut pas croire que les choses que je viens de dire de la liturgie des Grecs, et qu'on y voit aujourd'hui, y aient été ajoutées par les derniers Grecs. Car on trouve, il y a neuf cents ans, leur liturgie telle qu'elle est à présent décrite dans toutes ses parties jusqu'aux moindres cérémonies, dans un Traité de saint Germain, patriarche de Constantinople , un des Pérès que la Grèce révère le plus, et décrite comme chose ancienne-, sans aussi que personne, pas même ses persécuteurs, qui avaient les empereurs à leur tête, lui aient fait un chef d'accusation de cette doctrine.

Remarquons donc en passant, que dès ce tempslà on trouve dans la liturgie de l'Eglise grecque ce que nous avons rapporté : « que les dons , qui au- » paravanl étaient les figures du corps et du sang, » deviennent le propre corps et le propre sang, par » l'opération du Saint-Esprit'. » On y trouve la transmutation des dons sacrés très-vivement inculquée* : on y trouve par ce changement l'accomplissement de cette parole : Je t'ai engendré aujourd'hui; non-seulement selon la divinité, selon laquelle le Fils ne cesse d'être engendré dans l'éternité toujours immuable, mais encore selon le corps et selon le sang, qui sont encore aujourd'hui formés par le Saint-Esprit dans l'Eucharistie. On y trouve que par ce moyen Jésus-Christ demeure toujours présent au milieu de nous, non-seulement selon son esprit, mais encore selon son corps^. On y trouve enfin en cent endroits tout ce qui marque le plus une présence réelle; et ce qu'il y a de plus merveilleux , on trouve cette doctrine en Orient comme en Occident", et jusqu'aux Indes, cent ans devant Paschase, que les protestants en veulent faire l'auteur, et à vrai dire, de tout temps; puisqu'on ne peut se persuader qu'une nouveauté soit si promptement portée si loin, et remplisse tout l'univers, sans qu'on s'en soit aperçu en aucun endroit. Voilà ce qu'on trouve dans saint Germain, patriarche de

1. Liturg B<is.,lom. ii.p. 619 et 693; CItrys. ~8 , lom. xii. p. 791. — 2. Germ. Pat. CP. Rer. Ecc. coiilsmp. Idem. p. 131. — .1. Mem, p. 159. — 1. Ibid., 158, 159. — 5. Ibid., 156, 1.57. — 6. Il-id., 150.

Constantinople, et ce que l'Eglise grecque professait alors, comme chose qu'elle avait reçue de ses pères.

XLIX. Itemarque sur quelques liturgies de l'Eglise latine. — Mais pour revenir à la consécration, il y a encore une preuve contre l'opinion des Grecs modernes dans le rit mozarabique et dans le Sacramenlaire appelé gothique, qui assurément est le même dont usait l'Eglise gallicane , comme le Père Mabillon l'a démontré. Ces deux rits si conformes entre eux sont en même temps très-conformes au rit grec; et la prière où l'on demande la descente du Saint-Esprit pour sanctifier les dons, se trouve souvent après que les paroles de Jésus-Chrisl sont proférées; mais souvent elle se trouve devant, souvent même elle ne se trouve point du tout. Ce qui démontre, non-seulement que la place en est indifférente; mais encore qu'en elle-même on ne la tient pas si absolument nécessaire , et que les paroles de Jésus -Christ qu'on n'omet jamais, et qui se trouvent partout marquées si distinctement , sont les seules essentielles. D'où vient aussi que saint Basile, après les avoir marquées, dans le livre du Saint-Esprit , comme celles qui font le fond , se contente de dire des autres qu'on fait devant cl après, qu'elles ont beaucoup de force; ce qu'on ne doit pas nier, puisque l'Eglise orientale et l'occidentale s'en servent également.

Que si après toutes ces raisons, et l'aulorilè de tant de Pères grecs et latins, qui mettent précisément la consécration dans les paroles divines, comme étant sorties de la bouche du Fils de Dieu, et les seules toutes-puissantes; les Grecs persistent encore dans le sentiment de quelques-uns de leurs j docteurs, et ne veulent reconnaître la consécration consommée, qu'après la prière dont nous parlons; en ce cas, que ferons-nous, si ce n'est ce qu'on a fait à Florence , de n'inquiéter personne pour cette doctrine; et ce qu'on a fait à Trente , où , sans déterminer en particulier en quoi consiste la consécration, on a seulement déterminé ce qui arrivait quand elle était faite'?

Pour moi , dans les catéchismes et dans les sermons, je proposerai toujours la doctrine qui établit la consécration précisément dans les paroles célestes, comme Ihéologiquement très-véritable, ainsi qu'on a fait dans le Catéchisme du concile; mais je ne crois pas que j'osasse jamais condamner les Grecs, qui ne sont pas encore parvenus à l'intelligence de cette vérité. Quoi qu'il en soit, il n'y a nul doute qu'il ne faille faire , comme on a fait au concile de Lyon, comme on a fait au concile de Florence, et comme on a fait encore dans toute l'Eglise, qui est de laisser chacun dans son rit, puisqu'on demeure d'accord que les deux rits sont anciens et entièrement irrépréhensibles. Et peut-être faudraitil encore laisser à chacun ses explications, puisqu'on recevant les Grecs , soil en particulier, comme on en reçoit tous les jours, soit même en corps, on n'a dressé aucune formule pour en ce point leur faire quitter leur sentiment : ce qu'on a fait apparemment à cause des autorités que les Grecs apportent pour eux, qui ne sont pas méprisables; mais dans la discussion desquelles je ne crois pas que vous vouliez m'engager; puisque vous voyez assez, sans y en-

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