‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 366 sur 631 · Sess. xirr, cap. irr, can. iv · texte numérisé non relu

Sess. xirr, cap. irr, can. iv

EXPLICATION DE LA MESSE

irer, la parfaite uniformité de l'Orient et de l'Occident dans l'essentiel.

L. Pour qui on offre h sacrifice. Ce que signifie ce POUR dans le langage ecclésiastique. — Il n'y a plus qu'à vous dire un mot sur cette expression de la liturgie de saint Chrysostome : Xous offrons pour la sainte Vierge et pour les nmrtijrs. Nous avons déjà répondu à une semblable difficulté dans le Missel de Gélase ' ; et vous n'y trouverez aucun embarras, si vous considérez premièrement, qu'on ne prie jamais pour les saints, mais qu'on otïre seulement pour eux; et secondement, que ce pour, dans le langage ecclésiastique, ne signifie pas qu'on offre pour leur obtenir quelque grâce : on offre pour eux au même sens qu'on offre en plusieurs Secrètes pour la sainte ascension de Notre Seigneur, et ainsi du reste; c'est-à-dire pour en rendre grâces, et pour en honorer la mémoire. On olTre à proportion pour les saints, ainsi qu'il a été dit, en rendant grâces pour eux, en mémoire de leurs vertus et des grâces qu'ils ont reçues : Pro commemoratione , comme on parle ; ÙTtip [jtviiixriç, comme dit saint Cyrille de Jérusalem^; pour leur honneur, pour leur gloire, pour leur louange, comme dit un ancien Sacramentaire de l'Eglise gallicane' : « Que ces » présents, ô Seigneur, vous soient agréables pour » la conversion de nos âmes et la santé de nos » corps; pour la louange des martyrs, et pour le » repos des morts. » Vous voyez en peu de paroles ce qu'on fait pour ces deux sortes de morts ; on rend grâces pour les uns, on prie pour les autres; on offre pour célébrer les louanges des uns, et pour procurer le soulagement des autres. Bien plus, on emploie ceux-là pour intercesseurs; on prie pour obtenir à ceux-ci la parfaite rémission de leurs péchés : et il y a, en un mot, une si grande distinction entre les morts qui sont nommés dans la liturgie, que ce qu'on demande pour quelques-uns de ces morts, c'est qu'ils soient bientôt placés en la compagnie des autres. C'est ce qui se trouve égifement dans les liturgies grecques et latines , même dans celle de saint Chrysostome*, où l'on offre pour la sainte Vierge et pour les martyrs ; car on ajoute aussitôt après : « Par les prières desquels nous » vous prions de nous regarder en pitié. » A quoi on joint la prière « pour le repos et la rémisssion

1. Ci-dessas, n. xli. — 2. Catec. Myst. v, p. 328. — 3. Sacr. Gallic, Mabill. Mus. liai., p. 286. —A. Liturg. Chrys.. tom. xu.p. 792.

' » des péchés des âmes des morts; afin que Dieu les » place où parait son éternelle lumière : n tant est grande la différence qu'on met entre les saints et le commun des fidèles. Pour un peu que vous hésitiez sur une vérité si constante , je vous promets. Dieu aidant, de vous éclaircir d'une manière âne vous laisser aucun scrupule. Mais cet ouvrage est déjà plus grand que je ne voulais; et je ne veux plus vous rapporter qu'un seul passage de saint Augustin, aussi beau qu'il est connu : « On peut » acquérir, dit-il ', dans cette vie une sorte de per- » fection à laquelle les saints martyrs sont parve- » nus. De là vient que nous avons une pratique » dans la discipline ecclésiastique, que les fidèles,» ceux qui ont été baptisés et qui sont instruits dans les mystères, « savent bien : c'est qu'à l'endroit où » l'on récite à l'autel de Dieu le nom des martyrs, B on ne prie pas pour eux; mais on prie pour les » autres morts, dont on y fait aussi la mémoire : » car c'est faire injure au martyr que de prier pour » lui, puisque nous devons être recommandés à Dieu » par ses prières. »

Comment peut-on résister à l'autorité d'un si grand docteur, qui premièrement dépose d'un fait, et d'un fait qu'il ne pouvait ignorer; puisque c'était son propre fait, s'agissant des paroles de la liturgie, qu'il récitait tous les jours comme évèque; et d'un fait public et constant dont il prend tout le peuple à témoin "? C'est , dit-il, à l'endroit que les fidèles savent; parce que les catéchumènes, qui n'étaient pas initiés, ne le savaient pas. Qu'on dise, maintenant à saint Augustin qu'il imposait publiquement à son peuple jusque dans la chaire , sur un fait important de la religion , ou bien qu'il n'entendait pas la liturgie qu'il récitait tous les jours , et que tous les jours il expliquait à son troupeau.

Que si cela vous parait, à ne rien dissimuler, de la dernière impudence, priez Dieu pour ceux qui sont réduits à dire une si grande absurdité pour défendre leur doctrine, non-seulement sur ce point, mais encore sur tous les autres que vous avez vus; puisqu'enfin il n'y a point de salut pour eux, qu'en condamnant tous nos Pères, et en démentant toutes les prières qu'on fait à Dieu depuis tant de siècles, en Orient comme en Occident , et par toute la terre habitable.

1. Serm. xvii. de ve7-bis .ip.,cap. i; nttiic Stirrn. cLix , n. i; tom. V, col. 765.

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