ilallh., xs.Tm
n'aviez point à vous mettre en peine de la succession des chaires et des pasteurs, pourvu que vous eussiez la bonne doctrine et la véritable intelligence de l'Ecriture , ils séparaient ce que Jésus-Christ a voulu rendre inséparable : et c'est en vain qu'ils se glorifiaient de l'intelligence des Ecritures, en rejetant les moyens par où il a plu à Dieu de la transmettre. Il a voulu qu'elle vint à nous de pasteur en pasteur et de main en main, sans que jamais on aperçût d'innovation. C'est par là qu'on reconnaît ce qui a toujours été cru, et par conséquent ce que l'on doit toujours croire ; c'est, pour ainsi dire, dans ce toujours que parait la force de la vérité et de la promesse; et on le perd tout entier dès qu'on trouve de l'interruplion en un seul endroit. Ce que je vous ai enseigné, dit saint Paul', laissez-le comme en dépôt à des gens fidèles , qui puissent eux-mêmes en instruire d'autres. Séparer la saine doctrine d'avec cette chaîne de la succession, c'est séparer le ruisseau d'avec le canal : et se vanter de l'intelligence de l'Ecriture, quand on reconnaît qu'on a perdu la suite de la tradition dans les pasteurs , c'est se vanter d'avoir conservé les eaux après que les tuyaux sont rompus.
III. Que l'auteur de la fausse Lettre pastorale à ceux qui sont tombés, imite en rain le langage de saint Cyprien, dont la doctrine le condamne comme un faux pasteur. — N'écoutez donc pas, mes bienaimés , les paroles de mensonge , et ne vous laissez pas séduire à ces prétendues Lettres pastorales, qu'on vous adresse de tant d'endroits et en tant de formes différentes. Celle qui a pour titre : Lettre pastorale aux protestants de France , qui sont tombés par les tourments, n'en est pas meilleure pour être pleine des paroles que ce grand évêque et ce grand martyr saint Cyprien adressait aux lidèles de Carthage , pour les exhorter à la pénitence et au martyre. Ceux qui osent imiter les vrais pasteurs , et qui tiennent le langage de saint Cyprien , devraient considérer s'ils peuvent à aussi bon titre s'attribuer l'autorité pastorale. Qu'ils consultent ce saint martyr : il leur apprendra que l'Eglise est une, que l'épiscopat est un : que pour le posséder légitimement, il faut pouvoir remonter par une succession continuelle jusqu'à la source de l'unité'^, c'est-à-dire, jusqu'aux apôtres, et jusqu'à celui à qui Jésus-Christ a dit uniquement pour fonder son Église sur l'unité : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle; et je te donnerai les clefs du royaume des deux, etc.'; et encore après sa résurrection. Pais mes brebis*. Le même saint Cyprien leur apprendra que de cette source des apôtres, consommés dans une parfaite unité, sont sortis tous les pasteurs : que c'est par là que l'épiscopat est un, non-seulement dans tous les lieux, mais encore dans tous les temps : que l'Eglise comme un soleil porte ses rayons par tout l'univers; mais que c'est la même lumière qui se répand de tous côtés : qu'elle étend ses branches et fait couler ses ruisseaux par toute la terre; mais qu'il n'y « a qu'une » source, un chef, un commun principe, une même » souche , et enfin une même mère , riche dans les » fruits qu'elle pousse de son sein fécond. » De
1. //. Tim.,n. 2. — 2. Cypr., lib. de Un. Eccl., p. 195. — 3. Maltli., xTi. 18, 19. — i. Joan., xxi. 17.
LETTRE TASTOUALE SUR LA COMMUNION TASCALE.
peur qu'on ne s'imagine qu'il puisse arriver des cas où il soit permis de se séparer de l'unité de l'Eglise, ou de réformer sa doctrine, il ajoute ces belles paroles, que je vous prie, mes frères, de considérer : « L'Epouse de Jésus-Christ ne peut ja- » mais être adultère; elle ne peut être corrompue, » et sa pudeur est inviolable. Celui qui se sépare » de l'Eglise pour se joindre à une adultère, » c'est ainsi qu'il traite les sectes séparées de l'unité de l'Eglise, « n'a point de part aux promesses do Jé- » sus-Christ; c'est un étranger, c'est un profane , » c'est un ennemi. Il ne peut avoir Dieu pour père, » puisqu'il n'a pas l'Eglise pour mère. » C'est en vain qu'il en prétend dissiper l'unité sainte ; elle est fondée sur l'unité du Père, du Fils, et du Saint- Esprit. « Et on croira, poursuit-il, que l'unité, qui » est appuyée sur un si ferme fondement, se puisse » dissoudre? Celui qui ne tient pas à. cette unité de » l'Eglise, ne tient pas à la loi de Dieu; il n'a pas » la foi du Père et du Fils , il n'a pas la vie et le » salut. »
Ne sentez-vous pas, mes frères, combien la méthode dont on se servait dans vos églises prétendues, est opposée à celle de saint Cyprien? Vos ministres vous disaient sans cesse que croire l'Eglise sans examiner, c'est sans examiner croire des hommes sujets à faillir; et que, pour connaître la vraie Eglise à qui l'on peut croire, il faut, par la discussion des questions particulières, connaître auparavant la vraie foi enseignée par les Ecritures. Mais vous voyez que saint Cyprien prend bien une autre méthode. Pour confondre pm- un argument facile et abrégé*, comme il se l'était proposé, les hérésies et les schismes, il allègue l'autorité de l'Eglise : il ne connaît rien de plus manifeste; et loin de permettre d'examiner l'Eglise par l'examen de ses dogmes, il veut qu'on la connaisse d'abord, et qu'on tienne pour assuré qu'on n'a ni la loi de Dieu, ni la foi, ni le salut, ni la vie, quand on n'est pas dans son unité.
Ce grand homme a toujours suivi la même méthode. Lorsqu'Antonien , un de ses confrères dans l'épiscopat, hésitait à condamner Novaticn, et voulait auparavant être informé de sa doctrine , saint ijyprien lui fît cette grave réponse^ : « Quant à ce » qui regarde la personne de Novatien , puisque » vous désirez qu'on vous apprenne quelle hérésie » il a introduite , vous devez savoir, mon cher frère, » avant toutes choses, que nous n'avons pas besoin » de rechercher curieusement ce qu'il enseigne, » puisqu'il enseigne hors de l'Eglise : quel qu'il » soit, il n'est pas chrétien, puisqu'il n'est pas » dans l'Eglise de Jésus-Christ. »
Ainsi quand on se sépare de l'unité, et qu'à l'exemple de Novatien , on enwie de nouveaux apôtres pour établir ses nouvelles institutions^ et ses nouveaux dogmes, en un mot, pour dresser une nouvelle Eglise; quoiqu'on se vante comme lui de réformer l'Eglise, et de la réduire à une doctrine plus pure, aussi bien qu'à une discipline plus régulière, loin d'être admis à prouver qu'on est dans la vraie Eglise à cause de la vraie doctrine qu'on prétend enseigner, on est convaincu au contraire qu'on ne peut pas avoir la vraie doctrine, quand