‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 367 sur 631 · AUX NOUVEAUX CATHOLIQUES DE SON DIOCÈSE · texte numérisé non relu

AUX NOUVEAUX CATHOLIQUES DE SON DIOCÈSE

POUR LES EXHORTER A FAIRE LEURS PAQUES, ET LEUR DONNER DES AVERTISSEMENTS NÉCESSAIRES CONTRE LES FAUSSES LETTRES PASTORALES DES MINISTRES.

JACQUES-BENIGNE, par la permission divine, évèque de Meaux : Aux nouveaux catlioliqucs de notre diocèse : Salut et bénédiction en Notre Seigneur.

I. Qu'il faut venir faire la pâque dans l'Eglise caUiolique. — ,\ l'approche du saint jour de Pâques, vous devez être touchés d'un saint désir de communier avec vos frères. C'est Jésus-Christ môme qui vous invite à ce banquet de paix ; et vous devez croire qu'il vous dit par ma bouche : J'ai désiré d'un grand désir de manger celle pâque avec vous'. Car encore qu'il désire toujours de l'aire la pàque avec ses disciples; que le cénacle et la grande salle où il veut faire ce festin soit toujours prête, l'Eglise toujours ouverte, et la table toujours dressée : c'est néanmoins principalement dans ces saints jours qu'il appelle ses enfants à son banquet; et vous êtes, mes chers frères, de tous ses enfants ceux qu'il désire le plus de voir à sa table, puisque c'est là que vous donnerez la dernière marque de voire sincère union avec son Eglise.

Souvenez-vous du saint roi Ezéchias et de la pàque solennelle qu'il célébra dans Jérusalem^. Il ne se contenta pas d'y appeler tous ceux de Juda, c'est-à-dire , ceux qui étaient toujours demeurés dans l'unité du peuple de Dieu, dans le culte du sanctuaire, et dans la soumission au vrai sacerdoce que Dieu avait établi par Moïse. Il résolut, de concert avec le conseil et tout le peuple de Jérusalem, d'envoyer ses messagers aux dix tribus schismatiques , qui , dès le temps de Roboam , s'étaient séparées d'avec Juda et d'avec le temple; et il leur adressa des lettres, afin que, convertis de tout leur cœur au Dieu de leurs pères^, ils vinssent avec leurs frères, dont ils avaient abandonné la communion, célébrer la pâque au lieu que le Seigneur avait choisi.

Pendant que les envoyés de ce pieux prince allaient en diligence de ville en ville, plusieurs se moquaient d'eux , et quelques-uns acquiesçant aux conseils d' Ezéchias , et à la douce invitation de leurs frères , venaient célébrer la pàque dans Jérusalem\ au lieu d'unité et de paix. C'est, mes frères, le traitement qu'éprouve l'Eglise. Depuis cette malheureuse défection du siècle passé, depuis celte funeste apostasie (]ui a arraché à l'Eglise des nations entières , el qui semblait préparer les voies au règne de l'Antéchrist, selon la prédiction de l'Apôlre^ nous n'avons cessé de rappeler dans la raé-

1. Luc, XXII. 15. — 2. ir. Paralip., xxx. — 3. Idem, 5, 6 a leq. — -1. Ibid., 10, 11. — 5. II. Thess., ii. 3.

moire de nos frères erranls, ces bienheureux jours où nos Pères mangeaient ensemble le pain de vie, et gardaient, selon le précepte de saint Paul, le sacré lien de la fraternité chrétienne. Mais plusieurs, prévenus de la haine aveugle que leurs ministres leur inspiraient, se moquaient do nous; et quelques-uns se ressouvenant de notre ancienne unité dont ils portent l'impression dans le sein par le baptême, sont revenus à Jérusalem, c'est-à-dire à l'Eglise catholique, où Dieu a établi pour jamais son nom et la profession du christianisme.

Enfin la grâce de Dieu s'est déclarée abondamment en nos jours. Un roi aussi religieux et aussi victorieux qu'Ezéchias, a invité les prévaricateurs d'Israël à revenir à l'unité de Juda, c'est-à-dire, les errants et les schismatiques à revenir aux paciûques et aux orthodoxes; et nous avons vu quelque chose de ce qui est écrit dans le saint prophète Osée : En ce temps les enfants de Juda et les enfants d'Israël s'assembleront et établiront sur eux un même chef : c'est-à-dire, que les catholiques et les schismatiques reconnaîtront d'un commun accord le chef que Dieu leur a donné, Jésus-Christ dans le ciel, et sur la terre saint Pierre, qui vit dans ses successeurs pour gouverner le peuple de Di«u suivant sa parole. Ainsi les séparés dont il était dit : Appelez-les ceux pour qui il n'y a point de miséricorde, sont venus en aussi grand nombre que le sable de la mer, alin de recevoir la miséricorde : el au lieu qu'on leur disait : Vous n'êtes pas mon peuple, on les nomme les enfants du Dieu vivant''.

II. Que les pasteurs de l' Eglise catholique sont les seuls véritables pasteurs. — Je ne m'étonne pas, mes très-chers frères, que vous soyez revenus en foule et avec tant de facilité à l'Eglise où vos ancêtres ont servi Dieu. Le fond même du christianisme, et comme je l'ai déjà dit, le caractère du baptême vous y rappelaient secrètement : aucun de vous n'a soulfert de violence, ni dans sa personne ni dans ses biens. Qu'on ne vous apporte point ces lettres trompeuses, que des étrangers travestis en pasteurs adressent sous le titre de Lettres pastorales aux protestants qui sont tombés par la force des tourments. Outre ([u'eUes sont faites par des gens qui n'ont jamais pu jirouver leur mission, ces lettres ne vous regardent jias : loin d'avoir souffert des tourments , vous n'en avez pas seulement entendu parler. J'entends dire la même chose aux autres évèques : mais pour vous, mes frères, je ne vous dis rien que vous ne disiez tous aussi bien que

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